‹ L'Idéalisme social (volume 4)Chapitre 33 sur 57 · C.VRACTKRES RÉGRKSSIFS ET PHOGHESSIFS · texte numérisé non relu

C.VRACTKRES RÉGRKSSIFS ET PHOGHESSIFS

Les adversaires de réinancipatioii féminine allèguent l'inférioriLé mentale et morale de la femme pour lui dénier des droits, dont elle conquiert d'ailleurs chaque jour un lambeau. Pour les besoins de leur polémique, et surtout parce qu'ils avaient sous les yeux de vivants témoii^nages, dans la personne de celles qui se sont vouées à la lil)ération sociale de leur sexe, les défenseurs de la femme contestent cette double allégation. Ils ont tort d'agir ainsi : leur cause est assez juste pour ne pas redouter les lumières de la science, et il faut bien avouer que la critique passionnée du misogyne Proudhon n'a pas totalement obstrué sa clairvoyance. Quoi d'étonnant, en somme, à cela, et n'est-ce pas plutôt le contraire qui devrait étonner? La femme est généralement inapte aux conceptions d'ensemble : ce n'est pas la vie restreinte du foyer, à laquelle la pliée une hérédité sexuelle de plusieurs milliers d'années, qui a pu élargir son horizon. Elle ignore ou méconnaît les nuances et les teintes de la pensée, et, quand elle sort de cette inertie des êtres passifs, qui subirent de longs siècles de servitude, c'est pour adopter des opinions extrêmes, avec l'ardeur d'une foi irraisonnée : mais il est fatal qu'il en soit ainsi, puisque rien dans sa vie mentale ne l'a jusqu'à présent initiée aux relations de cause à effet, puisqu'elle n'est sortie de l'existence végétative, où l'homme tente encore de la confiner, que par la méditation religieuse ou la rêverie amoureuse ; par conséquent simpliste, et d'esprit habitué au miracle, si elle sort du cercle séculaire oii on l'enferma, elle ira nécessairement droit à l'extrême opposé des actes et des pensées qui ont jusque-là constitué sa vie morale et mentale. Elle n'a pas la notion de la justice, et attend tout de la grâce, de la faveur: ceux qui ont occupé des fonctions publiques ou administratives ne peuvent contester la vérité de cette affirmation ; mais on ne peut prétendre que, dans le combat pour l'existence, elle lutte à armes égales contre ses concurrents masculins qui ont pour eux, outre les préjugés courants, une formidable avance, et, qui savent au besoin se solidariser pour empêcher leurs concurrentes de gagner leur pain ; et si elle se fait de son sexe une arme, ou, plus fréquemment, si elle invoque sa faiblesse et son isolement comme des titres à l'at-

tenlion et à la bienveillance de ceux qui peuvent assurer ou améliorer sa situation matérielle, c'est au milieu social, basé sur le hasard et la faveur, et non à elle, qu'il faut en adresser le reproche. Elle a moins de répugnance que l'homme pour le mensonge et la tromperie : ce reproche est aussi fondé que les précédents, mais il ne faut pas oublier que ces misérables armes font partie de l'arsenal défensif des faibles et des opprimés ; et nous verrons plus loin qu'en cette matière, sur le terrain des relations sexuelles, l'homme ne le lui cède en rien. Elle ne peut sortir de la famille, et s'affranchir de ses étroites règles morales sans tomber du coup dans le dévergondage : pour la part fondée de ce reproche, nous avons vu plus haut quelles déplorables conditions sont faites dans la société aux isolées qui vivent de leur salaire ; et l'iniquité du reproche , pour la majeure partie de ces isolées, est véritablement criante ; mais il est faux que la femme sortie de la morale traditionnelle tombe fatalement dans l'immoralité du dévergondage ; et l'on peut dire que si la femme, bien plus souvent que l'homme, demande à la loi de rompre les liens d'une union légitime, où elle n'a trouvé que des chagrins et des dégoûts, — dans les ménages libres l'inverse se produit; et c'est l'homme qui rompt le lien le plus fréquemment, sans qu'il ait à invoquer pour ce divorce €xtra-légal des raisons aussi légitimes que celles qui poussent la femme à recourir au divorce institué par la loi.

Mais qu'importent ces infériorités ! Bien loin d'être un argument en faveur d'un retour, d'ailleurs impossible, à la vie familiale d'autrefois, elles doivent être invoquées en faveur d'une émancipation plus générale et plus complète' de la femme. C'est par la liberté qu'elle acquerra les mœurs de la liberté et perdra celles de la servitude. Que si elle ne peut encore acquérir par son propre effort les moyens de défense et de développement nécessaires à sa liberté et à sa sécurité, la loi doit intervenir et la protéger efficacement contre ceux qui veulent retourner sa faiblesse contre elle, tout en l'utilisant à leur profit. La protection que la femme ne trouve plus dans la famille, la société doit la lui assurer. Dans ce sens, la voie est ouverte : déjà sa santé est protégée légalement

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contre les lro|) longues journées de travail, la propriété de son salaire lui est reconnue, même si elle est en puissance de mari. Ceux cpii veulent sincèrement mettre la moitié de riuimanité au plan d'évolution mentale, morale et sociale de l'autre moitié, n'ont qu'à suivre cette voie sûre. Elle conduit à la paix et à l'harmonie entre tous les membres de la famille humaine, enhn réconciliés et solidarisés, pour travailler ensemble à de nouvelles conquêtes de la liberté sur la fatalité, de l'humanité sur l'animalité'.

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