LES DÉVIATIONS DR LA LIBERTÉ SKXUELLE
aulre que celle de riiomme, et la rend plus que lui résistante aux fatigues du plaisir. Ne voit-on pas, au bal, de frêles enfants fatiguer les plus robustes danseurs! Prenons garde que la danse amoureuse où vont entrer les femmes, avec la fougue qu'elles apportent en toute chose, augmentée encore par Taltrait de la nouveauté et l'entraînement de l'exemple, ne faï^se de Tamour de demain une ruée furibonde des sexes, où s'épuiserait vite notre espèce. Seule, la conception de l'amour idéal, de l'amour complet, conscient, où s'unissent en un harmonieux accord le cœur, la tête et les sens, peut sauver l'humanité de ce péril. Que la femme se donne en toute liberté, pour prendre sa part de la plus grande joie que connaisse rhumanité sensible, mais qu'elle se donne dans toutes les conditions de la liberté. Que nul calcul d'intérêt ou de situation ne vienne plus fausser le don d'elle-même : pour cela, il faut que son émancipation sexuelle soit corrélative à son émancipation économique et sociale. Qu'elle connaisse son propre sentiment, dans toutes les conditions qui le déterminent : pour cela, il faut qu'elle ait la notion de l'amour complet, débarrassé de mystères dus à notre ignorance ; il faut qu'elle ne se décide à préférer qu'après avoir acquis la certitude de s'être, autant que possible, rapprochée de l'idéal conçu par son cœur et par sa raison. Elle a trop souffert de l'inconstance masculine pourque, par une stérile et périlleuse vengeance de sexe, elle lui substitue l'inconstance féminine. Ce n'est pas en mettant le monde à l'envers que nous le ferons marcher mieux, mais en le perfectionnant, dans la direction que lui indiquent à la fois la nature et notre raison éclairée. L'amour idéal se reconnaît à ceci : il réalise si pleinement les conditions de la préférence, que les êtres qui ont eu le bonheur de le trouver ne peuvent même pas avoir la pensée de le chercher ailleurs. Il se reconnaît encore à ceci : il n'est pas fait d'aveuglement et de fureur, mais de clairvoyance et de sagesse ; ce n'est pas pour ses défauts qu'il s'attache à son objet, mais parce qu'il sait que, nul n'étant parfait, le plus digne objet d'amour lui-même ne peut réaliser la perfection absolue.
Mais la famille idéale ne se réduit pas au couple. Pour
elle-même, autant que pour la société dans laquelle elle trouve ses conditions d'existence et ses garanties de sécurité et de durée, et sans laquelle elle ne serait rien, elle se complète par l'enfant. Bien que, dans la société idéale, la famille ne soit plus la cellule sociale; qu'elle ait cessé d'être une unité économique, juridique et civique ; que les devoirs attachés à la fonction de chef de famille aient disparu en même temps que ses droits ; que l'œuvre d'éducation et la charge d'entretien des enfants incombent désormais à la société, le couple amoureux n'est pas uniquement sa propre fin. L'individu tend à devenir l'unique cellule sociale, mais la famille demeure, par l'amour, la cellule morale par excellence. Si l'individu acquiert son autonomie, c'est par la conscience et l'exercice de son rôle de solidarité dans le concert social. La famille, pour sa part, ne conservera sa nécessaire autonomie morale que par la conscience et l'accomplisement de ce qu'elle doit à la société. Quel plus précieux gage de l'amour partagé que les fruits vivants de cet amour ! Dans la famille contrainte et d'existence précaire de ce temps, les enfants sont une lourde charge, un sujet d'appréhensions constantes. Combien peu, parmi ces chers êtres, sont les fruits d'un amour partagé ! Combien voient le triste tableau de la discorde conjugale, amenée par l'inconscience amoureuse et les disconvenances qu'elle entraîne, aggravée par les besoins matériels d'une existence incertaine, ouïes cupidités 'non satisfaites de parents acharnés à jouir du présent ! Combien, devenus grands, aspirent à la mort de ceux à qui ils doivent la vie, afin de jouir à leur tour des biens que leur procurera l'héritage familial ! Et voici que la famille moderne, dans ses types les plus immédiatement et égoïstement conscients, restreint la mise au monde des enfants. Les moralistes, les économistes, les politiques, effrayés du péril de la dépopulation, voient au mal plus de causes que de remèdes. Pour les causes qui tiennent au régime de la propriété, à cette incertitude du lendemain où vivent les gens de petite bourgeoisie et les salariés supérieurs, il n'y a pas lieu de s'en inquiéter. Elles dis[)araîtront avec le régime social qui les produit. La limitation volontaire des naissances est un premier effort, tout spon-