‹ L'Idéalisme social (volume 4)Chapitre 40 sur 57 · I.ES DÉVIATIONS D\) LA LIBlîHTl': SEXUELLE · texte numérisé non relu

I.ES DÉVIATIONS D\) LA LIBlîHTl': SEXUELLE

tané, vers une iTglcmcntalionsociahî, et celle-ci ne constituerait un péril que si elle continuait à se produire par les mêmes causes, c'est-à-dire dans un milieu social condamné à demoui'or dans l'état où il existe présentement. Elle constituerait pour la France un péril, si l'on n'avait observé que la limitation volontaire de la production des enfants se manifeste partout où se développent, parallèlement, l'esprit de prévoyance et l'esprit démocratique. Donc, pour ce qui est des causes économiques et sociales de la dépopulation, il suffit, si l'on veut les voir disparaître, et avec elles les effets socialement nuisibles qu'elles entraînent, de hâter le mouvement de transformation économique et sociale, prévu et formulé par le socialisme. D'ailleurs il serait souverainement injuste et absolument ridicule de crier aux gens qui sont parvenus à la notion du lendemain : « Faites des enfants. )) Ils auraient trop beau jeu à répondre : « Les nourrirez- vous? )> Au lieu de recommander aux prévoyants une plus abondante procréation, ceux qui ont une action sur le public feraient mieux de moinsprêcher et d'agir davantage. Les imprévoyantssont encore, en France aussi bien que dans les autres paysd'Europe, en très grand nombre. C'est surtout dans les métiers de force, peu rétribués, qu'on les rencontre. Parmi eux, la procréation est abondante, mais la mortalité infantile y est à un chiffre si élevé qu'en somme le jeu cruel des forces économiques et sociales y fait la même œuvre de dépopulation que là où la limitation des enfants est volontaire. Il y a, en France, dans cette portion la plus malheureuse et la plus prolifique de la classe ouvrière, plus de cent mille enfants à sauver par an. Qu'on les sauve, par une hygiène mieux entendue, par de sérieuses mesures sociales d'assistance ; cela vaudra mieux que de prêcher inutilement contre la dépopulation.

L'individualisme social produit nécessairement l'individualisme moral, et, si une transformation sociale ne devait pas amener une profonde réforme de nos mœurs, la dépopulation pourrait être le péril, non du présent, mais de l'avenir. Ce n'est pas seulement parce qu'ils craignent de vouer leur descendance au malheur que des époux, en notre temps,

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répugnent à la procréation, mais pour un motif plus immédiat et plus égoïste. L'enfant gêne leurs amours, entrave leurs plaisirs. De plus en plus, on veut vivre pour soi, tirer de la vie tout ce qu'elle peut donner de joies et rejeter des charges qu'elle impose tout ce qu'on en peut rejeter, sans tomber sous le coup des lois ou la censure de l'opinion. Or, nulle loi ne contraint de faire des enfants, et l'opinion devient singulièrement indulgente aux ménages qui déclarent ne pas aimer les enfants, et le prouvent en demeurant stériles. C'est précisément parmi les femmes émancipées ou en voie d'émancipation, plus complètement initiées aux plaisirs physiques de l'amour, que se généralise cette pratique. En elles, la mère se sacrifie à l'amante, et de la maternité elles ne voient que les douleurs et les soucis. Il est fait grand bruit , ces temps-ci , des charcutages antisociaux, antihumains, auxquels se soumettent des femmes, qui n'ont point l'excuse de la maladie, et par lesquels elles sont stérilisées. Ces abominables pratiques sont en train de se substituer à l'avortement, si l'on n'y prend garde. Or, physiologiquement, elles sont aussi dangereuses, sinon davantage. Ce n'est pas impunément que la femme peut renoncer à une de ses fonctions essentielles, et tout détraquement physiologique a pour conséquence directe et immédiate une déséquilibration mentale et morale. Heureusement, ces manœuvres n'ont pas encore gagné la partie laborieuse des populations, car l'eunuchisme féminin, s'il atteignait seulement la proportion d'un centième, serait plus dangereux pour notre Occident civiHsé que l'eunuchisme masculin ne l'est pour le torpide Orient.

Gomment donc déterminer le couple de l'avenir à ne pas s'enfermer dans l'égoïsme à deux? D'abord en lui montrant les dangers que courent les femmes à vouloir s'opposer à la nature. Le propre de la civilisation n'est pas de violenter la nature et d'agir contre ses directions, mais de la connaître afin (le la mieux utiliser. Parmi les lois naturelles, celle qu'on ne peut éluder est sans conteste la reproduction de l'espèce. La mentalité, le caractère, la santé d'une femme stérile sont de beaucoup inférieurs à ceux de la femme normale. Les

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pirtcxlcs d'hygiène, qui recouvrent trop souvent ilc préventifs avortements, n'ont pas, en réalité, amélioré la santé des f(Mninos; si une statistique était possible, il serait curieux d'établir une relation entre la très grande quantité de femmes frappées dans leur sexe par la maladie, et le mouvement de la dépopulation. Mais on sortirade l'état de demi-conscience où l'on est, et, si l'on continue de limiter volontairement le nombre des enfants, on le fera sans aller jusqu'à la stérilité; ridée de salut individuel, suggérée par la science, conduira à la notion du salut social. Pourtant, cette idée, à elle seule, serait insuffisante ou risquerait de se fixer trop tardivement dans le cerveau collectif si, dès à présent, on ne démontrait à tous que, dans l'avenir encore plus qu'aujourd'hui, la prospérité de chacun dépendra étroitement de la prospérité commune, et que nul ne pourra nuire à l'ensemble social sans danger pour soi-même. A la procréation inconsciente et déréglée des enfants, que la nature et une organisation sociale défectueuse se chargeaient de limiter par une mortalité prématurée, succède une réglementation individuelle des naissances inspirée par la prévoyance personnelle et le désir individuel de jouir de la vie. A cette réglementation individuelle, partiellement consciente, succédera une réglementation complètement consciente, où le point de vue individuel [sera rectifié par la science, et adapté au point de vue social. Ainsi s'établira l'équilibre heureux des fonctions et des jouissances, des droits et des devoirs, pour assurer la continuité de l'espèce, déterminée par sa seule volonté enfin éclairée sur ses conditions d'être et de devenir. D'autre part, le couple familial saura que le vrai bonheur consiste dans la vie affective complète ; et celle-ci n'est pleinement satisfaite que lorsque l'être humain se voit revivre dans les petits êtres appelés à la vie dans la joie de l'amour, volontairement et consciemment, avec la certitude de leur assurer les biens dont il jouit lui-même. D'autre part, relié plus étroitement à l'ensemble social par les bienfaits qu'il en recevra, le couple familial contribuera avec allégresse à combler les vides, que la mort ne cessera jamais de faire, dans notre espèce soumise aux inéluctables lois de la nature. On se console mieux

de voir disparaître le passé dans la personne des parents aime's, quand on voit grandir l'avenir dans la personne des enfants chéris. On se résigne plus facilement à vieillir, on se prépare plus aisément à rejoindre ses ancêtres dans le grand repos, quand on a autour de soi la certitude vivante et affectueuse de ne pas mourir tout entier. On trouve doux le devoir social d'assurer la continuité de l'espèce, quand ce devoir ne vous enchaîne qu'avec les fleurs qu'on a soi-même cueillies, dans les jardins embaumés de l'amour pur. Confiance, donc I l'espèce ne périra pas. Inconsciente, elle se reproduisait à travers les pièges de la nature et parmi les combats que se livraient les hommes. Consciente, elle se survivra, embellie par l'amour, fortifiée par la science, dans un univers soumis à sa toute puissante volonté.

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