LE DÉVELOPPEMENT DE LA DÉMOCRATIE
(le huit heures tend àdevenir le fait, la règle générale qu'elle est déjà en Australie et en Nouvelle-Zélande, tandis qu'en Russie la journée de quatorze à quinze heures est encore la règle. En France même, l'agriculture, qui est certainement la moins progressive de nos industries, impose des journées indéfinies aux travailleurs, et cela non seulement dans la période de la moisson. Les courtes journées de travail ont été d'abord conquises dans les pays à démocratie active et progressive. Quand elles ne faisaient pas intervenir la loi, ces démocraties recouraient à la force collective irrésistible des masses professionnelles organisées, ce qui était encore une forme de l'activité politique. Il a été généralement observé que c'est dans les professions les mieux rétribuées, et où la capacité technique de l'ouvrier a le plus de valeur dans le coût total de la production, que le mouvement en faveur des courtes journées, génératrices de loisir et d'étude, a été le plus accentué ; c'est presque toujours de ces professions qu'est parti le mouvement. Les ouvriers de culture, en effet, les manœuvres et les terrassiers, sont, avec les domestiques et ouvriers de professions assimilées à la domesticité, ceux qui accomplissent les plus longues journées de travail. C'est également dans ces professions que se trouvent les plus bas salaires; mais ceci est une autre question, que nous avons examinée en son lieu, on s'en souvient.
Ensuite, nous devons remarquer que quantité de citoyens pauvres, privés de loisir par leur pauvreté même, mais poussés par le désir d'exercer la part de souveraineté que la loi leur reconnaît, sacrifient avec joie leurs veilles et leurs plaisirs, étudient les phénomènes sociaux, font à leurs camarades part et profit de leur étude,' acquièrent ainsi, et répandent les conditions idéales de la liberté politique et sociale. Souvent, ce qu'ils savent est peu de chose, et leur foi dans les destins meilleurs de l'humanité est plus grande que leur connaissance des moyens de les réaliser. Parfois, les victoires locales remportées par leur énergie se dissolvent dans les difficultés d'administration : car le pouvoir central ne se fait pas toujours faute d'augmenter, et même de créer ces difficultés, sans doute pour dégoûter la
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'2dH la cité idéale
classe gouvernée de toucher au gouvernement; sans doute aussi par défiance, bien compréhensible, des aptitudes d'une classe, qu'on s'imagine faite pour travailler et non pour gouverner. Fréquemment, aussi, ceux qui réunissent les conditions idéales de la liberté, mais qui n'en possèdent pas les conditions réelles et matérielles, agissent comme s'ils les possédaient, et se résignent fièrement à la pauvreté, tout en maniant les millions du public, et en traitant de puissance supérieure à puissance inférieure avec les princes de la finance.
Il arrive aussi, car il faut tout dire, que certains jeunes hommes pauvres épousent la démocratie comme ils épouseraient une femme richement dotée, et se font de la politique une carrière. C'est le vice des démocraties incomplètes, où le capital règne avec ses mauvais exemples et ses funestes excitations. Il ne devient dangereux qu'à la condition de se généraliser, car ces politiciens considèrent leur parti, non comme un moyen de réaliser l'idéal, mais du même œil qu'un homme de sport considère les chevaux de course qui lui feront gagner le prix. De tels hommes voient dans la politique et dans ses agitations un but, et ils subordonnent tout à ce but; si l'arrivée au pouvoir de leur parti ne devait en même temps satisfaire leur aml)ition et leurs appétits, ils souhaiteraient qu'il n'y parvint jamais. Aussi ont-ils plutôt pour règle de flairer les instincts et les sentiments de la foule, afin de la suivre tout en paraissant la guider, que d'affirmer des principes, et d'y gagner patiemment l'opinion publique. De tels démagogues sont la plaie de la démocratie; seule, une éducation politique généralisée et supérieure la sauvera d'eux, cai", heureusement inaptes à se mouvoir dans le domaine des idées, ils cesseront d'être dangereux à mesure que la foule inconsciente se transformera en un peuple conscient. D'autre part, leur infériorité morale, coi'rélative de leur infériorité mentale, n'est pas faite pour les défendre contre les séductions du capital, et, comme la défiance, si elle est un des vices de la démocratie, en est aussi une des vertus, on voit assezfréqueminent s'écrouler quehjuesunes de ces belles façades. Leur exemple et leurs crimes no