‹ L'idéalisme socialChapitre 52 sur 96 · ABSORPTION DU GOUVERNEMENT DANS L'ÉTAT · texte numérisé non relu

ABSORPTION DU GOUVERNEMENT DANS L'ÉTAT

Au temps où l'État était absolument la chose du gouvernement, le pouvoir du gouvernant était absolu, et l’histoire tout entière nous prouve qu'il exerçait bien plutôt ce pouvoir pour en recueillir les fruits que pour satisfaire aux besoins réels de la communauté humaine. Le gouvernant, le gouvernement et l’État étaient complètement identifiés à la personne du prince ou de ses représentants. Entrait-il en guerre avec un voisin, ce n’était pas pour défendre la communauté ou la rendre plus prospère, mais pour défendre son propre domaine et accroitre sa propre puissance. La communauté n'existait pas pour lui comme but, mais comme moyen ; il ne lui appartenait pas, c’est elle qui lui appartenait. La force avait établi ces rapports entre lui et elle, et la force les maintenait. Ce ne fut qu'à la longue que le souverain se reconnut des devoirs envers la communauté, et lorsqu’en celle-ci commença de s’éveiller le sentiment de sa force et de son droit. Il est encore des pays où ce sentiment n’est pas éveillé. Les roitelets de l'Afrique sauvage font reposer leur droit sur leur force, et nul dans le troupeau humain, dont ils sont les bouchers plutôt que les pasteurs, ne peut même avoir le sentiment qu’il en dût être autrement. Dans nos civilisations, même, il est encore des quantités innombrables d'individus en qui la notion civique sommeille encore. Pour eux, l'autorité,

Page 1