‹ L'idéalisme socialChapitre 53 sur 96 · ABSORPTION DU GOUVERNEMENT DANS L'ÉTAT JS · texte numérisé non relu

ABSORPTION DU GOUVERNEMENT DANS L'ÉTAT JS

quelle qu’elle soit, est un être formidable et extérieur, dont on ne doit pas plus raisonner les actes qu’analyser les droits. À leurs yeux, le plus humble fonctionnaire est à la fois le gouvernant et le gouvernement, l'État et la loi; il tient dans ses mains tout droit et tout pouvoir ; l’obéissance absolue, irraisonnée, lui est due. Mais, en fait général, une distinction se fait entre le fonctionnaire et la fonction. A mesure que la connaissance des rapports sociaux, de leur nécessité et de leur utilité, devient plus générale et plus complète, non seulement le fonctionnaire est distingué de [à fonction, mais encore la fonction est déterminée avec plus de clairvoyance, et délimitée plus exactement parses attributions. Les lois, alors, ne sont plus uniquement des moyens de répression ou de compression aux mains du fonctionnaire ; elles deviennent en même temps des moyens de défense et - d'action aux mains du citoyen.

Dans les États civilisés modernes, qui ont conservé l’institution monarchique, malgré le formulaire et l'étiquette qui ont survécu, le prince n’est plus le souverain réel. C’est la Constitution qui règne réellement, et on ne laisse que l'effigie du pouvoir à l'héritier, ou plutôt au descendant, d'une longue lignée de maitres absolus. Même quand, appuyé sur une aristocratie puissante et organisée, il détient encore une certaine parlie des anciens pouvoirs de la souveraineté, il n’est en réalité qu'un fonctionnaire, le premier de tous; comme tel, enfermé dans des attributions précises, et salarié sur le budget de la nation. Même quand, par une fiction héritée des temps où il était la loi vivante, il jouit du pouvoir de faire grâce aux particuliers que les tribunaux ont frappés, ce pouvoir est lui-même déterminé par certaines conditions légales, a-lministratives, usuelles et morales, dont il ne peut se dépar- Lir sans péril pour cette prérogative, pâle image de ce que fut autrefois le « bon plaisir » du souverain absolu. Au temps de ce bon plaisir, nulle offense n’égalait celle faite au souverain : on se rappelle de quelles horribles tortures Damiens paya l’inoffensif coup de canif porté à Louis XV. Aujourd’hui, le crime de lèse-majesté se confond presque absolument avec les crimes contre les particuliers, et, dans

FourxièRE. — Idéal. soc. 18

les pays où la peine de mort est abolie, la répression des attentats à la vie du souverain ne sort pas de la règle juridique générale. Il est vrai qu’on a vu, dans un pays où le peuple ‘est virtuellement souverain, les représentants du peuple tolérer que la peine de mort fût appliquée à l’auteur d’un attentat dirigé contre leurs personnes, et qui n’avait fait à quelques-uns d’entre eux que des blessures insignifiantes. Ajoutons cependant qu’une aussi affreuse sentence ne fut point appliquée ca vertu d’une loi spéciale, mais au moyen des lois pénales ordinaires, poussées à leur maximum de rigueur : un jury s’élait laissé impressionner par l'opinion publique, affolée par une série d’attentats, dont les plus dures répressions ne faisaient qu'augmenter le nombre et la gravité. Dans bien des États, l’offense au chef de l'État, souverain où président, est bien encore inscrite à un chapitre spécial du code ; maïs on y. laisse dormir cette loi caduque, quitte à la réveiller et à en exagérer les sévérités dans certains moments de troubles. Des attributs extérieurs de la souveraineté, qui, autrefois, et encore aujourd’hui en Orient et dans l’Extrême-Orient, excitaient à la fois l'admiration et la vénération des foules, que reste-t-il? Si le plus puissant monarque européen tentait aujourd’hui de faire revivre le céremonial et les cortèges dont ne pouvait se passer le moindre seigneur des temps disparus, ce serait une risée générale. De ses attributs extérieurs, de la pompe qui les signalait aux regards des foules, il ne reste plus que la parade militaire. Quand un souverain européen veut se montrer à son peuple dans tout son éclat, il n’a pas un costume spécial où figureraient la couronne, le sceptre et le manteau ; ou, quand ce costume existe, il ne sert qu’au jour de la proclamation où du sacre, et plutôt comme apparence symbolique de la souveraineté. Si le souverain tient à endosser un costume qui le distingue d’un négociant ou d’un industriel, il est contraint d'emprunter l’uniforme d’un de ses régiments, et, s’il veut donner une signification à sa présence dans telle ou telle cérémonie, il lui faut endosser tel ou tel uniforme d’un régiment national ou d’une nation alliée ; mais il ne peut sortir du costume militaire. Il faut ajouter que, grâce à

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