VIII PRÉFACE DE LA DEUXIÈME ÉDITION
crise de l'apprentissage révèle aujourd'hui au grand public cette évidence, aperçue trop tard par moi, alors que je fréquentais plus de théoriciens sociaux que de techniciens industriels. La vérité est que la machine-outil et lesinnombrables applications des forces nouvelles, notamment l'électricité, nécessitent un personnel ouvrier pourvu de connaissances techniques assez élendues et d’une culture générale au-dessus de la moyenne actuelle.
Cette constatalion apporte d’ailleurs une confirmation de plus à mon optimisme social. Comment, en effet, des ouvriers abrutis et déprimés par leurs tâches pourraientils se prometire la souveraineté économique dans l'avenir ? Et quelle dérision ce serait de la leur promeltre ! Comment pouvais-je moi-même les enfermer dans un tel cercle vicieux ? Parce que je croyais plus qu'aujourd'hui à la vertu bienfaisante de la démocratie et de l'Etat démocratisé, et surtout que je considérais le travail comme tâche nécessaire beaucoup plus que comme fonclion morale et sociale. |
C'est une autre erreur de croire que le capitalisme tend à déposséder les paysans de leur propriété. Il aime mieux dominer la circulation des produits agricoles, régner sur le marché qui approvisionne ses distilleries et ses raffineries, grouper l’épargne des petits propriélaires de culture que d'entreprendre la lourde et complexe lâche d’indusirialisalion du sol au moyen de sociétés anonymes et par une transformation radicale des techniques agricoles. Il agit ainsi d’une manière aussi avisée que ces manufacturiers qui ferment leurs ateliers et renvoient leurs ouvrières travailler pour eux à domicile, évitant les lois sur le travail industriel et réduisant leurs frais généraux.