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CHAPITRE II

L'idée diffère essentiellement «lu phénomène empirique.

L'idée se situe dans le phénomène empirique. Nous ne connaissons que les faits, leurs lois, el, dans une certaine mesure, les raisons explicatives d'ordre métaphysique auxquelles nous conduit leur insuffisance essentielle. Notre esprit dépasse la frontière de l'expérience; mais il ne la dépasse qu'à la lumière de l'expérience elle-même.

Est-ce à dire que l'idée se ramène de quelque manière au phénomène empirique? Faut-il soutenir qu'en définitive elle n'est qu'un mol, ou bien une image amortie, ou bien encore une pluralité d'images groupées sous un même signe? En d'autres termes, l'empirisme moderne, qui fait de la conscience humaine un simple registre de la nature, contient-il la réponse que les différentes formes de l'iniiéismc n'ont pu fournir? Donne-t-il descaractdrea généraux de l'idée nue interprétation suffisante?

L'empirisme esten un sens supérieur à l'innéisme. In fait incontestable, et dont il faut toujours partir dans une théorie de la connaissance humaine, c'est que l'intelligence et la sensibilité portent sur un seul et môme objet, que l'idée, si générale qu'elle puisse être, n'est qu'un certain aspect de la réalité. Or, ce l'ail fondamental, les empiristes ont su le remarquer. Interrogeant la conscience, au lieu de tout déduire d'un principe a priori, ils ont senli que c'est une utopie de croire que la science humaine se divise en deux ordres d'objets d'origine absolu • ment distincte, et n'ayant entre eux d'autre rapport qu'une sorte de parallélisme dans leur développement ; ils ont vu que, malgré leur différence profonde, l'abstrait et le concret ont une seule et même source, l'expérience. Ainsi, leur système peut être incomplet; mais il a cet avantage sur l'innéisme que la base en est sûre. Et cet avantage, Etant luimême l'a reconnu; c'est pour se rapprocher de l'empirisme qu'il a modifié si profondément la théorie de ses devanciers, qu'au lieu de faire de l'idée un objet inné de toute pièce, il n'en rapporte à l'esprit que les caractères généraux, rendant au phénomène empirique le groupe de propriétés qu'elle enveloppe.

Mais cette supériorité relative de l'empirisme sur l'innéisme fournit-elle une preuve décisive en sa

faveur? Ne faut-il pas, pour compléter ce système, recourir à un principe qu'il ne contient pas? Là est le problème, et il est complexe. Il importe, pour le résoudre, de chercher successivement, comme on l'a fait pour l'innéisme : 1° si la théorie empiriste explique l'idée, en tant que chose abstraite; 2° si elle explique l'universalité; 3° si elle explique la nécessité logique.

L'idée n'est pas un mot. Le fait est trop évident pour qu'on s'arrête à l'établir. Nous ne pensons pas, nous ne raisonnons pas avec des souffles d'air. D'ailleurs, c'est un point que concèdent les empirisles les plus résolus de notre temps. «En réalité, dit M. Hibot, s'est-il rencontré des nominal isl es qui aient prétendu que nous n'avons dans l'esprit que le mot, le seul mot, sans rien de plus? C'est un problème historique peu clair et qu'il est inutile pour nous d'examiner. H est possible que quelquesuns aient poussé jusque-là leur réaction contre les extravagances du réalisme; mais c'est une thèse totalement insoutenable ; car, à ce compte, il n'y aurait aucune différence entre nu terme général et un

mot d'une langue qu'on ne comprend pas/*»Qn pour-

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