‹ L'idéeChapitre 21 sur 42 · ih l'intelligence, l. IV, c, i. T. H · texte numérisé non relu

ih l'intelligence, l. IV, c, i. T. H

remarqué Spinoza, au-dessus de l'ordre des images, il y a en nous l'ordre des idées ; el cette partie supérieure de la connaissance qui est tout l'homme, Taine ne l'explique qu'eu la supprimant.

In des caractères essentiels de L'idée, c'est d'être « une et plusieurs » tout à la l'ois, suivant l'expression chère au génie de Platon. L'idée se rattache par nature à un nombre indéfini d'individus; mais celte multiplicité ne L'éparpillé pas. Prise en ellemême, elle reste indivisible. Il n'y a qu'une notion de la blancheur pour toutes 1rs choses blanches; il n'y a qu'une notion de l'étendue pour tous les corps; la définition du mouvement es( La même pour tout ce qui se meut. Entre le Bigne abstrait et

la multitude des images auquel il s'accole, -.• place l'unité de l'idée. Celle unité, qui est la fonction essentielle de toute pensée, dont nous avons sans cesse quelque intuition, qui remplit le champ de notre conscience rationnelle, Taine n'a qu'un moyen de l'interpréter, c'est de la sous-entendre. Elle n'existe pas à ses yeux. Entre le signe et les caractères individuels de chaque image, son système passe comme une machine pneumatique : il y l'ait le vide.

En outre, l'unité de l'idée ne ressemble pas à celle des individus eux-mêmes : elle est d'ordre purement logique. L'idée, considérée en soi, ne

porte plus la cangue des données empirique?, elle n'est plus emprisonnée dans les limites de tel être. Elle se révèle à nous comme dépouillée du fait de l'existence : c'est une essence pure, un abstrait. Qui nie cette donnée fondamentale de notre conscience, nie la raison elle-même; qui nie cette donnée a pu faire avec génie la psychologie de l'animal, mais il n'a pas encore commencé la psychologie de l'homme. Or c'est là, croyons-nous, le cas de II. Taine et de la plupart des empiristes modernes. Pour expliquer notre âme, ils l'ont tirée à la bète. Mais la nature est plus forte, elle résiste au nom de sa dignilé native.

La négation de l'abstrait, voilà le vice originel de l'empirisme ; et ce vice originel entraîne une singulière conséquence, c'est que l'homme ne parle que par miracle. Toute parole qui dépasse le langage inarticulé des émotions suppose un jugement. Or, tout jugement enveloppe quelque chose d'abstrait. Quand j'affirme du triangle qu'il esl l'intersection de trois lignes je condense des abstraits. J'enferme également de L'abstrait dans mes jugements les plus humbles, ceux qui ont pour sujet un èlre individuel. Lorsque je me dis à moi-même, comme Descartes : « Cogito », je fais en un clin d'uni deux opérations contraires: une analyse par Laquelle j'isole de ma

réalité vivante l'attribut généra! de pensée; une synthèse par laquelle je rejoins au concret le logique un moment isolé. « Nous parlons meta* physiquement », comme disait Claude Bernard. Le propre du langage rationnel, c'est d'être, suivant la pensée de M. Millier, abstrait et général. Mais, dès lors, l'homme est naturellement muet comme la bêle, si les empiristes ont raison ; et toutes les langues qui se parlent à la surface de notre plané te sont autant d'inexplicables prodiges.

Jusqu'ici, nous avons combattu une à une les différentes formes de l'empirisme ; taisons maintenant une charge d'ensemble.

Une preuve frappante que l'idée ne se ramène ni à l'image ai à un groupement d'images, c'est que Ton conçoit encore oùl'on n'imagine plus: la raison dépasse les sens, el il»' toute la grandeur de l'absolu. Soit un polygone auquel on suppose un nombre infini de cùlés. C'est là une figure qui ne se rencontre nulle part dans la nature ; je ne comprends pas même qu'elle puisse exister; je ne réusbîs pas non plus à me la représenter : je n'en ai absolument aucune expérience. El cependant, cette ligure, je la conçois : le concept que je m'en fais est un moyen de trouver la mesure de la circonférence. D'où vient donc cette idée? De la possibilité l'idke y

d'augmenter à l'infini le nombre des côtés d'un polygone donné ; mais alors d'où vient cette possibilité elle-même, si nous ne connaissons que des images? Toute image est concrète, et il n'y a pas de possible clans le concret pris à l'état brut ; ou, s'il y en a, ce possible ne dépasse pas le nombre des cas observés. Que j'aie vu quelque part ou bien imaginé un dodécagone, je puis l'imaginer de nouveau. Mais qui me dit que je puis encore augmenter le nombre des côtés de ce polygone, si, dans l'image que je m'en forme, je n'ai vu que des éléments concrets, des éléments qui n'ont entre eux d'autre rapport qu'un lien physique? Qui me dit que je puis porter à l'infini le nombre de ses côtés? Un fait, comme on l'a dit, ne garantit pas un autre fait; un certain nombre de multiplications déjà constatées ne garantissent pas la possibilité de multiplier à l'infini. Il en est de nombre d'autres idées comme du polygone inscrit à la circonférence, .le n'ai jamais vu Dieu par mes sens. Quelque système qu'on admette pour expliquer l'idée de Dieu, il ne vient à l'esprit de personne <lr croire que nous le percevons comme nous faisons d'un corps. Et cependant nous avons l'idée de Dieu, idée inadéquate, il <isi vrai, mais réelle. L'idée de Dieu n'est pas l'assemblage de ces quatre lettres : I), i, e, u. Sous ce signe matériel, je saisis quelque chose qui n'es! ni une image ni la

partie d'une image. Qui a jamais expérimenté l'éternité? Qui s'en est fait une représentation sensible? Et cependant j'ai de l'éternité, aussi bien que de Dieu, quelque notion véritable, incomplète à coup sûr, mais assez claire pour me permettre de distinguer l'éternité de ce qui n'est pas elle : quand je parle d'éternité, je sais ce que je dis. Il y a donc des idées qui dépassent visiblement les limites de l'expérience. Il existe au-dessus du monde réel et concret un domaine à part que la réalité concrète, si raffinée ou si éteinte qu'on la suppose, ne constitue point par elle-même. L'esprit reçoit les impressions du dehors; mais il a de l'énergie pour aller j»l us loin : il découvre les notions qui sont le contenu logique des images, et par delà ces notions tout un autre cortège d'idées plus profondes que la raison conquierl par voie de déduction.

11 faut donc revenir à la même conclusion. L'élément suprasensible de la connaissance reste à L'état de mystère, si l'on ne l'ail de l'intelligence humaine qu'une puissance de recevoir et de voir ce qui est donné, qu'une faculté de pàtir. Il faut, pour expliquer l'idée, supposer qu'il y a quelque part dans la conscience une force essentiellement active, qui pénètre ce qui estime fois entré dans nos sens, qui l'élabore, en fait tomber les scories empiriques et n'en relient que son bien. Aussi

longtemps qu'on n'admet pas ce principe d'un ordre spécial, aussi longtemps qu'on n'a pas recours à une sorte d'intellect actif, on stationne dans le monde des sensations, on ignore dans l'homme ce qui caractérise l'homme, l'idée.

C'est ce que Locke a bien vu, et par là son système reste supérieur à tout ce que les Anglais ont écrit après lui sur l'origine de nos connaissances : « L'esprit, dit-il, rend générales les idées particulières qu'il a reçues par l'entremise des objets particuliers, ce qu'il fait en considérant ces idées comme des apparences séparées de toute autre chose et de toutes les circonstances qui font qu'elles représentent des êtres particuliers actuellement existants, comme sont le temps, le lieu cl les autres idées concomitantes. C'est ce qu'on appelle des abstractions; par où des idées tirées de quelque être particulier, devenant générales, représentent tous les êtres de cette espèce, de sorte que les noms généraux qu'on leur donne peuvent être appliqués a tout ce qui, dans les êtres actuellement existants, convient à ces idées abstraites1. » Parler ainsi, c'est affirmer nettement que loul ne vient pas de la sensibilité, ou que, si tout en vient, c'est par l'intermédiaire d'une énergie à part, essentiellement

I, Lockk, Entendement humain, 1. II. c. i\. H.

distincte do la sensibilité; c'est affirmer que l'activité de l'esprit ne se borne pas à séparer ou bien à grouper des fragments d'images: c'est sortir de l'empirisme pour reconnaître un principe que l'empirisme ne contient pas, le pouvoirde faire l'abstrail.

L'empirisme n'explique pas l'idée en tant que cbose abstraite. Rend- il mieux compte de son universalité? Pour résoudre la question, il est bon de se rappeler que ci- second caractère général de l'idée présente deux sens assez différents.

Il y a quelque temps déjà, en visitant un aquarium, je regardais sautiller une vingtaine d'orfus dans un réservoir, élégants petits poissons tacbetés de pourpre, aux mouvements rapides comme un éclair; j'en ai retenu le nombre. De plus, bien que certaines nuances qui les distinguaient les uns des autres, aient disparu de mon esprit, je me souviens encore des traits communs à cette vingtaine d'individus. Voilà un genre d'universalité, dont la seule signification est qu'un certain groupe de caractères se trouve réalisé dans un nombre déterminé de Cas, qui s'obtient par un nombre donné d'observations et ne peut s'étendre que dans la mesure même de ces observations, qui, par conséquent, si loin qu'on

la pousse, reste toujours essentiellement limitée. C'est une universalité scientifique ou de fait.

Mais l'idée n'est pas seulement universelle en ce sens, comme le supposent les empiristes modernes en maint passage de leurs écrits. Outre l'universalité qui consiste en ce qu'une idée soit réalisée, il en est une autre plus profonde, où se trouve la raison de la première, et qui consiste en ce qu'une idée soit réalisable. Outre l'universalité qui résulte d'expériences répétées et se borne à ces mornes expériences, il y a l'universalité que l'esprit dégage d'une seule observation, et qui du premier coup la dépasse de l'infini, A l'universalité scientifique ou de fait s'ajoute l'universalité logique ou de droit. La vue d'une sphère suffit à susciter en mon intelligence l'idée de la sphère; et cette idée m'apparaît du premier coup comme apte à se reproduire dans tous les temps et tous les lieux : j'y découvre sans autre recherche une éternelle possibilité.

Voilà les faits. Peut-on les interpréter, si l'on ne voit dans la conscience qu'un registre de [a nature, si l'on n'y met que la faculté de percevoir des sensations et des fragments de sensations?

Une chose certaine, c'est qu'en se fondant sur une semblable hypothèse, on n'explique pas du tout ce que nous avons appelé l'universalité de droit.

Comment dépasser, en effet, le nombre des observations enregistrées? Comment conclure d'un certain nombre de cas donnés que ces mêmes cas peuvent se reproduire à l'infini, dans tous les temps et tous les lieux? Il suffit, dit on, qu'un fait existe une fois pour qu'on puisse le supposer une seconde, une troisième fois, à l'infini : on a le droit de répéter sans cesse la môme hypothèse. Cela est vrai, mais pourquoi? In l'ail par lui-même n'enveloppe rien de possible, et partant ne garantit sa possi

liililé ni pour le passé, ni pour L'avenir, ni dans d'autres temps ou d'antres lieux que ceux on il s'est manifesté. Pris à l'état concret, un fait existe tout entier; il est donc tout entier individuel, il n'a rien qui puisse passer dans d'autres individus. Pris à l'état concret, un fait n'indique pas non

plus qu'on puisse avec une matière différente de la sienne réaliser quelque chose de distinct, mais de semblable à lui-même. Car il n'y a aucune raison de conclure de son existence à la possibilité de la matière dont sa copie doit être faite. On ne peut en inférer avec plus de droit cette convenance interne et logique d'attributs, qui est la loi fondamentale de tout être, sans laquelle, par conséquent, on ne sait encore s'il peut s'imiter. Car celte convenance n'est point une agglutination toute physique d'impressions ou d'images; elle existe entre

propriétés considérées en elles-mêmes, isolées de toute condition individuante : c'est un rapport entre ternies abstraits. Un fait n'a donc par luimême ni communicabilité ni imitabilité. Aussi longtemps qu'on l'envisage à l'étal brut, on n'y découvre aucune raison de croire qu'il est encore réalisable; on n'y découvre aucune trace de possibilité. H est, on le constate : voilà tout. Partant , il ne nous autorise point à supposer qu'il peut se répéter à l'infini dans tous les temps et lous les lieux. Il ne nous apprend rien de son universalité de droit. Pour arriver à cette généralisation absolue, il faut y découvrir une aptitude intrinsèque, inaliénable à l'existence; et comme cette aptitude ne tient pas à la réalité, mais à l'essence de la réalité, comme elle est d'ordre logique et abstrait, il faut, pour la voir, dépasser la région des images, reconnaître à l'esprit le pouvoir d'isoler du concret les propriétés du concret.

L'empirisme ne s'élève pas jusqu'à l'universalité df droit. Explique-t-il du moins L'universalité de l'ail? Ou a constaté que plusieurs espèces de piaules et d'animaux ont conservé !•■ même type à travers Les longs intervalles des périodes géologiques. On a découvert qu'un certain nombre de corps chimiques, l'hydrogène, If fer; If sodium,

par exemple, se rencontrent dans le soleil à trentecinq millions de lieues de notre planète, et bien au delà dans des mondes dont la lumière a mis des siècles à nous parvenir. On est assuré parles raies du spectre que la lumière des astres présente les mêmes propriétés que celles des corps que nous brûlons. Poussé par un désir insatiable de confondre et de dominer la nature, l'homme marche sans relâche à la conquête de l'inconnu; il vs sans cesse élargissant le domaine de son savoir à traders le temps et l'espace ; par son travail acharné, il réussit à découvrir que les phénomènes qu'il a d'abord observés- sur cette terre, se retrouvent dans d'autres mondesavec les mêmes caractères, qu'ils se sont produits jadis dans les siècles les plus reculés. Où est cette muse cachée qui non- suggère i tout instant qu'il reste encore quelque chose à découvrir? Quelle e>l cette force qui nous entraine sans cesse au delà de ce que nous savons déjà ? Peut-on expliquer que L'homme cherche toujours à dépasser le nombre des faits connus, si sa conscience n'est que la faculté de voir le concret, de combiner ensemble les cléments du concret ? Nous ne le pensons pas. Pour que l'esprit se mette en branle, pour qu'il tende vers autre chose que ce qu'il possède déjà, il lui faut un idéal à poursuivre. La cause efficiente ne suffit pas à expliquer le dé-

veloppement de notre activité mentale : il y faut joindre la cause finale. Nous n'allons , nous ne pouvons aller que vers ce que nous connaissons de quelque manière : ignoti railla cupido, suivant le vieil adage. Or, supposé que nous n'ayons que la puissance de constater et de combiner des faits déjà constatés ; supposé que l'esprit ne saisisse dans les faits aucune notion de possibilité, qu'il n'y découvre aucune aptitude à se réaliser derechef, qu'il ne parvienne pas d'abord à l'universalité de droit, il n'aura jamais la pensée de chercher s'il existe ailleurs des phénomènes analogues à ceux qu'il connaît déjà, il ne sortira pas du champ des impressions passivement reçues, il n'arrivera pas à l'universalité de fait. Nous cherchons le réel, parce que nous connaissons le possible. Qui ne connaît que le réel, n'a pas d'énergie pour aller plus loin ; ce n'est pas en vertu de son activité qu'il fait de nouvelles découvertes : son expérience croît d'une manière toute passive, à mesure que les circonstances lui offrent d'elles-mêmes des cas qui présentent des caractères communs. Encore celle universalité restreinte n'est-elle qu'un nom, si l'on y regarde de près. Comme on l'a déjà vu au sujet du Kantisme, c'est une illusion de croire qu'il y a dans [a nature des caractères communs. Tout y

existe, qu'on le remarque bien; tout y esi de tout

point individuel. Si je regarde deux surfaces également blanches, par exemple, deux feuilles de papier encore intactes, de môme forme et de môme dimension, je n'ai pas par là môme un caractère commun, je n'ai pas par là môme un universel. La couleur de la première feuille lui reste inhérente, lui appartient toujours, continue à taire partie do son intégrité physique. Et il en est de môme de la couleur de la seconde feuille. J'ai beau considérer ces deux objets ; tant que je les envisage dans leur totalité concrète, les qualités que j'\ perçois, restent toujours aussi distinctes, aussi nette ment inhérentes à leurs sujets qui «>ni distincts.

Elles ne s'identilieul |>;ts par elles -mômes dans ma

conscience de manière à ne faire qu'une représentation. Si elles deviennent pour moi quelque chose d'un, c'est en vertu d'une élaboration que je

fais subir a la réalité, c'est en vertu dé l'activité de imm intelligence.

Mais, si celle analyse est fondée, s*il est vrai que la réalité n'a pas de caractères communs par elle-même, ne faudra -t- il pas admettre que lés animaux sont aussi bien que nous doués de la faculté d'abstraire, qu'entre l'homme et la bote il n'y a qu'une. différence accidentelle?

Ce qu'on ne peut nier, c'est que les animaux généralisent de quelque manière. Les hirondelles ne

font pas toujours leurs nids avec la même boue et les mêmes crins. Un chien sait reconnaître toutes les variétés de sa race : il se comporte à l'égard da danois comme à l'égard du plus petit roquet. Il n'est pas jusqu'aux micro-organismes, jusqu'aux mono -cellulaires dont a parlé M. Binet, qui ne donnent quelques indices de généralisation: car la nourriture qu'ils absorbent n'est pas toujours absolument identique à elle-même. Mais comment se t'ait la généralisation chez les animaux ? Est-il certain que chez eux, comme chez nous, elle soit le résultat d'une abstraction ? Ne se peut-il pas qu'elle tienne à descauses d'un ordre absolument différent? Le proprede l'intelligence, avons-nous dit, c'estde^/.'couvrir : elle abstrait, et l'abstraction nous conduit du fait au possible et du possible, par une série d'hypothèses, à d'autres faits A-t-on véritablement prouvé que tel soit le processus de la conscience animale ? Nous ne le croyons pas. Aucune des nombreuses et délicates expériences qu'on a faites sur ce point, ne nous semble décisive. Il en est même qui tendent à démontrer que l'animal est dépourvu de toute faculté d'invention. Voici ce que nous lisons dans M. Komanes sur le sphex dont

chacun connaît le talent chirurgical : a lu sphex creuse un tunnel, s'envole et cherche sa proie qu'il rapporte paralysée par son dard jusqu'à l'orifice de

son tunnel ; mais avant d'y introduire sa proie, il v entre seul pour voir si tout est bien. Pendant que le sphcx était dans son tunnel, M. Fabre éloigna un peu la proie; quand le sphex ressortit, il liç tarda pas à retrouver sa proie et l'apporta de nouveau jusqu'à l'orifice ; mais alors il sentit de nouveau le besoin d'aller vérifier encore l'état du tunnel, vérifié à l'instant même ; et aussi souvent que M. Fabre retira la proie aussi souvent toute l'opération fut recommencée, de Bortequele malheureux sphex vérifia l'état de son tunnel quarante fois de suite. Quand M, Fabre enleva définitivement lé proie, le sphex, au lieu de chercher une proie nouvelle et de se servir de son tunnel achevé, se sentit obligé île suivre la routine de son instinct. Avant de creuser un autre tunnel, il lioiicha complète ment l'ancien, comme BÎ tout «'lait bien mal. qu'il fût entièrement inutile ne renfermant pas de proie pour les larve- '. Il nous semble difficile de surprendre plus clairement ehe/. I animal le manque absolu de toute invention, le fonctionnement passif et subi d'une sorte de mécanisme mental. Sir John Lubbook, dans son travail intitulé: Fourmis, guêpes, abeilles, cite un autre fait qui a la même signification, a Ayant laissé quelque temps, dit-il,

I. RoiUNBS, Evolution mentale des animaux, p. ll'o de la traJ. française^

un nid de fourmis sans nourriture, je mis du miel sur une petite planchette de bois, entourée d'un petit fossé de glycérine large d'un demi-pouce et profond d'environ 1/10 ; sur ce fossé je plaçai un pont de papier, dont une extrémité reposait sur la terre meuble. Cela fait, je mis une fourmi au miel et aussitôt une petite troupe se rassembla, mais sans pouvoir traverser ; il ne leur vint pas à l'idée de faire soit un pont soit une digue à travers la glycérine, au moyen de la terre meuble que je leur avais donnée si à propos. Cela me surprit beaucoup, ('•tant donnée toute l'ingéniosité avec laquelle elles se servent de la terre dans la construction de leur nid '. » ïrouve-l-on dans une expérience de cette nature la moindre trace de cette puissance d'abs- Iraction dont nous constatons en nous le perpétuel exercice et d'où la pression du besoin fait jaillir sans cesse quelque expédient nouveau ? Ce qui semble résulter le plus clairement des éludes nombreuses qu'on a entreprises de nos jours sur l'instinct des animaux, c'est qu'ils ignorent l'universel, c'efl qu'ils n'ont pas d'intellect actif. Leur travail porte toujours sur un même genre très restreint d'objets, dont l'extension ne s'accroît pas. S'ils génér;ilisenl dans une certaine mesure, le fait lient sans

i . Edition française, t. il. p. 1 1.

doute à ce que le môme ordre de représentations, atteignant pour ainsi dire leur conscience au môme point, y produit toujours le môme sentiment, le même appétit, la môme série de mouvements.

Quoi qu'il en soit de la conscience des animaux, qui sera toujours un mystère pour nous, ce que nous avons dit de la conscience humaine ne s'en trouve pas ébranlé. 11 reste vrai que non seulement nous constatons la réalisation de certains caractères en divers temps et divers lieux, mais encore que nous nous faisons de ces mêmes caractères une seule et môme notion, où nous les voyons réalisables à L'infini, dans tous les temps et tous les lieux. 11 reste vrai que L'empirisme n'explique ni cette possibilité logique qui d'un bond nous élève jusqu'à l'absolu, ni cet accroissement continu, mais toujours limité des cas déjà constatés, que nous appelons universalité de fait Car cette seconde universalité ne peu! s'étendre que si la première existe déjà et se dresse devant l'intelligence comme un idéal à poursuivre. <>n peut toujours soutenir qu'aussi longtemps qu'un esprit s'arrête au concret, il ne s'y produit aucune espèce d'universel ; car si l'universel convient à toute une classe, il n'en est pas moins un. Or, dans la conscience et dans la nature, avant toute élaboration mentale, les qualités les plus semblables sont encore distinctes.

•jus L'IDÉE

L'universalité ne trouve pas de place clans la théorie empiriste. Partant la nécessité que nous appelons intrinsèque ne s'y rencontre pas non plus; car ce genre de nécessité consiste en ce que l'idée ne puisse cesser d'è're possible, c'est-à-dire universelle; elle n'est autre chose, que la manière dont l'universalité se rapporte à l'idée. D'ailleurs, c'est là un point qui semble avoir échappé entièrement à l'attention des empiristes. Ils n'ont pas cherché ce qu'il signifie, parce qu'ils ne l'ont pas vu.

En revanche, les empiristes ont fait de nombreux efforts pour interpréter cet autre genre de nécessité qui constitue la liaison de nos idées, et qui fonde la plupart de nos jugements. Suivons-les sur ce Ici rai n et voyons jusqu'à quel point ieurs hypothèses sont heureuses: cherchons s'ils expliquent mieux la nécessité de rapport que la nécessité intrinsèque.

On voit dès l'abord qu'une théorie « f 1 1 L ne dépasse pas les limites du concret, peut difficilement contenir la réponse du problème. Les idées, avonsnous dit, ne sont pas les images. Nous les percevons dans les images ou données empiriques; mais elles en diffèrent. Les idées sont des termes à part,

et, par conséquent, forment un ordre de rapports à part. Toutefois ne nous contentons pas de déduire. La question porte en elle-même le principe de la solution. Essayons de l'y découvrir.

D'après Herbert Spencer, qui a donné à l'empirisme sa forme la plus heureuse, deux représentalions qui ne s'évoquent pas toujours l'une l'autre, qui ne sont pas encore dans un étal parfait de cohésion; constituent un souvenir. Deux représentations, dont lu première conduit invariablement à ta seconde, qui formenl un groupe indissoluble, constituent un principe. S'il se rencontre en nous des associations encore chancelantes, et d'autres qui sont ou du moins paraissent définitivement fixées, il faut en chercher la raison dans L'expérience elle-même.

Les premières se composent de termes qui ne se présentent pas toujours dans le même ordre. Les secondes sont L'effet de certaines énergies, qui, depuis que l'être conscient est sorti de l'homogène, se manifestent toujours h lui dans le même rapport de simultanéité ou de succession. Ces associations vont se consolidant san^ cesse pendant le cours entier des âges. Les représentations qui les forment se sont enchaînées, rivées l'une à l'autre. Contre l'œuvre de tous les siècles et de toutes les généralions, nous ne pouvons rien et nous déclarons nécessairement lié ce ([lie notre faible individualité

ne saurait rompre. Pourquoi voyons nous chaque chose sous la double forme de l'espace et du temps? Parce que l'espace et le temps se sont toujours mêlés à tout ce que le genre humain a jamais imaginé ou senti. Il en va de môme de la causation qui ne peut être que la succession invariable de certains phénomènes. Ainsi l'expérience suffit d'elle même à élever en nous tout l'édifice de nos connaissances : elle fait nos idées et leur liaison.

Cette théorie a pour elle, comme beaucoup d'autres, le prestige fascinateur de la science. Mais qu'on lui fasse subir le contrôle des faits, qu'on la mette à l'épreuve de l'observation intérieure, et l'on remarquera bien vite qu'elle esl à la fois gratuite, incomplète, erronée.

S'agit-il de simples images, essaie-t-on, par exemple, de répéter une formule apprise par cœur; l'attention qu'exige une action de ce genre est à peu près nulle. Elle devient de moins en moins nécessaire, à mesure que la mémoire est plus sûre. Il se peut même que son intervention soit nuisible. Il suffit parfois de penser à ce que l'on déclame pour que la chaîne des représentations se brise, et que tout se dissipe. Veut-on comprendre, au contraire? Est-il question de trouver une vérité ou de la concevoir à nouveau? Il y faut de la réflexion, rien n'avance que par là. La série des phénomènes

ne se produit plus en nous sans nous. Elle commence avec ]'em>rt de la pensée, se développe et Unit avec lui.

('e n'est pas tout. Supposez qu'on fasse apprendre h un enfant quelques chapitres de géométrie, sans lui donner l'intelligence des théorèmes qu'ils con tiennent, qu'arrivera-t-il? Cet enfant sera capable de réciter les pages qu'il a gravées dans -a nié moire. Mais là s'arrêtera son pouvoir; on aura beau le presser de questions, il n'ira pas plus loin. Qu'oïl vienne au contraire à lui démontrer les \éiilés dont

il ne tient encore que l'écorce matérielle, aussitôt s'éveillera dans son esprit toute une série d'idées, et de rapports d'idées que la simple intuition des figures ne lui révélait pas. Puis, B*il esl supérieurement doué, si c'est un Pascal par exemple, il dépassera d'un bond la frontière des impressions

acquises et s'en ira avec ce qu'il sait à la découverte d'idées qu'il n'avait jamais eues, qu'il n'avait encore trouvées ni dans L'expérience intérieure ni dans l'expérience extérieure,

Non seulement la série des idées ne se déroule pas automatiquement comme celle des images, non seulement elle nous emporte plus loin que la série dos images; mais encore elle nous permet de la contrôler, de l'invertir. I/intelligence intervient de SOU chef dans le domaine de l'imagination, dé-

fait les groupes que le temps y a consolidés, pour en faire d'autres plus conformes à ses lois. A ne consulter que l'expérience, le Soleil ne dépasse pas en grosseur une meule de moulin. Le raisonnement nous révèle que son volume vaut 1.300.000 fois celui de la Terre. On a cru, pendant de longs siècles et sur la foi de l'expérience la plus invariable, que la Terre était immobile au centre du monde, qu'il n'y avait pas, qu'il ne pouvait y avoir d'antipodes. Le raisonnement fondé sur l'observation, mais la dépassant de l'infini, est venu nous apprendre que c'était une double erreur. La science est pleine de trouvailles de cette nature, et plus elle grandit, plus elle s'affermit, plus aussi elle en accroît le nombre.

D'où viennent ces différences significatives? A quoi tient que nous assistons au déroulement des images, tandis que nous produisons le déroulement des idées? Pourquoi les images sont-elles stériles et les idées fécondes? Comment pouvons -nous à l'aide de nos idées contrôler l'ordre des images? Ces trois faits dérivent d'un autre l'ait, qu'on a perdu de vue, mais qu'on ne saurait contester : nous percevons le lien de nos idées, nous ne percevons pas celui des images. Si je vais de la pensée à l'idée d'être, h l'idée de conscience, et de quelque objet qui termine cette conscience, c'est que la

pensée enveloppe ces différentes choses dans son concept. De môme, 2 -|- 3 évoquent en moi l'idée de r», parce que la somme de ces deux oombres donne nécessairement un autre nombre et rien qu'un, qu'on est convenu d'appeler cinq. Il exi-le entre mes idées comme une traînée de lumière qui mepermel de passer de l'une à l'autre, el de voir par où j'y passe. VA voilà comment je ^ nis à même de découvrir non plus seulement par l'expérience, non plus seulement par voie de constatation, mais par voie de déduction. Voilà comment on a créé les sciences mathématiques et comment on les développe à chaque instant. C'est aussi sur l'intuition

du lieu des idées que se l'onde nécessairement

toute métaphysique. <>n s'élève au-dessus des faits

en suivant avec attention la traîne multiple et délicate des idées qu'iis contiennent ou qu'ils impliquent de quelque manière. 11 en est tout autrement de l'ordre des images. Quand je prononce le nom de rose, l'image de l'une de ces fleurs s'éveille en moi ; et réciproquement, si je vois une rose, je m'en rappelle le nom. Mais pourquoi cette évocation mutuelle? Je l'ignore, ou si j'en sais quelque chose, c'est à l'aide d'hypothèses fondées sur de vagues et longues inductions. Je ne vois bien qu'une chose, la contiguïté d'une rose et de son nom. La raison pour laquelle le signe el l'objet B'appellent

l'un l'autre, reste dans le domaine de l'inconscient. Aussi, qu'un beau jour la vue d'une rose vienne à ne plus m'en suggérer le nom, je ne trouve aucun moyen précis de le faire réapparaître. Je manque de iil conducteur pour aller d'une image à une autre image : je n'invente pas avec de simples images. Les empiristes dénaturent le vrai rapport du lien logique à la conscience. Us en font un inconnaissable; son essence est d'être connu. Que devient, d'après leur théorie, le caractère interne de ce lien ? Le témoignage formel, indiscutable de la conscience, c'est qu'il est absolu, c'est qu'il n'y a ni temps ni lieu où ce lien puisse changer. Ce fait conserve-t-il encore son caractère original, si l'on ne voit dans l'idée qu'une simple image? Non. Sur ce point, comme sur les autres, sur ce point fondamental l'empirisme est en défaut. Qu'on allonge autant qu'on voudra les périodes géologiques, qu'on multiplie à plaisir le nombre des siècles qui nous séparent de l'origine du monde, qu'on attribue au cours de la nature la régularité la plus [rigoureuse, on ne fera jamais que deux phénomènes qui se sont une fois produits dans un simple rapport dr contiguïté, qui n'ont entre eux d'autre relation que leur contact physique, acquièrent à la Longue et par la seule force de leur durée une liaison véritablement nécessaire. Au bout de cent millions

d'années, ils seront comme au début l'un à côté de l'autre, sans dériver l'un de l'autre. Le temps, ne faisant que répéter les mômes phénomènes dans le même ordre, ne suffit pas à changer la simultanéité ou la succession en dépendance essentielle. Tout ce qui peut résulter d'une longue contiguïté de deux représentations, c'est une sorte de soudure de plus en plus intime, et cette solidarité tonte physique ne change de nature qu'aux veux de l'imagination. La raison n'y voit toujours qu'une simple agglutination, qu'une liaison de fait.

On dira peut-être que If lien de nos idées n'est pas une dépendance objective, qu'il le faut silure dans l'ordre des tendances, non dans celui des représentations. On dira peut-être que la nécessité logique n'est autre chose qu'une habitude, qui a fini avec le temps par devenir un besoin irrésistible, rue sorte de contrainte. Mais alors on se heurte à de nouvelles difficultés : on admet îles jugements qui consistent en ce qu'étant données deux représentations en simple rapport de fait, nous nous -entons forcés d'affirmer un rapport de nécessité. Or, nous l'avons déjà mis en lumière, une interprétation de cette nature est de tous points contraire aux données de l'observation. Ce n'est pas dans la région de nos tendances, mais entre nos idées elles-mêmes que réside le lien de nos id>

Le lien do deux idées ne consiste pas dans une impulsion subjective; c'est un enveloppement de l'une par l'autre. Quand j'affirme que B dépend nécessairement de A, je ne le fais pas en vertu d'une contrainte aveugle. La contrainte d'affirmer est un fait dérivé : elle vient d'une intuition. J'affirme que B ne peut se séparer de A, parce que B est de l'essence de A, parce qu'il se trouve impliqué dans le concept de A. J'affirme la nécessité, parce que je la vois, et je la vois comme une dépendance objective, comme une connexion essentielle des idées dont je l'affirme. Dire par conséquent que la nécessité de rapport est une simple tendance, la rejeter dans l'ordre des instincts, c'est méconnaître la place qu'elle occupe dans la conscience, c'est changer la nature desfaits pourles assoupliraux besoins d'une théorie. De plus, en commettant une si grave erreur, on ne réussit pas mieux à expliquer le caractère absolu de la nécessité logique. La contrainte physique et subjective sur laquelle on se rabat, estime nécessité toute relative. Quelle que soit l'énergie d'une tendance, on conçoit toujours qu'elle pourrai! ne pas cire. On imagine une force pins grande qui pourrait ta supprimer ou tout au moins en arrêter l'exercice. Autre est la nécessité de rapport que soutiennent deux ou plusieurs idées. ( lette nécessité ne peut rencontrer d'obstacle nulle part. Quand j'ai

compris une bonne fois que la surface d'un rectangle est égale au produit de sa base par sa hauteur, je (l'imagine plus aucun temps, aucun pays, aucune hypothèse où cette proposition puisse être fausse .

L'empirisme n'explique donc ni la manière dont les idées se manifestent à la conscience ni leur puissance inventive, ni l'intuition que nous avons du lien qui les unit, ni le caractère absolu de <•<• même lien. De quelque façon qu'on envisage la né cessité de rapport, qu'on l'étudié dans les faits qui

la supposent, dans ses relations avec l'esprit qui la perçoit ou dans sa nature elle-même, ce système reste toujours à court.

Imi somme, l'empirisme n'est pas plus heureux

que l'innéisuie. Il ne donne pas une interprétation plus satisfaisante de l'abstrait, de l'universel, du né cessaire : il n'explique pas mieux l'idée et pour la même raison : on n'\ trouve pas la notion de la véritable énergie de l'entendement humain. A quelque

expédient ([ne l'on ait recours, aus^i longtemps qu'on laissera les impressions BOnsibles s'amortir et s'agglutiner dans la conscience, on ne fera jamais que le concret s'élève de Lui-même au-dessus du concret, on ne ferajamaisque le concret cesse d'être individuel ou que le heurt physique de ses éléments

i.'im i 10

21 s L'IDEE

ne soit plus un rapport de fait. Pour expliquer l'abstrait et parla même le possible, l'universel, le nécessaire, il faut accorder à l'âme l'activité; il faut supporter dans cette activité non seulement le pouvoir d'associer ou de dissocier les éléments du concret, mais encore la force de saisir dans le concret la nature qui le constitue. La connaissance suprasensible reste tout entière à l'état de mystère, si l'on n'a pas recours à la solution aristotélicienne.

Comment se fait-il qu'à notre époque on n'ait pas remarqué cette énergie inventrice de notre entendement ou que du moins on n'en ait pas vu le rôle capital? Il faut en chercher la cause principale dans le développement des sciences delà nature. A certains points de vue, ces sciences ont exercé sur la philosophie une influence heureuse; elles l'ont rappelée des rêveries métaphysiques à l'observation rigoureuse des faits. .Mais on peut dire aussi qu'elles en ont faussé la méthode. A. force d'étudier la nature, I homme s'est oublié lui-même. On a voulu tout juger du dehors, même le dedans, lorsque c'esl par le dedans que nous jugeons nécessairement de tout le reste. De laces théories absolues, où Ton applique à l'esprit des lois qui n'ont d'autre fondement qu'un certain nombre de phénomènes matériels. De là

cette vue scientifique d'après laquelle toul serait

IDÉE ET PHÉNOMÈNE EMPIRIQ1 K -!".i

mouvement, y compris la pensée, et celle autre hypothèse plus générale d'Herbert Spencer, où tout ce qui compose l'univers, depuis le caillou jusqu'aux pensées d'un Pascal cl d'un Newton, n'est que la différenciation d'une seule et même force physicochimique. De là aussi celle notion vague ou cet oubli complet de ce qui fait l'essence même de la raison, à savoir celte énergie originale à l'aide de laquelle nous dégageons de l'individu la nalure de l'individu.

Ccn'esl pas à dire que l'observation extérieure n'ait aucune importance. Nouscroyons au contraire qu'elle a rendu de grands services et qu'elle en rendra de plus grands encore. Entre l'esprit et la matière il y a des liens intime-, l'ont t'ait de conscience réagit sur l'organisme ; tout l'ait organique réagit sur la conscience. Il n'est presque aucun phénomène humain qui ne relève de la physiologie aussi bien qui' (le la psychologie. L'observation extérieure nous l'ail connaître du dehors ce que la conscience nous montre du dedans. Elle complète l'observation intérieure ; mais elle ne peutde venir exclusive. Elle ne peut même prétendre au premier rôle. Car il Faut aller en toutes choses du connu à l'inconnu, et ce que nous connaissons d'abord, ce que nous connaissons le mieux, c'est la conscience. De plus, la conscience est le moyeu par lequel nous connaissons

tout le reste. Aussi peut-on remarquer que la plupart des termes qui nous servent à désigner les phénomènes extérieurs, sont d'origine psychologique : nous attribuons à la matière énergie, force, activité, parce que tout cela se trouve en nous.

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