‹ L'idéeChapitre 30 sur 42 · V homme et l'intelligence, p · texte numérisé non relu

V homme et l'intelligence, p

tcment transporté. M. Richet a très justement observé que le sujet peut, à l'état de veille, se rappeler quelque chose de son état second. 11 lui reste encore comme des ruines de cet édifice de représentations qui a surgi tout à coup du fond de son être d'après une loi inconnue; et ces ruines, il les peut revoir dans une certaine mesure: il suffit pour cela qu'on « le mette sur la voie ». Le somnambule, à l'état de veille, n'a pas seulement le pouvoir de se rappeler quelques phénomènes de sa vision somnambulique, il arrive parfois qu'il en garde l'intuition, au moins un instant. M. Delbeuff a ingénieusement démontré : si l'on lire brusquement un somnambule de son sommeil, au moment où i) accomplit un acte commandé, il peut se rappeler à la fois et cet acte qu'il est en train d'exécuter et l'ordre qu'il a reçu de l'exécuter '. Il y a plus : ces sortes de souvenirs ne disparaissent pas toujours d'une manière subite au seuil de la conscience normale : ils s'y prolongent parfois, ils y persistent dans une certaine mesure. « Un sujet hypnotisé pour la première fois, dit M. Gurney, se souvenait de tout, non seulement des actions qu'il avail faites, mais encore des sentiments de surprise qu'il avail eus en les faisant- ». « J'ai moi-même cons-

I. Voir M. Binbt, Altérations de ht per$.t p. 73. 8, Proceding» s. n. /'. u; 07.

taté, dit M. P. Janet, cette persislunce du souvenir chez un jeune homme que j'avais hypnotisé plusieurs fois, mais très légèrement. Ses paupières étaient restées fermées malgré lui, et ses bras ne pouvaient, malgré ses efforts, quitter les positions où je les mettais. Réveillé, il put facilement se souvenir de tout *. »

C'est donc la même conscience qui saisit les représentations du sommeil et celles delà veille. Le somnambulisme ne révèle pas une scission du moi, mais un simple changement de son champ de vision. Et dès lors, il faut admettre, derrière ce qu'il perçoit à un moment donné, un principe fixe et permanent qu'il ne perçoil pas et dans ce principe toute une vie cachée qui, à certaines heures, reflue vers la conscience et l'envahit connue une marée.

Il y existe en chacun de nous tout un ensemble de virtualités dont le propre est d'osciller entre le conscient et l'inconscient, de pénétrer dans le domaine de la pensée et d'en sortir pour y pénétrer encore; et ce caractère est aussi très probablement celui de certains faits d'ordre psychologique.

On a souvent parlé en psychologie du tic-tac du moulin. Or l'on ne peut guère croire qu'il ne produise sur l'oreille du meunier qu'une impression

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