‹ L'idéeChapitre 31 sur 42 · Aid. Psych., p · texte numérisé non relu

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organique; cette explication ne paraît pas conforme à la loi fondamentale du composé humain. De quelque façon qu'on entende l'union de l'âme et du corps, cette union est constante ; par là môme, toute impression qui atteint l'un de nos organes sensoriels atteint notre âme de quelque manière, et en devient un mode. Le domaine de l'inconscient s'étendrait donc jusqu'à certains faits de notre être mental : il se produirait dans notre âme des actes que la pensée n'éclaire que par intervalles, à la façon dont la lumière de la tour EitTel visite les quartiers de Paris. C'est sans nul doute ce qui a lieu pour l'extatique, c'est aussi grâce à cette activité inconsciente du conscient que la nièce du rabbin pouvait se rappeler le grec et l'hébreu de son oncle.

Non seulement il existe en notre âme des états et môme des faits qui se produisent en dehors de toute pensée ; mais il est possible de montrer qu'à une certaine période de notre passé la pensée sommeillait encore au dedans de nous-mômes, attendant pour se produire des conditions plus favorables.

Comme l'a très justement observé l'Ange de l'Ecole, plus nous remontons le cours de notre vie, plus le champ de nos connaissances va se rétrécissant : il y a eu un moment où la raison a fait

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en nous son apparition; et l'on peut dire aussi qu'il y a eu un instant où la conscience empirique s'ol pour la première fois dégagée «lu sein de la matière' organique. D'après les découvertes récentes qu'on a faites en embryologie, l'homme commence par un germe amorphe ; puis ce germe, une fois fécondé, se segmente et passe par l'état évolutif delà morula; ensuite il se transforme en vésicule bla^lodermique et ressemble aune larve ciliée. L'embryon n'a ses organes développés qu'au bout d'un nombre prodigieux de transformations qui toutes se t'ont d'après la loi de la différenciation-. Si, comme l'expérience le démontre, le développement de la pensée est proportionnel à l'état de la formation des organes, on peut en conclure sans témérité que l'embryon n'a pas toujours eu conscience de lui-même', que, pendant un certain temps assez difficile à définir, il n'a exercé qu'une activité toute végétative".

Mais sortons de nous-mêmes pour jeter un re gard sur le monde qui nous environne; et peutêtre y trouverons-nous une nouvelle preuve en faveur de notre thèse.

La pensée n'est pas contemporaine de l'univers. Bile ne s'éxercaif pas encore au sein de cette nébuleuse immense qui remplissait à l'origine (eseSpâces inlinis et d'où se sont dégagés peu à peu les divers systèmes planétaires El plus tard, les planètes une l'idée 14

fois formées après de longs siècles d'embrasement universel, la vie animale ne réussit pas à s'y manifester immédiatement ; car elle demande, pour éclore, un ensemble à la fois complexe et délicat de conditions qui n'étaient pas encore données. Longtemps la terre, par exemple, roula dans son orbite, inerte et déserte, portant peutêtre en son sein un germe de vie et de conscience, mais impuissante encore à le développer. Des millions de siècles ont précédé l'apparition de la pensée dans le monde; et des millions de siècles suivront sans doute les dernières lueurs qu'elle aura jetées. « 11 fut un temps où notre planète ne convenait pas à l'homme : elle élait trop chaude et trop humide. 11 viendra un temps où elle ne lui conviendra plus : elle sera trop froide et trop sèche. Quand le soleil s'éteindra, ce qui ne peut manquer, les hommes auront disparu depuis longtemps. Les derniers seront aussi dénués et stupides que les premiers; ils s'éteindront misérablement dans des cavernes, au bord des glaciers qui rouleront alors leurs blocs transparents sur les ruines effacées des villes où maintenant on pense, on aime, on souffre, on espère... un faible reste de royale intelligence, hésitant dans leurs crânes épaissis, leur conservera quelque temps encore l'empire sur les ours multipliés autour de leurs

cavernes. Peuples et tribus auront disparu sous la neige et les glaces avec les villes, les routes, les jardins du vieux monde. Quelques familles à peine subsisteront; femmes, enfants, vieillards engourdis pèle-môle, verront par les fentes de leurs cavernes monter tristement sur leur tète un soleil sombre où, comme sur un tison qui s'éteint, courront des lueurs fauves, taudis qu'une neige éblouissante d'étoiles continuera de briller tout le jour dans le ciel noir à travers l'air glacial. Voilà ce qu'ils verront ; mais, dans leur stupidité, ils ne sauront même pas qu'ils voient quelque chose, l n jour, Le dernier d'entre eux exhalera sans haine el sans amour, dans le ciel ennemi, le dernier souille humain. Ht la terre continuera de rouler, emportant à travers les espaces silencieux les cendres de L'humanité, les poèmes d'Homère et les augustes débris des marbres grecs, attachés à ses lianes glacés. El aucune pensée ne s'élancera plus vers l'infini du sein de ce globe où l'homme a tout osé '... »

Celle page si belle et si tiiste d'un livre qui en a cependant de si légères, est l'expression poétique des dernières inductions auxquelles onl abouli comme de concert la géologie et l'astronomie. La vie consciente ne tient qu'une place très étroite dans l'évolution de l'univers.

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