‹ L'idéeChapitre 38 sur 42 · VALEUR 1>E LA RAISON · texte numérisé non relu

VALEUR 1>E LA RAISON

le reste debout, après les efforts si curieux de destruction qu'on a tentés à notre époque. Il est encore vrai que les principes de la raison ne dépendent ni de l'intelligence qui les conçoit, ni du temps où ils se réalisent, ni du lieu qui en circonscrit l'application; il est encore vrai qu'ils ne sont autre chose que le rapport essentiel des objets que nous pensons. On ne peut y voir de simples « lois municipales » ; ce sont des lois universelles, des lois absolues. Quelle que soit la nature du monde réel, nous portons eu nous-mêmes tout un monde idéal qui ne peut être que ce qu'il est et ne peut se réaliser que dans l'ordre que notre entendement y voit. De ce «fond de Platonisme » on ne sortira jamais.

Outre leur valeur formelle, nos idées ont une valeur scientifique. L'ordre des idées traduit l'ordre des intuitions sensibles, est conforme au cours de la nature, telle qu'elle se manifeste à notre conscience. Le mathématicien part d'une formule générale, la combine avec des formules également générales, passe par une longue série de raisonnements, de simplifications, de transformations; et, après relie excursion dans le ciel de l'abstrait, loin de l'idék IS

m L'IDÉE

toute réalité, il aboutit à une équation qui est l'expression de la réalité. On prévoit longtemps à l'avance le jour et l'heure où Vénus passera devant le Soleil. Le Verrier remarque un point du ciel où la loi d'attraction ne trouve pas son exacte application, attribue ce trouble à une planète ignorée, calcule d'avance la masse et la dislance de cette planète, et découvre Neptune.

A quoi tient ce rapport des vues de l'esprit avec l'expérience? Si, comme l'ont cru les innéistes du vieux temps, l'idée sort toute faite des profondeurs de la pensée, si elle ne lient de l'expérience aucun de ses éléments constitutifs, elle ne nous révélera jamais que son propre contenu; elle reste radicalement impuissante à nous tirer du domaine de la pure intelligibilité. La conscience que nous en avons ne nous manifeste pas plus la nature des faits que la vue du blanc ne nous manifeste celle du rouge. L'idée et l'expérience sont dans L'innéisme ontologique comme deux lignes parallèles qui se développent à l'infini sans se rencontrer jamais : elles forment deux ordres distincts de connaissances, et de l'un l'on ne va pas à l'autre. Dès lors on peut analyser ei déduire à l'infini, accumuler intuitions sur intuitions, la science empirique ne S*enrichirfl pas parla; la nature n'en sera pas mieux •'•nmic. et l'on n'a aucune raison de penser qu'elle

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