VALEUK DE LA RAISON
voudra bien s'en tenir aux calculs que nous alignons en nos cervelles.
La question n'avance pas, si l'on attribue à l'idée une origine partiellement empirique, si l'on en fait avec Kant l'application d'une forme universelle et nécessaire à une intuition sensible qui n'a rien par elle-môme que de particulier et de contingent. On a beau nous dire que les catégories de la pensée s'unissent aux données sensibles, les pénètrent et ne font avec elles qu'un seul et môme objet : cette cbimied'un nouveau genre ne (rompe que l'imagination. La raison dépasse les catégories qu'on lui prête; et, sous leur voile transparent, elle découvre une activité qui nVsl pas la sienne et d'où dérivent tous les pbénomènes qu'elle perçoit; elle comprend que cette activité ne peut être subjuguée par la force de lois qui découlent exclusivement de son essence, et que, par conséquent, si le cours des faits s'accorde avec de telles lois, on ne peut y voir ([ue L'effet du plus merveilleux des hasards. Ce n'est pas parce que j'ai le concept de finalité qu'il y a des fins dans les choses; ce n'est pas parce que je conçois la causalité qu'il existe réellement des causes. Mais si la nature ne contient en elle-môme ni lins ni causes, tout ordre, tout enchaînement y devient impossible : il ne reste plus en dehors de moi qu'une matière houleuse, chaotique, où rien
n'est lié à rien. Dès lors quel moyen de savoir? Quel moyen de prévoir?
Kant ne réussit pas mieux que Descartes à expliquer la science du concret, et pour la même raison. Il admet, comme lui, que la pensée a ses lois et la nature les siennes. Et du môme coup tout est perdu, Ton se trouve engagé dans une voie qui n'a d'issue nulle part.
Le problème change d'aspect, si l'on rejette à la fois et les idées et les formes innées, si l'on fait de l'intelligence un principe essentiellement actif, dont le propre est de s'élever du concret à l'abstrait, de saisir dans les faits le contenu logique qu'ils enveloppent. L'idée* devient alors le fond de la nature, l'intelligible et le sensible coïncident, cl l'on sait les choses dans la mesure où l'on sait conduire ses pensées. Que l'esprit regarde aux êtres concrets ou aux linéaments logiques qu'il a le privilège d'y découvrir, c'est toujours des mômes objets qu'il s'agit. Il tire de la réalité tout ce qu'il connaît ; et, partant, s'il prend le soin de bien déduire, il n'y peut voir que ce qui doit réellement arriver : ses raisonnements s'ajustent toujours au cours des faits, parce qu'ils n'en sont que l'idéale esquisse. Causalité cl finalité sont les principes directeurs de la raison, parce qu'elles sont les lois fondamentales • 1 1 1 monde : nous concevons la causalité
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parce qu'il y a des causes, et la finalité parce qu'il y a des fins.
Voilà, nous semble-t-il, une solution plausible du problème de l'accord de la pensée avec les choses. Cette solution serait-elle purement hypothétique qu'elle mériterait déjà quelque attention; car elle explique les faits, et toute supposition qui a cet honneur a droit d'hospitalité au temple du savoir humain. Mais il y a plus : nous croyons avoir démontré qu'elle se fonde sur les données de la conscience, qu'elle a pour elle l'expérience que nous avons de notre vie mentale. 11 suffit de se regarder vivre pour constater qu'elle est conforme à ce que nous observons au dedans de nous. Pour toute personne dont le parti pris n'a pas altéré les pensées, que l'habitude ou la passion d'un système ne retient pas sous le joug, c'est de la même source que jaillissent lidée et la sensation : nous sentons et pensons les mêmes objets; l'intelligible est la forme des chose-.
La raison n'atteint pas seulement les faits et leurs lois. Elle peut aller jusqu'à la cause nouménale qui les produit : elle a une valeur métaphysique; entre le mode et la substance Kant a creusé un fossé trop large et trop profondé
La méthode métaphysique est la déduction; et la déduction comprend en quelque sorte deux stades : on y va d'abord des faits à leur cause; puis, une fois en possession de cette cause, on examine ce qu'elle enveloppe, on en sonde le contenu logique. C'est ainsi qu'en psychologie on remonte des phénomènes volitifs à la volonté, des phénomènes intellectuels à l'intelligence, des phénomènes sensitifs à la sensibilité, de ces trois catégories de phénomènes à un seul et même principe qu'on appelle àme; ensuite, ce principe une fois découvert, on en analyse le concept, afin de mieux connaître sa nature et d'avoir quelque lumière sur son origine et sa destinée. Même marche en cosmologie, et aussi en théodicée, où l'on s'élève des faits à l'idée d'une cause première, puis de l'idée d'une cause première au concept de souveraine perfection. Dès lors le problème de la valeur métaphysique de la raison se dédouble. Il s'agit de savoir en premier lieu si le principe de causalité a une valeur absolue, en second lieu si l'analyse logique d'un concept empirique ou dérivé de l'expérience a quelque signification relativement à la réalité concrète. Or ces deux questions se trouvent résolues, si les analyses que nous avons faites au cours de ce travail sont conformes aux données de la conscience. i . .ut commencement implique par lui-môme