‹ L'idéeChapitre 40 sur 42 · VALEUR DE LA RAISON · texte numérisé non relu

VALEUR DE LA RAISON

une insuffisance objective ; tout commencement suppose quelque autre chose qui l'explique, demande une cause; et cette cause ne peut ôlre purement modale. Car, en réalité, les actions sont des sujets qui agissent, les mouvements des corps qui se meuvent, les pensées des âmes qui pensent : il n'y a de modes proprement dits qu'aux yeux de la raison qui dissèque le concret; les modes, pris en euxmômes, sont des abstractions. Entre les faits et la cause nouménale dont ils procèdent, se place une exigence essentielle; et voilà le pont de la métaphysique.

Ce pont une fois découvert, on peut aller plus loin : la cause connue et déjà quelque peu précisée, on peut en analyser le concept et apprendre par là quelque chose, accroître la science du concret. Car ce concept est réel; et parla même tous les éléments que j'y trouve, tous les rapports que j'y vois, le sont aussi de quelque façon. Si le monde existe, il lui faut une cause qui existe aussi, qui soit une source vivante d'énergie. Par conséquent, en analysant l'essence de cette cause, c'est le réel luimrinc dont je forme en moi l'idéal dessein.

C'est donc en vain qu'on essaie de nous emprisonner dans le relatif; c'est en vain qu'on espère avoir exorcisé le spectre de l'absolu. Il est là, toujours là, ce revenant éternel. 11 est au fond de notre

344 Vt&ÉE

intelligence, dont les principes ont une valeur indépendante de l'espace et du temps; il est dans la nature, dont nos idées sont comme un reflet mental; il est par delà la nature comme la cause immuable qui met tout en mouvement. Notre pensée le rencontre partout, elle en est remplie. Et ceux-là qui le nient, l'affirment encore; car ils donnent au moins comme absolus les principes qui fondent leur relativisme.

Mais, si telle est la place de l'absolu et dans notre raison et dans les choses, on peut garder l'espérance au cœur. La guerre qu'on lui fait • n'est qu'une tourmente à travers laquelle l'humanité s'achemine au meilleur : il reparaîtra, comme le soleil après l'orage, dans une lumière plus puissante et plus pure. Et ce retour s'annonce déjà, semble-t-il; il a son aurore au milieu de notre société sceptique et scepticisante. Tant il est vrai que les dogmes ne sont jamais plus près de renaître qu'au moment OÙ l'on croit qu'ils finissent!

Page 1