Marc, De la Folie, I, p
2. BàLL, LeÇOnS SW 109 maladies mentale*, [>. 610; Cité par M. P\i t.iiw daB8 V Activité mentale, p. 31 Al.
ÏDÉE ET CONSCIENCE 23
tentation tic s'y jeter. On constate une influence analogue dans les morceaux de musique dont le but est d'imiter le mouvement; ils tendent à le produire. L'effet des marches militaires est bien connu, et l'on n'a pas oublié que Livingstone, traversant les peuplades de l'Afrique, n'avait qu'à faire jouer une danse pour leur ôter tout instinct de barbarie. On écoutait le nouvel Orphée et chacun se mettait à gambader.
Au môme type se rattachent aussi les idées impératives, c'est-à-dire celles qui contiennent l'ordre d'un mouvement. Dit-on à un hypnotisé: «Lève-toi, assieds-toi, remue ton bras», « il comprend très bien ce que l'on veut dire; mais, sans qu'il yait consenti, il se lève réellement, remue le bras ou s'assied '. » Il arrive même parfois que le mouvement qui suit un ordre donné, se continue à rencontre de la volonté de celui qui l'a reçu. Qu'on demande à un hystérique d'exécuter plusieurs fois, sans s'arrêter, un même mouvement, par exemple de toucher un point de son visage avec l'index de la main anestbésique : « après plusieurs répétitions volontaires de cet acte, et quand l'hystérique veut s'arrêter, sa main continue le mouvement, et se soulève en quelque sorte toute seule jusqu'à son
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visage; ce mouvement inconscient peut être supprimé par la volonté; mais parfois il s'exécute malgré la volonté contraire du sujet, fort étonné de cette insubordination de l'un de ses membres '. » Mais on serait interminable, si Ton voulait citer tous les cas qui témoignent dans le môme sens : c'est une loi psychologique amplement démontrée par les faits: il en est des idées hjussion comme des représentations mentales du mouvement; elles tendent par elles-mêmes à le produire.
Il faut encore élargir le domaine des idées cinétiques. A certaines idées se trouve agglutinée soit par la nature, soit par l'expérience, toute une série de mouvements. Or ces idées, une fois éveillées, tendent à évoquer leur cortège habituel. « A-t-on fermé l'un des poings de Léonic, l'autre se ferme également, les bras se lèvent dans la position de l'attaque, le corps se redresse, la figure change ; les lèvres serrées, les poings fermés, les sourcils froncés n'expriment que la colore. Ai-je mis une main étendue près des lèvres, l'autre main s'y place également et semble envoyer des baisers ; la figure se modifie tout d'un coup et, au lieu d'exprimer la fureur, les lèvres et les yeux, tout sourit. On peut changer indéfiniment ces attitudes, ces poses plas-
\. A. Bi.net, Les altération* de la. personnalité, Paris, Alcan, 1892.
tiques et faire exprimerai! sujet l'amour, la prière, la terreur, la moquerie, toujours avec une égaie perfection. Il suffit de modifier légèrement un des gestes du corps. » Cette impression donnée suscite une idée générale, qui déchaîne à son tour toute la légion des images el des mouvements qui lui tient1.
L'expérience est aussi claire qu'on le [tout souhaiter : les idées tendent à se réaliser par voie d'association.
II y a donc des idées qui tendent d'elles-mêmes
au mouvement ; il y a des idées cinétiqueê, et ces idées, il le faut avouer, tiennent une immense place dans le déploiement de notre activité motrice. Mais sont-elles seules à remplir le champ de notre pensée? Nous ne le croyons pas, et notre sentiment, c'est qu'il existe aussi des idées purement statiques. Les feuilles de papier blanc dont je me sers pour écrire, ne m'excitent aies prendre qu'au fur et à mesure que j'en ai hesoin. J'entre dansune bibliothèque et j'y trouve un livre en chinois. Les caractères dont il est plein et que j'ai le malheur de ne pas comprendre ne disent rien à mon activité motrice. Je ne m'aperçois point que le parquet de
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ma chambre sur lequel j'arrête parfois mes regards en réfléchissant me sollicite à l'action. Il en est de môme des lignes, des plans, des solides et des équations que déroulent les géomètres sur un tableau noir ; il en est de même de toutes les formes de l'étendue, à moins qu'elles ne se revêtent de grâce ou de beauté. J'ai sous mes yeux tout un massif de maisons de toutes formes; je n'ai jamais observé que ce spectacle ait déterminé en moi le plus petit mouvement. Je prends un instrument de musique et j'en tire quelques notes au hasard : je vois bien ici l'action qui détermine les sons que j'entends; mais je ne réussis pas à constater celle qu'ils déterminent à leur tour. Qu'on nous dise si les termes d'être, de non-être, de qualité, de quantité, de relation, de substance et môme de cause et d'effet, ont jamais produit par eux-mêmes la moindre ébauche d'un mouvement quelconque. A chaque instant je reçois en moi-même ou produis des représentations qui sont indifférentes à l'action. Toute idée n'est donc pas motrice : les idées- spectacles ne sont pas encore to- I .dément bannies du domaine de la pensée: Et des lors le principal fondement du déterminisme psychologique ne garde plus son originale intégrité : il se trouve que l'idée uemeut pas comme telle, qu'il n'est pas de Bon essence de tendre au mouvement.
On peut pousser plus loin le parallèle de la conscience et de l'idée ; on peut entre ces deux pôles de la pensée trouver une différence à la fois plus profonde et plus significative que les deux précédentes.
Ma pensée n'est une abstraction qu'aux yeux de mon entendement, dont le propre est d'analyser la réalité, de la dépouiller du fait de l'existence et de n'en retenir que l'idéale nature. Considérée en soi, et comme sur le vif, saisie au moment où elle jaillit toute vivante des profondeurs de l'inconscient, ma pensée c'est moi-même. Ha sensation, c'est moi qui sens; mon attention, moi <{ni prends garde au phénomène nouvellement apparu; ma réflexion, moi qui, par une mystérieuse opération, me replie sur moi-même pour imprégner de lumière la lumière démon àmc; je suis tout entier dans chacun de mes actes de conscience, bien que je n'y sois pas
tout entier à L'étal actuel. Ma conscience» voilà ce
qui constitue ma personnalité. Il en va tout autrement de l'idée. L'idée se déroule sous le regard (lima pensée à la manière d'un spectacle : elle tient de quelque façon à mon être, puisque je la perçois ; mais elle ne le torme pas. Le champ de ma conscience, en effet, peut changer tout d'un coup, s'élargir, se rétrécir, subir deselfondrements soudains; je ne cesse point de me sentir identique à moi-
mémo sous ce flux et reflux de mes représentations,
L'idée est ce que je vois, non ce que je suis.
Et delà une réponse à ceux qui prennent pour des dédoublements du moi les objcctivations dont parle M. Ch. Richet dans son ouvrage intitulé « L'homme et l'intelligence ' ». Le moi ne disparaît pas dans ces singulières métamorphoses; elles n'altèrent que les états du moi : la preuve en est facile à fournir. Quand on interroge les personnes qui éprouvent ces transformations, elles répondent invariablement : Je suis devenue telle chose, un pâtissier, un chien, un chat. Vous voilà changée en petit lapin, dit M. Richet à une femme; et, de vrai, cette femme se jette par terre, marche à quatre pattes, remue rapidement les lèvres et les dents; puis fait un saut brusque en paraissant effrayée. « Lorsqu'elle est revenue à l'état normal, elle me dit : Il me semblait que je mangeais un chou; c'était bon comme une truffe; puis j'ai entendu du bruit, j'ai cru voir un chien qui venait, j'ai eu peur et je me suis sauvée dans mon terrier- .» Le moi n'est donc pas aboli; la même conscience passe de I Vlal d'hallucination à, L'état de veille, identique à elle-même : il n'y a de changé que le système de représentations que contemple le moi, et la fa-