tf»-2:is
ronde sentir et d'agir que déterminent ces mômes représentations; il n'y a de changé que le champ de la conscience et l'aspect du caractère qui lui correspond.
On peut tirer une autre conséquence de l'identité de la conscience et du moi. Au regard des idéalistes qui relèvent de Hegel, la vérité est universelle et nécessaire; par conséquent elle estime pour tous les esprits, par conséquent aussi elle est éternelle de sa nature. C'est donc en elle qu'il faut voir L'immuable réalité, c'est eu elle que réside la substance du monde. L'univers est un système d'idées dont les phénomènes ne sont que d'éphémères manifestations. Mais à supposer qu'il n'y ait qu'une seule et môme vérité, un seul et même idéal, qui serait en même temps le fond de l'être, pourquoi n'y aurait-il pas encore plusieurs consciences, et par conséquent plusieurs personnalités? Quelle raison de ; conclure de l'identité du spectacle à l'identité des spectateurs, et par là môme de l'unité de l'objet intellectuel à l'impersonnalité des intelligences? A bien prendre la question, on ne voit pas pourquoi un idéaliste n'admettrait pas la multiplicité des moi. Et c'est ce qu'a bien vu Schellinu. Il excelle à montrer dans sa PhilçèùpMe de h révélation comment les modes de l'éternelle et unique substance peuvent s'en distinguer tout en lui res-
tant immanents, acquérir une individualité de plus en plus grande, devenir conscients pour leur compte et môme se réfléchir sur eux-mêmes, ce qui est le trait caractéristique de la personnalité.
Evidemment, notre intention n'est pas ici de plaider pour une hypothèse qui nous paraît à la fois gratuite et erronée. Il nous a semblé que nombre d'idéalistes pourraient rendre leur système plus conforme aux données de l'observation intérieure; et nous le disons.
Jusqu'ici, nous avons comparé la conscience et l'idée au point de vue de la qualité, et nous avons abouti à trois conclusions principales : 1° la conscience est indivisible; l'idée enveloppe d'ordinaire une certaine multiplicité ; 2° la conscience est essentiellement active, l'idée ne Test qu'accidentellement; 3° c'est la conscience toute seule qui constitue le moi. Changeons maintenant l'aspect de la question ; plaçons-nous au point de vue de la quantité. Il s'agit dé savoir si l'intensité de La conscience est toujours proportionnelle à L'intensité de l'idée. Or, pour éclaircir ce nouveau problème, il est bon de distinguer la conscience spontanée de la conscience réfléchie.
La conscience spontanée et l'idée sont nécessairement proportionnelles; car la conscience spontanée n'est que dans la mesure où elle perçoit, et l'idée dans la mesure où elle est perçue. Mais lasolution devient différente, si Ton considère la conscience réfléchie. Par la réflexion, en effet, je fais naître mes idées, je les arrête sons Le regard démon esprit, pour pénétrer Le mystère de leur trame logique et mesurer leurs conséquences; j'en diminue l'importance et la netteté, je les fais rentrer dans la nuit de l'inconscient. Loin de suivie patiemment leurs variations d'intensité, je mesure à chacune d'elles le relief qu'elle doit avoir dans ma vie mentale. J'acquiers à leur égard une sorte d'indépendance qui ne t'ait que grandir avec le temps, pourvu que je continue à garder le gouvernai] de mon âme. Par où L'on peut voir l'erreur de celte théorie toute mécanUte de la pensée d'après laquelle la conscience est à L'égard de la représentation ce qu'est la vitesse à l'égard du mouvement, ou le convexe à L'égard du concave. Si la conscience n'était pas, dès le premier moment et par sa nature, distincte (\^> phénomènes, si elle ne cachait pas en son sein une énergie qui lui est propre, comment pourrait-elle acquérir cet empire sur ellemême, grâce auquel elle se développe et développe aussi tout le reste? C'est l'esprit, non la matière, qui domine en nous, ou du moins qui peut y dominer.