‹ L'idéeChapitre 8 sur 42 · S. Th. I, LXXVfl, ait. 1. — JWcl., I.WWII, ail. I · texte numérisé non relu

S. Th. I, LXXVfl, ait. 1. — JWcl., I.WWII, ail. I

L'hypothèse peut paraître étrange. Mais on l'a faite; on l'a même soutenue avec ténacité, et il faut y répondre. Kant, au second volume de sa Eaison pure, avait déjà parlé de la possibilité- d'identifier deux consciences. L'idée a été reprise par Biichner, et M. Rihol en a essayé la vérification expérimentale dans ses Maladies de la personnalité. Il y aurait des fusions aussi bien que des dédoublements de consciences : etsi l'on pouvait fondre deux cerveaux, comme on fait deux morceaux de cire, il est probable, dit-on, qu'on n'aurait plus parla môme qu'un seul et même moi.

On voit d'ailleurs où tend la conjecture. Si l'àiue

vient du multiple pour retourner au multiple, l'unité et L'identité du moi deviennent précaires : la thèse de l'immortalité se trouve ébranlée, et la Psychologie traditionnelle doit changer ses moyens de défense,

Heureusement, l'idée d'ailleurs liés pénétrante des matérialistes contemporains n'esl terriblequ'en apparence, et la valeur qu'on lui prête tient surtout à la méthode exclusivement empirique qu'on emploie depuis un demi-siècle. On acessé de raisonner pour mieux observer; et dès lors tout a paru également raisonnable.

Le sujet pensant, avons nous .lit, est chose absolument indivisible. Or, que l'on combine comme on

le voudra les éléments matériels, qu'on les suppose agglutinés, soudés, stratifiés par l'action persistante de millions de siècles, on n'aura toujours, aux yeux de la raison, qu'une coagulation caduque; on n'aura toujours qu'une union, non l'unité. Tout ce qui s'additionne peut aussi se soustraire. En ajoutant des parties à d'autres parties, on obtient le contigu, non l'indivisible.

Entrons plus avant dans l'étude de cette difficile question.

Tout être matériel a une limite; et cette limite lui est essentielle. Elle dérive de son intime constitution, si bien qu'il n'est plus, quand elle cesse d'être. Mais l'identification de deux éléments ne se peut faire que si leurs limites respectives disparaissent; car aussi longtemps qu'elles subsistent, ils s'opposentau lieu dese confondre. Identifierdeux «'déments, c'est donc les annibiler.

Il est également facile d'observer que l'identification de deux ou plusieurs éléments ne se peut produire que s'ils commencent à être conligus. Or. qu'arrivc-t-il à ce moment ? qu'ils se distinguent encure mieux, loin de se confondre. La contiguïté, en effet, suppose action et réaction; ces deux phénomènes à leur tour impliquent résistance, opposition ; et cette opposition s'accentue au fur et à mesure <|ue la contiguïté va croissant; si bien que plus deux

idée et CONSCIENCE 4:;

êtres s'unissent, plus ils tendent à rester deux. L'expérience suit la marche inverse de celle qu'ont inventée les positivistes.

C'est donc la simplicité, c'est l'indivisibilité qui l'ait le fond de notre esprit. Et cette indivisibilité n'a pas son origine dans la matière, elle n'en est ni l'effel ni le mode : cette indivisibilité est une donnée première; le multiple, qu'il soit psychologique ou physique, qu'il s'épanouisse sous forme de pensée ou de représentation spatiale, n'en est que la perpétuelle manifestation , la vivante et consciente activité.

Evidemment, l'on ne peut conclure de là que l'âme soit essentiellement indépendante de tonte

matière, c'est-à-dire spirituelle. Derrière les phénomènes matériels que BOUS subissons, il y a une cause nouménale qui les produit : et cette cause comprend lecorpsauquel nous sommes unis. Quelle est cette union? Kst-elle nécessaire <>u accidentelle?

Voilà ce qu'il faudrait établir pour savoir à quoi s'en tenir sur la spiritualité de l'àme, et ce que nos prémisses ne contiennent pas. Mais c'est déjà quelque chose de savoir que la pensée ne peut ni provenir de la matière ni s'v réduire.

Formulons maintenantles principales conclusions auxquelles nous a conduit l'analyse de la conscience et de l'idée :

1° La conscience saisit les phénomènes tels qu'ils sont ; ils sont donc pour elle autant d'absolus. Partant le relativisme ne s'étend pas au rapport de la pensée et de son objet immanent.

2° Les phénomènes sontlesactes vivants de l'âme, par là même on se connaît dans la mesure où l'on agit.

3° On peut en particulier affirmer de l'idée tout ce que la conscience nous y fait voir; car la conscience, en intervenant, ne change pas ses caractères natifs.

4° La conscience se distingue de l'idée au point d'en pouvoir mesurer l'intensité et la durée. Elle n'est donc pas à la représentation qu'on réduit au mouvement, comme le concave au convexe : elle contient une activité qui lui est propre.

5° C'est la conscience, non l'idée qui fait le moi. Par où l'on peut voir qu'on sVsl trop bàlé de conclure de l'unité de la vérité à L'impersonnalité de la raison. Suppose/ qu'il n'existe qu'un idéal de l'entendement, éternel, immuable, nécessaire; il se

peut encore qu'il y ait plusieurs consciences, par là môme plusieurs moi pour le contempler.

G0 L'idée elle-même, considérée comme représentation, a quelque chose d'hyperorganiquc; ellen'est pas le mouvement lui-môme, une vibrationdesnerfs ou une ondulation des molécules cérébrales; c'est un mode de l'âme.

7° Le sujet de la pensée est indivisible, et cette indivisibilité ne s'explique pas par une intime coagulation de parties matérielles; car, si de l'un on va au multiple, du multiple on ne va pas à l'un. C'est le simple qui précède le composé et le produit. Et s'il en est ainsi, l'hypothèse ^^ t'usions de consciences n'a plus de fondement.

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