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CHAPITRÉ III

LC l'IlùBLÈME DE L'ORGANISATION ET LE PROBLÈME DE LA VIE DANS LA DISCUSSION DU TRANSFORMISME

I/éliïde génétique du processus organique implique l'idée de la variabilité des espèces et est inconciliable avec l'idée de I:l fixité des types. Sans doute, il serait possible d'admettrt! une pluralité de types spécifiques qui en chaque individu se réaliserait par un développement plus ou moins rapiilti. Le concept du développement ne recevrait ainsi qu'une application limitée ; le naturaliste se bornerait à ralLadier par une loi la forme adulte à la forme embryonnaire ou larvaire. Mais qui ne voit que la notion de la fixité des types recevrait déjà, ainsi une grave atteinte?

Si un être vivant peut appartenir au même type tout en existant d'abord sous la forme d'un œuf, puis d'une larve ou d'un fiBlus, enfin d'un animal adulte, la notion du type ne devienl-oUe pas toute relative ? Désigne-t-elle autre chose quM les limites extrêmes entre lesquelles est comprise la variabilité d'une forme vivante? La fixité du type est-elle autre chose que la loi à laquelle obéit toujours la série des varialîons embryogéniques d'où résulte finalement une indivîdnalilé complexe?

La variabilité de la structure n'en est pas moins la loi fondamentale de l'être vivant. La constance du type est la limite imposée à la variabilité par les conditions d'existence au niilieii desquelles l'organisme se réalise. Dès lors, pourquoi iritait-on pas plus loin et pourquoi ne donnerait-on

pas satisfaction au besoin d'unité qui agite l'esprit humain en rattachant par un rapport de succession et de filiation les organismes complexes aux organismes simples, les métazoaires aux protozoaires, les plantes aux protophytes, les flores et les faunes actuelles aux flores et aux faunes géologiques ?

Opposera-t-on à ce besoin d'unité les exigences de la science expérimentale et la nécessité de bien distinguer les hypothèses et les données de l'observation ?

Sans doute, M. Emile Boutroux ajustifié avec raison Técole zoologique de Linné, de Cuvier et d'Agassiz du reproche d'avoir été asservie à des préjugés théologiques *. Mais pourrait-on la justifier d'une accusation qui ne serait pas moins grave : celle d'avoir été baconienne à l'excès, et de n'avoir pas su OU voulu distinguer entre l'empirisme et les vraies conditions de la science expérimentale et comparative ?

Jamais l'homme n'a produit expérimentalement une espèce nouvelle ! Jamais l'homme n'a pu observer la transformation d'une espèce en une autre ! Tels sont les deux axiomes qu'avec une confiance superbe les partisans de la fixité opposent aux écoles transformistes. Mais, en vérité, at-on jamais entendu des propositions plus révocables en doute?

Jamais les chimistes n'ont créé dans leurs laboratoires, un lac, un fleuve ou même une source. En conclut-on que la synthèse de l'eau soit sans valeur? Donc si en quelques générations un éleveur produit par un changement de régime une assez profonde modification de la structure d'un ruminant, va-t-on refuser de voir là une expérience valable ? Ne commet-on pas une pétition de principe en prétendant distinguer radicalement la variété et l'espèce?

Admettons que ces expériences ne répondent pas aux exigences rigoureuses delà méthode expérimentale, quoique

1. Boutroux. De ridée de loi dans la science et la philosophie modernes^ ch. X.

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une expérimentation indirecte soit à la fois légitime et probante. N'est-il pas reconnu que des observations accumulées et variées peuvent, quand elles se confirment, remplacer une expérience impossible?

Lors donc que Ton soutient n'avoir jamais observé la transformation d'un type, on tient pour non avenue cette somme prodigieuse de données assemblées par la paléontologie, d'accord avec la géographie zoologique et botanique, et par l'anatomie comparée d'accord avec Tembryologie. Si l'on n'observe pas les transformations du type de Téléphant quand Ton compare le dinothérium, le mastodonte, le mammouth et Téléphant indien les uns aux autres, si Ton n'observe pas une transformation de Thipparion en cheval, pourquoi ne révoquera-t-on pas en doute la transformation de la vapeur d'eau en neige, en glacier et en fleuve?

D'ailleurs niera-t-on la solidarité de la zoologie et de la physiologie et la réaction des découvertes de celle-ci sur la première? Or le physiologiste peut-il accorder quelque crédit à ridée de la fixité absolue des types? Son effort ne tend-il pas à créer une physiologie générale? une physiologie cellulaire d'où se déduisent les conditions de l'existence des organismes complexes? Or le transformisme le plus hardi n'est-il pas tout entier dans cette idée que la vie de l'animal le plus compliqué est déjà contenue dans la vie de la cellule la plus simple?

Il ne serait donc pas besoin de donner les preuves directes du transformisme. Ces preuves, a-t-on dit, sont déjà exposées par l'embryologie, l'anatomie comparée, la paléontologie et la géographie zoologique. Elles le sont mieux encore et plus explicitement si on les cherche dans la physiologie cellulaire.

Celui qui défend la théorie de la fixité des types doit au contraire fournir des preuves proportionnelles à son invraisemblance. Or cette hypothèse est, on peut le dire, réduite à l'absurde par la constatation d'un phénomène zoologique

d'imporlaiice capitale : nous voulons parler des générations alternantes. Ici en effet, que devient la constance du type puisqu'un môme animal a successivement deux structures différentes et puisqu'il ne reproduit jamais son type?

Laissons un des maîtres de Tanatomie comparée nous montrer la valeur de cette observation.

« La méduse représente l'état sexuel de l'espèce, et le polype hydraire la forme asexuelle. On a rangé ce phénomène dans la catégorie des « générations alternantes », donnant ainsi une simple qualification pour une explication, car la génération alternante est elle-même un phénomène inexpliqué. Si au contraire on le considère comme le résultat d'une marche de différenciation basée sur une division du travail qui élève un organe au rang d'individu nouveau, nous en avons une conception plus exacte. Les états inférieurs des bourgeons sexuels sont d'après cela les équivalents morphologiques des méduses, mais ce ne sont pas des méduses en voie de rétrogradation, car la forme la plus inférieure doit être regardée comme l'état antérieur et la forme médusaire la plus élevée, comme l'état postérieur. Le phénomène constitue donc un anneau de la grande chaîne du développement, oîi des élats supérieurs d'organisation procèdent de formes inférieures et peut ainsi servir d'exemple pour montrer comment, dans une marche dont les phases successives se sont d'abord réparties sur des espaces de temps immenses et sur de longues séries de générations, ces phases ont fini par se manifester à nous dans un état condensé. La « génération alternante » ainsi conçue est explicable.

« Tout mystère disparaît dès que nous nous représentons que dans l'origine les bourgeons formant les produits sexuels des souches hydroïdes se sont différenciés dans les générations ultérieures et qu'il en est ainsi graduellement résulté des conformations médusiformes, puis des Méduses. Le bourgeonnement des Méduses répète dans un temps fort court une marche qui, pendant la période paléontologique, doit

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s'être étendue sur des espaces immenses de temps*. » La notion de l'espèce donnée par Linné et Cuvier était donc provisoire ; dans la vie d'une même espèce inférieure le type peut varier beaucoup plus que d'une espèce supérieure à une autre. La fixité ne serait donc pas seulement relative, mais encore acquise ; ce serait la résistance qu'une structure complexe oppose aux variations. Or s'il en est ainsi peut-on hésiter entre ces deux hypothèses, l'une qui tout en admettant la plasticité des types inférieurs, supposerait que la fixité des types a été arbitrairement introduite dans le monde comme une sorte de retouche de l'œuvre primordiale ; l'autre qui ne voit dans la fixité relative des types supérieurs qu'une plasticité moindre, mais encore bien réelle, puisque l'espèce n'est jamais qu'une somme de races et de variétés et puisque le type n'est qu'une moyenne, une somme de caractères bien rarement réunis chez un même individu ? L'hésitation n'est pas permise, nous ne disons pas à l'esprit scientifique, mais même à l'esprit philosophique. De la première hypothèse, on ne peut pas même dire qu'elle soit théologique, car elle répugne à cette saine théologie de Descartes et de Malebranche, théologie qui repoussait la croyance à un Dieu inconstant, imparfait, capable de préférer créer par des volitions particulières ce qui pouvait résulter d'une loi.

La preuve du transformisme, c'est la plasticité des tissus vivants, plasticité qui est h l'extrême chez les organismes composés, mais subsiste toujours sous le nom de variabilité^. On peut même dire que la notion de la variabilité et la notion de la vie ne sont que deux aspects d'une notion unique, mais c'est ici que surgissent les difficultés.

1. Gegenbaur. Manuel (Tanaiomie comparée, partie spéciale. § 59. — Traduction française, p. 139 et 140.

2. Cf. Perrier. Philosophie zoologique avant Darwin (Paris, F. Alcan).

3. Nous aurons plus tard à faire la critique de l'idée de plasticité et à lui préférer celle de la spontanéité vivante. Nous parlons ici la langue usuelle des biologistes.

Le transformisme considéré comme Taspect biologique de i'évolutionnisme universel, ne rejette-t-il pas la notion même de la vie et ne tend-il pas à présenter les lois de la vie comme de simples corollaires des lois de la force et de la matière ?

Les écoles transformistes et surtout la plus connue, celle de Darwin, ont surgi en une période de réaction violente contre le vitalisme et Tanimisme. Comme la montré Chauffard, les organicistes confondaient systématiquement les formules malheureuses de Barthez, la théorie de Tâme vitale et du double dynamisme, avec les notions beaucoup plus profondes de la spontanéité, de Tunité et de la finalité vitales. On jugeait que la fondation de la pathologie cellulaire par Virchow et que les expériences de Bert sur la greffe animale avaient éliminé définitivement l'idée de Tunité vivante et de la finalité organique, et quant à la spontanéité, on la tenait pour incompatible avec ce déterminisme physico-chimique dont Claude Bernard faisait victorieusement Thypothèse directrice des physiologistes.

Or, quelle fut Tattitude des transformistes dans le débat ? On peut dire qu'ils épousèrent les vues des écoles physiologiques chez lesquelles leur doctrine trouvait le meilleur accueil. Les vitalistes dont Chauffard, en France au moins, était le représentant le plus brillant et le plus ingénieux repoussaient le transformisme où ils ne voyaient qu'un corollaire du mécanisme universel. Les organicistes apercevaient une sorte de solidarité entre la théorie de l'espèce fixe et celle du principe vital. Si beaucoup de physiologistes de cette école se retranchaient, comme Paul Berl, dans un positivisme prudent, d'autres, MM. Marey et Beaunis notamment, accueillirent le doctrine de la descendance et y virent une confirmation de leurs conceptions mécaniques de la fonction vitale.

Cependant, rien de plus équivoque au fond que l'altitude des zoologistes de l'école transformiste. On peut dire qu'ils

sont tour à tour vitalîstes, organicistes et mécanistes selon les besoins de la cause. Ecrire comme Lamarck que la fonction fait l'organe, ou comme Darwin que les modifications de la structure résultent de Tusage ou du non-usage des organes, n'est-ce pas affirmer Tidée fondamentale du vitalisme, celle de la spontanéité vivante et de la finalité organique? Le paléontologiste américain Cope n'a-t-il pas été plus loin, affirmant l'antériorité de la vie relativement à Torganisation ? Mais il n'en est pas toujours ainsi. Dans les Principes de biologie de Spencer, il est aisé d'apercevoir deux doctrines. Parle-t-il des rapports de la fonction à l'organe? Spencer emploie des formules qu'avouerait le vîtaliste le plus exigeant. Mais le début de l'ouvrage est consacré à une théorie de la matière organique dont se déduit la variabilité comme le corollaire du théorème.

C'est dans cette équivoque que réside la grande difficulté du transformisme. Tour à tour cette doctrine est présentée soit comme impliquant l'unité de la matière vivante et de la matière brute, de la vie et du mouvement, soit comme confirmant l'idée d'une dépendance de l'organisation à l'égard des fonctions dont la vie est l'unité. Bref le transformisme a été jusqu'ici une solution ambiguë et même contradictoire du grand problème de la vie.

Ecartera- t-on ce problème comme métaphysique et étranger à une méthode de la science positive ? Mais il n'y a là qu'une querelle de mots. La métaphysique n'est pas un catalogue de problèmes étrangers à la science ; c'est l'élaboration des concepts heuristiques qui fécondent l'expérience et la font passer peu à peu de la diversité à l'unité. Toute l'histoire de l'esprit humain prouve que la science reçoit ses problèmes de la métaphysique, mais tandis que la métaphysique, livrée à ses propres forces, ne sait guère autre chose, selon un mot ingénieux, que convertir en solution, par un artifice de langage, l'énoncé même du problème, la science, élaboration de l'expérience, peut arriver à des

solutions approchées. En fait, il n'est pas un physiologiste, pas un morphologisle qui ne donne une solution implicite au problème de la vie. La critique est donc en droit d'exiger qu'il ne la donne ni purement verbale, ni contradictoire.

Les transformistes aspirent à constituer une botanique et une zoologie générales. Mais ces sciences ne peuvent que faire double emploi avec la biologie. Elles ne peuvent être autre chose que Tapplication de la morphologie et de la physiologie aux problèmes que soulèvent la description et la classification des animaux ou des plantes, ainsi que leurs relations avec le monde extérieur.

A la physiologie et à la morphologie la zoologie générale ne peut ajouter qu'une théorie de ladaplation.

Mais une théorie de l'adaptation n'est-elle pas une réponse au problème de la vie ?

La zoologie et la botanique générales, considérant la distribution des animaux et des plantes dans leurs différents milieux, non seulement à Tépoque actuelle, mais aux différentes périodes géologiques, cherchent quelle peut être la relation qui unit chaque type à ses conditions d'existence. Le fil conducteur est l'idée d'un rapport de succession et de causalité entre la complication des conditions de l'existence et la complication des organismes. C'est ainsi que la zoologie générale conduit à interroger la morphologie.

Or celle-ci ne peut comparer les organismes végétaux ou animaux qu'à un seul point de vue, celui de la complexité et de l'unité des structures. Les grandes lois de la division du travail et de la corrélation des formes, ainsi que celle de la réduction des organes, sont ainsi les conclusions de Tanatomie comparée qui trouvent dans l'embryologie une remarquable confirmation. Mais sans la physiologie, les lois de la morphologie ne donneraient aux problèmes posés par la zoologie générale qu'une réponse trop vague. Comment les rapports du milieu physique avec ce que l'on appelle la matière vivante ont-ils déterminé peu à peu la division du

travail organique et la corrélation des formes ? Pourquoi ici d'autres rapports qu'entre les roches et la pluie, le vent, les mouvements sismiques, etc. ? Pourquoi, sinon parce que celte matière vivante réagissait sur le monde extérieur par un système de fonctions ?

La zoologie générale des transformistes ne peut donc éluder le problème de la nature des fonctions si elle veut donner une solution au problème de Tadaptation.

Il est donc ici impossible de passer sous silence le problème de la spontanéité vivante. Peut-on faire coïncider l'idée commune à Lamarck et à Darwin, Tidée que la fonction fait Torgane et que le non-usage le réduit au rôle d'organe rudimentaire, avec cette thèse physiologique d'après laquelle il n'y a pas de phénomènes vitaux, mais seulement des procédés vitaux?

L'adaptation n'est-elle, selon la formule de Spencer, qu'une équilibration soumise à toutes les lois de la mécanique et de la physique, bien que dans des conditions qui nous sont encore inconnues ? Résulte-t-elle seulement de Taclion prolongée des forces incidentes sur la plasticité de la matière organique?

Ne serait-elle pas au contraire la série des manifestations de cette spontanéité que Ton observe dans les mouvements du noyau de la cellule (caryokinèse) et dans l'opération par laquelle ce noyau choisit, au milieu d'un liquide organique, les éléments chimiques propres à sa nutrition ? C'est ainsi que nous semble se poser le problème philosophique de l'évolution organique.

L'adaptation n'est-ellc autre chose que l'équilibre qui s'établit entre un agrégat de matière organique et les forces extérieures qui agissent sur lui? En d'autres termes peuton faire rentrer Tensemble des phénomènes morphologiques et physiologiques, que désigne abréviativement le terme d'adaptation, sous les lois de la mécanique?

Puisque Tévolutionniste est amené à voir dans les lois de l'adaptation l'explication des fonctions qui, en se spécifiant, font apparaître la division du travail morphologique, il faut chercher si le rapport entre la fonction et l'organe correspond à la notion d'équilibre. En effet, la théorie de l'adaptation est avant tout une théorie de la fonction.

La division du travail est la donnée fondamentale qui doit nous servir de point de départ. Delà loi de la division dérive la loi de la corrélation des formes qui est la clef des grands phénomènes morphologiques *.

Or la spécification des organes est toujours consécutive à la spécification des fonctions. Une fonction dont l'importance s'accroît dans la vie de l'animal — par exemple la circulation du liquide nourricier — en vient à requérir un organe propre — par exemple un système de canaux distincts du tube intestinal. En revanche, (si 1 on met à part les embryons des animaux supérieurs) on ne voit pas l'orga-

\. Gegcnbaur. Trailé iVanatomxe comparée. Partie générale. HiciiARo. — L'évoluUoD.

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nisme se différencier en vue de fondions futures. La différenciation fonctionnelle est donc partout et toujours Tantécédent de la spécification des organes. La division du travail, c'est la localisation de fonctions solidaires et complémentaires.

L'adaptation n'est donc pas autre chose que le résultat d'une série de différenciations fonctionnelles allant du simple au composé.

Or l'apparition d'une fonction nouvelle doit-elle être considérée comme une simple réaction de l'organisme opposée à une excitation extérieure, telle que la chaleur, la lumière, l'humidité, la pression barométrique?

La fonction la plus complexe dérive toujours de la propriété physiologique élémentaire, c'est-à-dire de l'irritabilité et de la contractilité. Les différents tissus ont des propriétés différentes, c'est-à-dire qu'ils ne réagissent pas tous uniformément aux mêmes excitations. Néanmoins, même chez les animaux, à plus forte raison chez les plantes, les différents tissus sortent tous par différenciation d'un tissu primitif homogène.

« On a l'habitude, écrit Roule, de grouper les tissus en quatre grandes séries : les tissus épithéliaux^ les tissus conjonctifs^ les tissus musculaires et les tissus nerveux. Cette classification n'est pas tout à fait rationnelle, car elle ne tient aucun compte du développement et s'adresse seulement à l'état final ; une classification logique doit être basée sur l'évolution même et sur l'origine tout aussi bien pour les tissus que pour les organes et pour les individus. Sous ce rapport les tissus épithéliaux doivent être mis à part des trois autres, car seuls ils conservent durant leur existence entière la disposition prise par les éléments des feuillets blastodermiques primitifs et paraux du blastoderme. Ces derniers sont serrés les uns contre les autres en couches souvent régulières et ne sont séparées par aucune substance fondamentale ; il en est de même pour

les épîthéliums qui méritent par là le nom de tissus primordiaux on priînitif s, »*

Les propriétés des différents tissus naissent donc de propriétés fondamentales communes à toutes les cellules vivantes et même à un moindre degré à leurs éléments proloplasmiques. Nous voyons ainsi comment doit être interprétée la réduction de la fonction à la propriété physiologique : c'est que la fonction est à Tétat d'ébauche dans la propriété physiologique. S'il y a une différence appréciable entre la locomotion de l'oiseau et la simple contractibilité du protoplasma excité par la lumière ou la chaleur, entre la sensation kinesthétique ou tactile et la simple irritabilité de la cellule épithéliale, elle est due à ce que dans un cas nous sommes en présence de l'association et de la combinaison d'un très grand nombre d'éléments anatomiques alors que dans Tautre le phénomène est réduit à sa plus simple expression. Dès lors nous ne craignons pas d'être dupes d'illusions si nous pouvons montrer que la fonction est autre chose qu'une réaction mécanique opposée à une excitation extérieure.

Nous devons admettre que la spontanéité de l'être vivant n'est nulle part absolue et que l'organisme ne fonctionne jamais sans être excité par un agent physique. Mais la question est de savoir si l'intensité ou la durée de la réaction est toujours proportionnelle à l'intensité ou à la durée de l'excitation. C'est ce qu'il faudrait établir pour démontrer que le phénomène biologique est entièrement expliqué quand on en connaît les conditions physiques et chimiques ou, en d'autres termes pour réduire l'adaptation fonctionnelle à une simple équilibration.

Or il nous semble apercevoir les raisons les plus sérieuses de mettre en doute l'existence de toute proportion entre l'excitation et la réaction fonctionnelle. En effet la biologie ne peut négliger la distinction des phénomènes morbides

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