‹ L'idée d'évolution dans la nature et l'histoireChapitre 19 sur 95 · Ibid., p · texte numérisé non relu

Ibid., p

3. Voir sur ce point l'appendice B (la ségrégation et la géographie zoologique).

LE PROBLÈME Dfi L'ADAPTATION 71

propre à tout animaU besoin qui le guide avec un instinct sûr dans la recherche et le choix d'un domicile approprié ou d*un abri protecteur. Les animaux les plus inférieurs sont doués de conscience ou tout au moins de la vague perception des dangers qui menacent leur existence. Ils cherchent à les éviter et sont constamment sur leurs gardes * ».

Aussi bien Darwin avait-il pris soin de prévenir la ruine de la doctrine de la sélection naturelle en la munissant de solides étais. Non seulement il admettait l'hérédité des caractères acquis, mais il reconnaissait deux autres facteurs de l'adaptation, la sélection sexuelle et la vie en société» la symbiose pour mieux dire.

On sait quelle serait l'importance morphologique de la sélection sexuelle. Elle rendrait compte de tous les caractères secondaires qui, chez beaucoup d'espèces et principalement chez les vertébrés, 4istinguent les mâles des femelles. Des deux sexes, le mâle est toujours le plus variable, le plus éloigné du type primitif; c'est là que Ton trouve vraiment des caractères sexuels secondaires acquis. L'autre sexe est en quelque sorte, à bien des points de vue, un témoin du passé. Or les mâles devraient leurs caractères acquis à la lutte pour la possession des femelles, lutte contre les femelles elles-mêmes et plus encore lutte contre des compétiteurs.

La société animale joue peut-être dans la conception darwiniste un rôle plus grand encore. Elle seule permettrait de comprendre comment a été comblé peu à peuTablme qui sépare l'homme actuel des animaux. Nous voulons parler de la conscience morale. Les pages où Darwin a formulé cette idée sont trop connues pour que nous ayons besoin d*y faire autrement allusion.

De l'aveu de tous les savants et de tous les critiques, il est impossible de reconnaître à la sélection naturelle le

1. La formation des espèces par la ségrégation (Doin, éditeur. Trad. h,, p. 26 et 27). Bibliothèque biologique internationale.

7i LE PÏIOBLKME BIOLOGIQUE

caractère d'une loi constante si la vie en société a été la condition de la formation de Thunianité. On pourrait dire sans doute que laptitude à vivre en société, à former un faisceau de forces contre les autres espèces, assure le succès de certains types. Mais il faudrait résoudre la difficulté indiquée par Wallace. La loi de sélection cesse de modifier les individus dès que l'espèce est constituée socialement. Les faibles sont de plus en plus assistés, directement ou indirectement; si, la division du travail aidant, ils deviennent capables d'exercer au profit de la vie commune quelque humble fonction, ils sont de plus en plus soustraits à la loi de l'élimination. Leur type se multiplie et dès lors le progrès par voie de sélection est arrêté. Il faut donc conclure que si l'altruisme a pu être lagent de la formation d'une espèce plus élevée que toutes les autres, la loi de la concurrence n'avait pas été Tunique agent de révolution organique ou même le principal agent de l'adaptation.

Les effets de la loi de sélection sexuelle ne semblent pas au premier abord contredire ainsi ceux de la loi de la concurrence vitale. 11 semble que la lutte pour la possession des femelles puisse fort bien ajouter ses effets à ceux de la lutte pour les subsistances. Mais outre que le grand problème de l'hérédité des caractères acquis surgit inévitablement ici, on ne peut cacher la différence des conceptions qu'expriment ces termes en apparence identiques, la sélection naturelle et la sélection sexuelle *. La sélection naturelle serait un agent mécanique opérant d'une façon toute inconsciente ; elle produirait ses effets sur la fonction et la structure sans que le concours de la perception fût le moins du monde requis. Tout au contraire la conscience de l'animal doit entrer en activité pour que la sélection sexuelle produise ses effets. Darwin ne peut même échapper à la nécessité d'attribuer aux animaux un sentiment esthétique

i. Lange. Hisloire du matérialisme, t. II, !!• parUe, ch. iv.

élémentaire. Or ce sentiroeni n'est pas ici un simple épiphénomène ; il rendrait compte des modifications du plumage et du pelage. La théorie de la sélection sexuelle met donc les causes psychologiques au premier rang^

Darwin avait donc ébauché une théorie peu consistante, théorie indécise entre Tidée de l'adaptation directe et celle de l'adaptation indirecte, entre la finalité et le mécanisme. On comprend que certains de ses disciples aient cherché à la rendre plus précise et à mettre plus fortement en relief le rôle de la sélection naturelle. Telle a été l'œuvre des néo*âanj(inistes. On n'en saurait nier l'utilité car elle a rendu plus facile le travail de la critique.

U ne parait pas que jusqu'ici cette école ait montré mieux que Darwin le rapport entre la sélection et la division du travail organique, mais elle a posé deux problèmes dont la solution donnerait celle que nous cherchons ; nous voulons parler du problème de Thérédité et du problème de la vie en société.

On sait quelle importance Darwin attachait h la loi de l'hérédité aux périodes correspondantes de la vie. 11 en trou- \'Bit la confirmation dans les phénomènes de morphogénèse étudiés par l'embryologie. Il semble avoir pressenti que sans Thypothèse de Taccéléralion de la croissance et de la simplification des phases embryonnaires, le transformisme ne pourrait faire témoigner l'embryologie en sa faveur etperdrait ainsi lautorilé des preuves les plus décisives.

Darwin ne pouvait donc accorder un sens à la distinction de l'hérédité des caractères acquis et des caractères primitifs. Non seulement il lui serait devenu impossible de rendre compte de l'instinct, mais il semble bien qu'une telle distinction répugne à l'idée môme du transformisme. Pour le transformiste en effet, toutes les fonctions, toutes les

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