Descent of Man., trad. fr.. p
structures, toutes les propriétés anatomîques et physiologiques qui distinguent d'une cellule isolée un organisme composé, ne sont-ils pas autant de caractères acquis?
Si Ton repousse Thypothèse de la fixité des types et celle des créations spécifiques, il est évident que l'ensemble des conditions physiologiques et morphologiques du développement de l'embryon est héréditaire. Par exemple les femelles des mammifères monodelphes héritent toutes de la disposition à former un placenta pendant la gestation, car chez ces espèces la vie ne pourrait ôlre perpétuée autrement. Mais, vu la corrélation des formes et des fonctions, la gestation placentaire accompagne partout et toujours une structure hautement difiTérenciée. Si ce n'est pas là un caractère acquis, il faut évidemment renoncer à Tidée même de l'évolution organique.
Il en est de même de cet autre phénomène capital, la substitution du développement fœtal au développement larvaire, phénomène qui s'est produit plus ou moins dans tous les embranchements.
Or, le résultat de cette substitution a été évidemment de réduire le rôle de la lutte pour l'existence si tant est que cette lutte ait eu chez les animaux inférieurs d'autre effet que le parasitisme.
En niant l'hérédité des caractères acquis les néo*darwinistes sont donc en désaccord avec l'esprit de l'embryologie, c'est-à-dire avec la source d'où le transformisme tire ses preuves les plus palpables et les plus frappantes.
La logique porte également les néo-darwinistes à réduire à rien le rôle de l'association dans l'adaptation des organismes complexes aux conditions de leur existence. Ce rôle semble cependant croître avec la complexité de l'organisation et le développement de l'activité sensorielle. Une théorie qui prétend expliquer l'adaptation sans en tenir compte, n'est-elle pas par là même en contradiction avec l'expérience ?
C*est ce qu'a montré avec force un naturaliste partisan de rbypothëse de Lamarck, M. Houssaye^
M. Houssaye distingue deux faits souvent confondus par les transformistes : la supériorité d'une espèce et sa prospérité. La supériorité dépend de la différenciation des fonctions et des organes, mais « les êtres également élevés en organisation ne jouissent pas de la même prospérité. On peut juger du degré de celle-ci par la quantité des individus qui parviennent à vivre et par la qualité de leur vie ». « Voici deux espèces à peu près équivalentes pour la complication anatomique ; Tune n'a plus que des représentants rares et misérables, exclusivement occupés à chasser et à fuir ; l'autre est formée par des individus nombreux, habiles à faire des provisions d aliments pour les périodes de disette, ayant des animaux domestiques qu'ils exploitent, sachant se mettre à Tabri des intempéries par des demeures construites avec art. Ne serons-nous pas en droit de dire que la seconde a mieux réussi que la première et qu'elle est plus prospère^? »
Ce point établi, il faut trouver une qualité commune à toutes les espèces prospères, une qualité telle que la prospérité des espèces varie avec son intensité et son développement.
Cette qualité existe : c'est l'aptitude à vivre en société. .11 n'est pas difficile à. M. Houssaye de montrer : 1^ que les grands carnassiers n'ont pas eu la prospérité des herbivores sociables quoiqu'ils fussent beaucoup mieux armés dans la lutte pour r existence; 2° que Thomme a dd à la sociabilité le premier terme de la série de ses succès; 3** et enfin, point plus important, que l'adaptation au milieu est toujours favorisé par la sociabilité^. C'est ainsi que l'émigration à.
1. Revue philosophique, Âin 1893, n» 5. La sociabilité et la morale chez les animaux,