‹ L'idée d'évolution dans la nature et l'histoireChapitre 21 sur 95 · Article cité, § h 8. Ibid,, § L · texte numérisé non relu

Article cité, § h 8. Ibid,, § L

7C LE PROBLEMK B[OLOGIQUE

peu près impossible à un insecle, un poisson, un oiseau, un mammifère solitaire devient extrêmement facile à une bande car elle triomphe aisément des ennemis et des obstacles ^

 notre avis, on peut tirer de ces faits une objection encore plus forte au néo-darwinisme.

L'association se forme quelquefois entre animaux de race ou d'espèces différentes, mais le plus souvent entre individus semblables et issus d*une même souche. Réciproquement, dès qu une espèce est capable de perception et de mémoire, la similitude devient Torigine d'une association. Chez les grands carnassiers, tels que les félins, on constate tout au moins le rudiment d'une société domestique.

Le semblable cesse donc de lutter contre son semblable pour la possession des subsistances. La lutte n'est plus que Tantagonisme d'espèces différentes. C'est ainsi que deux races de fourmis se feront la guerre et que l'une enlèvera les œufs et les larves de l'autre ; mais qui ne voit que la lutte ainsi entendue ne peut avoir vu ni le sens ni les effets attribués par les darwinisles à la loi de sélection î

D'après cette hypothèse, en effet, la lutte sévit au maximum entre les semblables. Ce sont de légères différences individuelles qui peuvent seules donner lieu à. des organismes nouveaux. Au contraire une association d'individus semblables doit faire échec à ces variations individuelles et d'autant plus qu'elle est plus prospère.

D'après M. Espinas l'association favorise à tous les degrés Taccomplissement des fondions de la vie ; au plus bas degré, les fonctions de la nutrition ; à un degré plus élevé, les fonctions de la reproduction ; enfin chez les vertébrés elle stimule la vie de relation.

La vie en société aurait donc toujours contrarié l'œuvre de la sélection naturelle ; et néanmoins nous voyons que les espèces les plus sociables sont celles qui se sont le mieux

i. Arlicle cité. § II.

adaptées aux conditions de leur existence. N a-t-on pas ainsi la preuve manifeste que l'adaptation a eu d'autres facteurs que la lutte ?

On ne saurait évaluer trop haut la valeur de cette objection. Ou le darwinisme est une théorie téléologique, et en ce cas, il doit se subordonner à une conception de la finalité plus simple et plus précise, ou, comme ie pensent les plus fougueux de ses partisans, c'est une application du mécanisme à révolution organique. Or en ce cas il doit chercher à découvrir une relation entre la concurrence et la cause même des variétés qui sont élues et donnent l'avantage à leur possesseur. Si en effet la finalité interne a pu donner naissance à la variation, si elle a fait apparaître une nouvelle fonction, un nouvel organe, pourquoi ne présiderait-elle pas en outre à Tadaptation ? Le théoricien de la symbiose peut facilement montrer que la formation des sociétés est une nouvelle manifestation de la finalité organique par laquelle l'adaptation s'achève. Au contraire le mécaniste doit prouver que les animaux sont variables dans la mesure même où ils sont soumis à la concurrence. Or l'existence universelle des sociétés animales, leur extension et leur perfectionnement chez les espèces voisines de Thomme infligent à cette hypothèse le démenti le plus complet.

La sélection naturelle ne rend compte ni de la complexité organique des espèces, ni de leur prospérité. Elle ne peut donc être opposée aux preuves qui nous font croire à un développement interne issu de la spontanéité vivante.

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