LE SYSTÈME NERVEUX ET L'ADAPTATION
iérieurement aux espèces chez qui cet appareil est indifférencié.
C'est donc ici qu'est la pierre de touche d'une théorie de l'adaptation .
L'adaptation n'est-elle qu'une équilibration directe ou indirecte? Les êtres vivants ne pourraient-ils être adaptés à leurs conditions d'existence sans l'élimination des plus faibles par la concurrence vitale ? L'étude de l'évolution des nerfs et des centres nerveux doit répondre à ces problèmes.
C'est bien ce qu'a compris Spencer. La théorie biologique des nerfs n'est pas seulement le fondement de sa psychologie ; elle est encore le trait d'union entre la théorie do l'adaptation et celle do Téquilibration indirecte ou sélection.
L'adaptation des végétaux serait une équilibration directe : elle résulterait d'une action prolongée des forces incidentes et surtout de la lumière; au contraire l'adaptation des animaux serait due à la modification graduelle des organes locomoteurs, mais la locomotion serait en relation directe avec les exigences de la lutte pour la vie.
Or entre les appareils qui assurent la locomotion et le système nerveux, la relation est directe et étroite. La locomotion suppose et implique une adaptation toujours plus parlaite de l'interne à l'externe. La perception, les nerfs qui en assurent le fonctionnement, les centres qui assurent l'association des différents nerfs naissent ainsi peu à peu, et par sélection héréditaire, des exigences de la lutte pour la vie. La victoire est assurée, non pas à l'espèce qui peut dépenser le plus d'énergie musculaire, mais à celle qui, grâce à la perception, peut le mieux économiser cette énergie.
C'est ainsi que pourraient être rapprochées et fondues harmoniquement deux idées réputées souvent contradictoires, l'idée vitaliste d'après laquelle la fonction crée l'organe et ridée mécaniste qui exclut toute spontanéité du corps organisé non moins que du corps brut.
Mais ne Caut-il pas distinguer entre deux théories dont Tune attribue aux exigences de la locomotion la formation et révolution du système nerveux, tandis que l'autre voit dans les fonctions de relation une conséquence de la concurrence vitale ? La première nous paraît beaucoup moins hypothétique que lasecondéy beaucoup plus conforme aux données de Tanatomie comparée et de la zoologie générale. Le savant qui tient compte des arguments si précis de Moritz Wagner estimera que la nécessité d'émigrer a suffi à développer la locomotion dans le règne animal et par Ih même la fonction de rinnervation. Mais voir dans toute migration la conséquence d'une compétition pour les subsistances, c'est transporter sans raison en biologie une hypothèse d'économiste. Les animaux émigrent précisément parce qu'ils ne luttent pas pour la possession des subsistances. D'ailleurs d'autres causes que la rareté des aliments, par exemple la difficulté de vivre sous un climat devenu trop froid, peuvent fort bien rendre compte du phénomène des migrations.
Mais devons-nous accepter sans aucune réserve la théorie qui fait naître le système nerveux de la locomotion agissant sur des tissus moins différenciés?
La grande preuve apportée à l'appui n'est autre que la comparaison des animaux aux végétaux et celle des animaux les plus élevés aux types les plus bas. Les vers se déplacent plus que les cœlentérés et ont un système nerveux mieux différencié ; il en est ainsi des insectes comparés aux vers ; et parmi les mollusques des céphalopodes comparés aux brachiopodes et aux lamellibranches.
Néanmoins l'anatomie comparée autorise des objections. Les oiseaux n'ont pas un système nerveux beaucoup plus différencié que celui des reptiles. Les centres nerveux de l'oiseau rappellent l'état embryonnaire des mêmes organes chez les mammifères. Or chez aucune classe d'animaux la fonction de la locomotion n'est aussi développée.
La physiologie contemporaine nous fournit une raison