LE SYSTÈME NERV>UX ET L'ADAPTATION
décisive de repousser les vues un peu trop simples de Spencer.
La relation de Torganisme avec le milieu ne consiste pas seulement dans la locomotion, mais encore dans la production et la distribution de la chaleur animale. Aucune fonction ne concourt plus directement à l'adaptation des animaux à leur milieu et ne parait avoir joué un aussi grand rôle dans le passé des espèces.
Or les travaux d'un grand nombre de physiologistes, parmi lesquels MM. Ch. Richet et Frédéricq ont démontré expérimentalement la subordination de cette fonction à l'activité des centres nerveux. Administrez à tm animal un anesthésique puissant, tel que le chloral, et vous en abaissez rapidement la température. Une élévation de température sera au contraire Teffet de Tintoxication de l'animal par un poison convulsivant tel que la strychnine ?
Or il est possible, sinon aisé, de démontrer par la méthode comparative, que cette corrélation a dû diriger toute l'évolution des animaux pendant les périodes géologiques.
De la période paléozoïque à la période actuelle les organismes se sont succédé du simple au composé, or la différenciation du système nerveux est le principal résultat de cette complexité croissante.
D'un autre côté, les données de la géographie zoologique et de la paléontologie concourent à nous prouver que l'ascension des formes vivantes a, sauf la seule exception de la période glaciaire, correspondu à un abaissement régulier de la température de la planète : tel est le sens des grandes lois formulées par Pictet.
Considérons maintenant la série animale : nous voyons la physiologie distinguer les animaux & température constante et les animaux à température variable. Or les animaux à température constante étant ceux qui ont paru les derniers, il y aurait lieu de penser que cette distinction a été acquise. Mais cette hypothèse devient une certitude quand on voit le rôle que le système nerveux joue dans la lutte contre le froid.
Richard. — L'évolution. 6
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D'un côté, en activant le fonctionnement des muscles et des glandes, il contribue à la production de la chaleur, si bien que les muscles paralysés sont plus froids que les membres sains ; de Tautre, en présidant au resserrement ou à la dilatation des vaisseaux sanguins, il agit directement sur la distribution de cette chaleur aux différentes parties du corps.
Ces conclusions sont confirmées par deux autres preuves.
La première est que la résistance de l'homme à la température extérieure s'accrott constamment de la naissance à Tâge adulte.
La seconde est que les muscles des animaux engourdis ou en état d'hibernation, ont, d'après les expériences de Legros, les mêmes propriétés que les muscles des animaux à sang froid, propriétés caractérisées surtout par Textrême lenteur de la réaction*.
On voit par là que le développement du système nerveux a correspondu à la nécessité imposée aux animaux de s'adapter directement aux variations croissantes de la température, et cette induction devrait à elle seule nous faire préférer la thèse de l'adaptation directe et spontanée à la thèse de l'équilibration directe ou indirecte.
L'étude des rapports entre le système nerveux et les instincts primaires ou secondaires ne vient-elle pas la fortifier à son tour?
Spencer définit l'instinct : un réflexe composé et héréditaire. Mais depuis la publication des Principes de biologie, un disciple de Darwin, merveilleusement propre aux études psychologiques, l'illustre et regretté Romanes est venu montrer qu'il faut distinguer entre les instincts primaires et les instincts secondaires. Ceux-ci ne sont pas autre chose que des habitudes héréditaires formées par l'expérience des animaux supérieurs : de là leur extrême plasticité. Les ins-
1. p. Bert. Recherches expérimentales pour servir à Vhistoire de la vitalité propre des tissus animaux. 1866.