‹ L'idée d'évolution dans la nature et l'histoireChapitre 30 sur 95 · Ch. BasUan. t. I, p · texte numérisé non relu

Ch. BasUan. t. I, p

Si Ton veut tenir compte de toutes les donaées objectives du problème, le recours à la méthode génétique est indispensable.

Le cerveau s*est graduellement spécifié dans la série des vertébrés, et les vertébrés ont progressé depuis La fin de U période primaire jusqu'à la période glaciaire.

Entre Thistoire de l'organe qui préside aux formes les plus complexes de Tadaplation et celle des phases géologiques les mieux connues, la relation est donc aussi étroite que visible. Durant les périodes secondaire et tertiaire, U croûte terrestre et son atmosphère ont subi de grandes transformations. Les climats se sont nettement distingués; les régions polaires sont devenues pour toujours distinctes des régions équatoriales ; les grandes faunes qu'étudie aujourd'hui la géographie zoologique se sont constituées. Des continents ont disparu, mais les continents actuels ont pris la forme que nous leur voyons. Les montagnes se sont élevées tandis que les plateaux ont été dénudés par l'action des eaux, des vents et des poussières. Les glaciers ont pm des dimensions gigantesques, et tandis que les climats maritimes s'opposaient aux climats continentaux, des échanges s'établissaient entre les océans et les régions montagneuses. La vapeur d'eau portée aux montagnes par les vents en revenait métamorphosée en fleuves et en rivières, creusant des vallées profondes et accumulant les alluvions aux deltas. Par là même les conditions de la vie animale et végétale étaient peu à peu changées.

Elles ne Tétaient pas au même degré pour tous le^ animaux. Les espèces terrestres étaient soumises à des variations beaucoup plus grandes que les espèces aquatiquie»; lee animaux à des variations plus grandes que les végétau;^» et quoiqu'un organisme complexe soit beaucoup plus résistant et moins plastique qu'un organisme simple, k9 animau^i supérieurs ont dû varier plus que les animaux inférieurs. Â la fin de la période primaire il y avait déjà des poissons»

des amphibiens, des sauriens; à la fin de la période secondaire les oiseaux et les mammifères avaient déjà fait leur apparition. Or aux périodes suivantes, ce sont surtout les mammifères et les oiseaux dont le type s'est développé. Il est à remarquer que leurs progrès n'ont eu nullement pour effet d'éliminer les types inférieurs tels que les poissons qui étaient bien adaptés aux conditions de leur existence.

Le développement du cerveau exprime donc les variations imposées aux espèces terrestres des vertébrés supérieurs par les transformations de la croûte terrestre, directement par les changements apportés à la distribution de la chaleur, de la lumière, de Thumidité et de la pression atmosphérique, indirectement par la distribution de la vie végétale.

La spécification des fonctions cérébrales correspondait donc alors à la nécessité d'adapter l'organisme à des conditions variables; par exemple à la nécessité de changer souvent d'habitat, de passer, comme beaucoup d'oiseaux, des régions polaires habitées l'été aux régions chaudes, ou, comme beaucoup de mammifères, des vallées ou des forêts inondées aux montagnes, des plateaux et des steppes desséchés l'été aux plaines herbeuses, etc.

L'unique problème est donc de savoir si la perception du monde extérieur a été la condition de cette adaptation, ou si le cerveau n'a joué son rôle qu'en libérant et en dirigeant des mouvements reçus inconsciemment du monde extérieur.

Nous pouvons sur ce point former deux hypothèses. D'après l'une, le développement du cerveau a correspondu à la différenciation des perceptions et à leur combinaison. A un milieu physique à peu près invariable et uniforme auraient correspondu les perceptions simples et indifférenciées des invertébrés et des poissons. A un monde où les combinaisons des agents physiques ne donnent jamais lieu qu'à un équilibre instable, les perceptions bien spécifiées des oiseaux et des mammifères, notamment les perceptions tactiles, visuelles et auditives.

L'hypothèse contraire n'attribue au perfectionnement des états de conscience aucun rôle dans la croissance de Torgane cérébral. Des animaux astreints à s'adapter à un milieu qui leur impose de très fréquents déplacements provoquant des actions réflexes multiples ont dû acquérir un appareil nerveux éminemment complexe; or, pour que les organes internes fussent mis constamment en rapport avec les organes externes, des centres devaient se constituer et se différencier graduellement.

Des deux hypothèses, il faut choisir la plus simple si aucune vérification n'est possible, et il est hors de doute qu'une hypothèse mécanique a sur toute autre l'avantage de la simplicité; mais la règle qui nous prescrit de choisir l'hypothèse simple ne doit être suivie que si la vérification expérimentale est impossible. Userait contraire àTespritde la science de rejeter une explication conforme à l'expérience pour la seule raison qu elle déroge au mécanisme. Tel est le reproche que Ton peut faire, je ne dis pas à Spencer, mais à ses disciples attardés. Depuis la publication des Principes de biologie^ l'embryologie et l'analomie comparée, la première surtout, ont marché à grands pas. Or elles permettent de prononcer, au moins approximativement, sur la vérification des hypothèses que nous venons d'exposer.

Spencer pense que l'encéphale est une simple différenciation de la moelle et que les centres nerveux se forment postérieurement aux nerfs; ils remplissent cette fonction de mettre lesorganesinternesd'accord avec les organes externes, mais l'embryologie ne permet guère de conserver cette explication. <r Les observations acquises à la science, nous dit Roule, permettent de poser, comme règle commune à presque tous les animaux, sinon à tous, que les centres nerveux dérivent de l'ectoderme et les nerfs des centres nerveux* .

La formation embryonnaire est-elle vraiment la récapilu-

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