‹ L'idée d'évolution dans la nature et l'histoireChapitre 32 sur 95 · Paul Flechsig. Loco citato, p · texte numérisé non relu

Paul Flechsig. Loco citato, p

corps; les sens chimiques dirigent Tappétit ou excitent l'inslinct de conservation à la fuite des dangers : la vision est avant tout un sens dirigé sur les états variables de Talmosphère, c'est-à-dire du milieu élastique d'où les êtres vivants puisent les éléments chimiques de la vie ; Taudition est le sens dirigé sur la vie sociale ; réduire les sens supérieurs au toucher, ce n'est pas faire œuvre de zoologiste et de psychologue ; c'est tomber déjà dans Tillusion du mécanisme ; c'est appauvrir et mutiler en croyant expliquer.

Mais si l'animal ne peut suppléer par le tact à la vue ou à l'ouïe, il doit néanmoins pouvoir traduire les données de la vue et de l'ouïe dans les données du tact et du sens kinesthétique. C'est à quoi répond primitivement l'unification de l'expérience, laquelle ne peut consister, comme on la enseigné parfois, en raisonnements purement inconscients. 11 y a donc une fonction que l'on a pu appeler tour à tour association, combinaison, unification, fonction dont la dissolution est le fond des maladies mentales les mieux connues.

Or peut-on douter que cette fonction se soit créé son organe quand on voit chez le nouveau-né les centres d'association se constituer après les centres sensoriels?

« Déjà au second mois de la vie, de nombreuses fibres pourvues de myéline commencent à devenir visibles, qui partent des centres sensitifs pour se développer dans les parties environnantes et s'y perdre. Elles forment, autour des nerfs sensitifs, ce qu'on appelle avec Meynert des w systèmes d'association ». Ce sont donc des fibres q^ui unissent entre elles différentes parties de l'écorce cérébrale. Quelque opinion que Ion ait sur leur signification fonctionnelle spéciale, on ne peut leur refuser la propriété d assurer l'union des éléments nerveux constituant les diverses régions corticales et par là d'établir entre eux une uniformité d'action. A mesure que se développe le nouveau-né, il se forme dans les parties intermédiaires des milliers et des millions de ces fibres d'association qui peu à peu s'accroissent en

dehors des sphères sensitives et des régions qui les avoisinenl. Plus tard enfin, dans les cellules de ces parties intermédiaires, prennent naissance des fibres, en particulier des fibres à ramifications, qui franchissent les points centraux, vont se terminer, en partie du moins, dans les sphères sensitives situées du côté opposé. Chacune de ces sphères devient ainsi le point de départ d'un nombre infini de systèmes d'association qui rayonnent dans les parties intermédiaires pour se rencontrer enfin dans des circonvolutions des derniers systèmes provenant des systèmes sensitifs. G*est ainsi qu'on voit se réunir des fibres ayant pour origine la sphère de la vision et celle du tact ou bien la sphère de l'audition, celle du tact et celle de la vision, etc., etc.

« ... D*autre part il semble à peine douteux que Tunion réciproque des activités spéciales à chaque centre sensitif constitue une fonction intellectuelle plus importante que la formation de chacune des perceptions sensibles. Ce que nous appelons la pensée commence tout d'abord par Tassociation de Taclivité de chacun des organes sensoriels. Il en résulte vraisemblablement déjà que les centres d'association, comparés aux sphères sensitives, acquièrent une signification intellectuelle plus élevée que ces dernières : c'est d'ailleurs ce que Ton constate par l'embryologie, Tanatomie comparée et la pathologie. L'embryologie démontre tout d'abord que les centres d'association, et en particulier leurs cellules ganglionnaires se développent, en partie du moins, longtemps après les centres sensitifs. C'est ce que l'anatomie comparée contrôle ensuite d'une façon absolument évidente. En effet, chez les mammifères des ordres inférieurs, c'est à peine en général si l'on distingue des centres d'asspciation séparés, puisque les hémisphères cérébraux sont essentiellement composés des centres sensitifs. De même, chez les singes inférieurs, les centres d'association n'atteignent qu'un développement peu considérable. Chez d'autres au contraire, les centres sensitifs et les centres d'association occupent à

peu près la même étendue. Enfin chez Thomme» les centres d association atteignent des dimensions qui l'emportent de beaucoup sur celles des centres sensitifs^

« La physiologie des organes des sens est le kantisme développé ou rectifié et le système de Kant peut être en quelque sorte regardé comme le programme des découvertes récentes faites sur ce terrain » écrivait Lange ^ A plus forte raison peut-on dire que Tembryologie cérébrale de Flechsig nous montre la spontanéité rationnelle, l'unité d'aperception se créant son organe. Mais une perspective plus étendue nous est ouverte et nous voyons combien Forel avait raison de conclure de la théorie de neurones ou pampsychisme de Leibnitz. Le cerveau est fait d'un tissu nerveux qui lui-même n'est pour l'embryologie qu'une différenciation du tissu épithélial. Le cerveau nait du feuillet externe du blaslodarme lequel lui-même natt de l'œuf par segmentation. Il est impossible aujourd'hui de professer les doctrines de Rostan et de voir dans l'innervation une fonction autonome. La conscience ne peut attendre la formation du neurone pour apparaître. Si elle se montre dans le fonctionnement du cerveau, c'est qu'elle préexistait déjà dans la cellule épilhéliale. Il est impossible d'échapper k cette option : ou la conscience est un témoin impuissant, même dans le cerveau de l'homme, ou c'est déjà la conscience qui se manifeste à nous par la conlractibilité et l'irritabilité des protozoaires. Accepter cette hypothèse c'est sans doute renoncer à ramener la qualité à la quantité et répudier l'explication mécanique des phénomènes, mais le repousser n'est-ce pas repousser aussi les enseignements les plus clairs que nous apporte la généalogie des organismes ?

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