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Hisioire du nuUérialisme, t. U, p

A révolution correspond toujours et partout la dissolution ; telle est la conception de l'univers que professe le mécanisme évolutionnaire. Si en effet révolution est un développement du dehors au dedans, si elle résulte dun triage mécanique, si elle s'explique sans aucun principe de spontanéité, inévitablement les combinaisons doivent se dissoudre sous Tempire des conditions physiques qui ont présidé à lenr formation.

Inversement, si Texpérience dément cette correspondance entre la dissolution à révolution, la conception mécanique du développement universel doit être abandonnée.

Ramener l'évolution complexe h l'évolution simple, ne peut donc se faire sans prouver que le développement organique a pour pendant une dissolution qui en est l'image renversée*

Mais où est cette dissolution des organismes puisque la propriété de l'organisme est de se renouveler et de se reproduire ? €'est ici que nous rencontrons la loi de régression dont l'importance est si grande dans la physiologie et la psydiologie contemporaines.

D'après la loi de régression les caractères acquis au cours de révolution disparaissent dans Tordre inverse de leur apparition. Les modifications les plus récentes sont las plus instables. Au contraire, plus tôt a été acquis un carac-

tère organique, plus facilement il résistera aux causes de dissolution.

On considère celle loi comme donnant la clef des phénomènes pathologiques les plus généraux et notamment comme propre à éclairer toute la pathologie cérébrale.

Les évolulionnistes ont, non sans raison, dépensé beaucoup plus d'efforts à l'établir qu'à Tidentifier à Thypothèse de la dissolution universelle. Cependant beaucoup en parlent comme si cette identité ne pouvait pas être un seul instant révoquée en doute. Mais cette façon de raisonner n'appellet-elle pas la critique?

Si la loi de régression, loi tout empirique, prouvait que les organismes sont soumis à la loi de dissolution qui, déduite de la mécanique universelle, peut être considérée comme une loi rationnelle , ce serait d'une façon tout indirecte.

En effet si Ton admet a priori que les organismes sont soumis à la loi de dissolution, on peut en conclure que les caractères les plus récemment acquis, les moins profondément inscrits dans l'organisme seront les plus instables et les plus exposés à disparaître. En revanche, celui qui n'a pas adhéré a priori à la conception mécanique du monde n'a aucune raison d'expliquer ainsi les faits de régression qu'il observe. Il semble môme que l'idée de la finalité immanente, si difficilement écartée par la physiologie, lui en procure une explication, nous ne dirons pas plus simple, mais moins hypothétique et plus conforme à l'expérience.

Pour identifier la régression à la dissolution, il faudrait au préalable l'identifier à la mort. Or il semble bien que cette identification ne soit pas possible. La régression, la mort, la dissolution semblent bien être trois phénomènes distincts et que l'on confond faute d'une analyse assez patiente.

La mort est évidemment un phénomène dont on ne peut donner qu'une notion toute relative ; elle est la disparition d'un organisme individuel; aussi est-elle d'autant mieux

caractérisée que rorganisme a une individualité mieux marquée, c'est-à-dire un système d'organes mieux différenciés. Certains biologistes ont même été jusqu'à penser que la mort définie ne se présente que chez les organismes pourvus d'un système nerveux. La mort doit être soigneusement distinguée de la vie latente que présentent les plantes et les animaux inférieurs ^

La plante meurt en perdant la vie latente ; elle la perd en se desséchant, sans toujours se décomposer chimiquement. Le bois dont sont faits nos meubles et nos charpentes ne vit plus et pourtant il ne se décompose pas. Inversement la dissolution de l'organisme animal par décomposition chimique n'est pas l'essence de la mort, car en tout temps, chez l'organisme le plus sain et le plus normal, la cellule vivante est un laboratoire de toxines ^ La destruction de l'organisme par les ptomaïnes est précisément la conséquence de la mort, c'est-à dire de l'arrêt des fonctions grâce auxquelles ces toxines sont constamment éliminées.

La mort est donc un phénomène purement qualitatif et non mécanique; la preuve est que Tembaumement peut arrêter la décomposition sans cesser de distinguer vraiment le cadavre du viyant. La momie qui se dessèche ressemble à l'arbre mort qui pourtant ne tombe pas en putréfaction.

Mais d'un autre côté la régression n'est pas une approximation de la mort. La régression et la mort ont une condition commune, c'est-à-dire l'existence de fondions différenciées. Mais si la différenciation rend seule possible la distinction de la mort et de la vie latente (comme le prouve la comparaison de l'animal supérieur et de la plante), inversement la régression qui frappe les fonctions différenciées restaure en une grande mesure le rôle de la vie latente. Chez le vieillard atteint de démence sénile la régression

t. Jules Lefèvre. (Centralblall de Wœrischofen, trad. fr., 3« année, mars et avrU 1897.) 2. Armand Gautier. Chimie de la cellule vivante (Masson).

Richard. — L'évolution. 8

est bien manifeste et cependant la vie, qualitativement réduite, peut être longtemps conservée. Une existence toute végétative dépense moins d'énergie et peut résister longtemps à des causes qui entraîneraient la ruine d'un organisme plus élevé. Le vieillard dément est soustrait à toutes les secousses de l'émotion, à toute fatigue intellectuelle ; s'alimenter devient son unique désir et Ton sait quelle longévité est possible dans ces conditions*

ha régression ne proviendra pas de la victoire de la dissolution sur l'évolution et la combinaison, mais elle serait un phénomène biologique sui generis^ inséparable peutêtre du développement organique mais confiné par là-même dans le domaine de la vie.

On a souvent rapproché et éclairé lune par l'autre les deux notions de la dégénérescence et de la régression*. En effet, si l'on tient pour accordée la théorie de la descendance, la notion de dégénérescence risque de devenir contradictoire ; car tout progrès organique, tout accroissement de la division du travail, en éloignant l'animal du type primitif serait une dégénérescence . Aussi s'cst-on efforcé de définir la dégénérescence par le défaut d'adaptation. Dégénérer, c'est cesser d'être adapté au milieu aussi bien que l'étaient les organismes dont on descend ; mais comme l'adaptation de l'organisme au milieu correspond en général au perfectionnement de la division du travail et y trouve sa condition, dégénérer, c'est rétrograder quant à la spécification fonctionnelle. La loi de régression détermine l'ordre dans lequel se fait cette rétrogradation. La régression est donc fonctionnelle avant d'être morphologique. L'organisme le plus différencié est le plus exposé à la régression.

En effet, en biologie, les caractères récemment acquis correspondent aux fonctions récemment différenciées et aux conséquences morphologiques de ces fonctions. Là est sans

1» Ribot. Psychologie des senlimenls. Conclusion (Paris, F. Alcan).

doute le seul critère qui puisse être universellement adopté sans grande erreur. Les propriétés physiologiques des éléments anatomiques sont toujours et partout les mêmes et la disparition de ces propriétés a pour effet la mort. La régression ne peut atteindre ces propriétés qu'en dernier lieu. Par contre, les fonctions qui résultent du rapport entre les propriétés physiologiques générales et les conditions d'existence de l'organisme peuvent, quant à la complexité, être extrêmement variables. Puisque l'adaptation désigne l'ensemble des relations qui s'établissent entre le milieu et Torganisme, c'est en elle qu'est la cause sinon de l'apparition des fonctions nouvelles, au moins de la transformation des fonctions anciennes. Dès lors on comprend que les fonctions les plus récemment différenciées se soient subordonné l'organisation moins complètement que les autres.

Bref la régression ne serait pas une dissolution de l'organisme, mais un dérangement de l'adaptation et par suite un affaiblissement des fonctions supérieures qui y avaient pourvu. En cela, mais en cela seulement, la régression serait identique à la dégénérescence.

Il nous reste à vérifier cette hypothèse par une étude des formes définies de la régression.

Les fonctions les plus tardivement différenciées dans la série animale sont évidemment les fonctions cérébrales comparées aux autres fonctions de relation ; viennent ensuite les fonctions de la vie de relation comparées aux fonctions de génération. Enfin l'étude de la série végétale nous fait assister à une lente différenciation de la génération et de la nutrition, différenciation qui se retrouve, chez les animaux inférieurs, mais déjà compliquée par certains phénomènes de la vie de relation.

La psychiatrie pour Tespèce humaine, l'étude du parasitisme pour les animaux et les plantes, telles sont les sources d'une véritable théorie des rapports que soutiennent la régression et l'adaptation.

La psychîâlrîe a été souvent portée, notamment en Italie, & demander des indications à la théorie de la descendance. En réalité, en éclairant les phénomènes de régression les mieux définis, elle se voit plutôt appelée à prononcer sur le véritable sens de cette théorie. Gardons-nous donc de confondre la psychiatrie positive avec toute la conjecture qu'un évolutionnisme démesuré a pu y mêler.

Il ne peut être question ici de passer en revue chacune des psychoses ou des névroses ; on sait qu'elles ne forment pas des espèces nettement définies et que de la simple impulsivité anormale à Tépilepsie caractérisée, de Taphasie & la paralysie générale la plus complète il y a d'innombrables transitions. Partant de Tidée que toute maladie est d'abord un trouble fonctionnel, dû soit à l'excitation anormale de la fonction, soit à son affaiblissement graduel, nous allons considérer successivement les fonctions cérébrales dans leur relation avec les principales psychoses *. Krafft- Ebing sera ici notre guide.

On sait qu'il distingue les psychoses en deux classes selon qu elles ont leur condition seulement dans un trouble fonctionnel du cerveau ou dans une dégénérescence de l'organisme entier. La première classe comprend les psychonévroses^ la seconde les dégénérescences psychiques. Cette distinction a d'abord une valeur pratique : la curabilité de la psychonévrose est beaucoup plus réelle que celle de la dégénérescence ; mais, par là même, ce n'est pas une classification accidentelle ; la régression est beaucoup plus grande dans le second cas que dans le premier*.

1. Krafift-Ebing. Traité clinique de psychiatrie, 5* édition. 1897. liv. III. p. Zi\. — Introduction, classification des psychoses ; traduction E. Laurent. (Paris, Maloine).

2. a H y a une différence fondamentale entre la production d'un trouble psychique dans un cerveau bien constitué, sain et fonctionnant d'une manière normale et l'apparition d'une maladie mentale dans un cerveau atteint de tare héréditaire ou défavorablement influencé par une cause quelconque, fonctionnant d'une manière anormale, étant en un mot dans un état d'infériorité. — Ce fait a été déjà apprécié par Morel avec toute

Or la psychiatrie nous montre dans la psychonévrose et dans la dégénérescence psychique la disparition graduelle de l'adaptation à la vie sociale, puis à la vie animale, enfin à la vie organique.

Les psychonévroses, dont la mélancolie et la manie présentent deux types radicalement opposés, sont visiblement soumises à la loi de régression.

<c La terminaison fatale de toutes les psychonévroses qui n'arrivent pas à disparaître est un processus de décomposition progressive de l'existence psychique, un écroulement de la personnalité jusque-là unie au point de vue historique et au point de vue intellectuel. Ce tragique déclin psychique qui précède la fin physique s'accomplit parfois très rapidement, et il est l'expression d'altérations cérébrales graves, comme il en existe notamment dans la folie furieuse ; dans d'autres cas, cette décadence ne se produit que progressivement : ce sont d'abord les fonctions éthiques, ensuite les fonctions intellectuelles, spécialement la mémoire et les opérations de la logique qui deviennent défectueuses, jusqu'à ce que finalement les processus de la perception e^t tous les mouvements émotifs baissent et que, de l'ancienne existence humaine, il ne reste que l'enveloppe physique avec ses fonctions automatiques et purement végétatives*. »

Mais la psychonévrose épargne les processus végétatifs, le sommeil, la nutrition. De plus, les troubles des fonctions sensorielles elles-mêmes sont relégués au second rang. Bref, nous sommes en présence de la disparition de ces formes supérieures de la vie mentale et émotionnelle par

rimportance qu'il mérite; il a été de nouveau relevé par Schûle; cela nous oblige à séparer bien distinctement et soigneusement les psychoses cérébrales en deux groupes selon qu'il y a présence ou absence d'une tare, facteur si important au point de vue étiologique. On n'a guère besoin de rappeler que ces deux grands groupes ne sont point diamétralement opposés, mais que, comme partout dans la vie organique, il y a aussi entre eux des transitions. » (Trad.) i. Krafft-Ebing. Psychiabie, liv. III, ch. v, p. 4i3.

lesquelles rhomrae est adapté aux conditions de la vie en société *.

On aperçoit ainsi la possibilité d'une régression plus profonde atteignant Torganisme tout entier.

Les dégénérescences psychiques comprennent les névroses constitutionnelles et les intoxications chroniques ; on peut y joindre certaines affections cérébrales avec prédominance des symptômes psychiques et môme les arrêts de développement psychique (ridiolie morale et Tidiotie intellectuelle). Les névroses constitutionnelles sont la paranoïa, Taliénalion à base neurasthénique, la folie épileptique, la folie hystérique et la folie hypocondriaque.

Les intoxications chroniques comprennent les psychoses alcooliques et la syphilis cérébrale. Dans tous ces cas, le trouble mental ou émotionnel, dont les conditions anatomiques sont d'ailleurs généralement mal connues, manifeste un affaiblissement profond de Torganîsme tout entier *.

D'après le tableau qu'en fait Krafft-Ebing, ce sont d*abord les conditions de la vie morale qui disparaissent, volonté, réflexion, émotions morales. « Dans la sphère de la volonté, on trouve une grande excitabilité intellectuelle à côté d'un minimum de durée de l'excitation. 11 en résulte un enthousiasme qui disparaît vile, une ardeur d'activité qui n'arrive jamais à achever quelque chose. Cette faiblesse et cette inconséquence de la volonté indiquent que le caractère est altéré. Souvent, notamment chez les individus chargés héréditairement et atteints de cette constitution anormale, on trouve en môme temps des actes impulsifs ; et, qui plus est, parfois môme ces individus se sentent poussés, durant des périodes qui reviennent régulièrement, à répéter les mêmes actes étranges, excentriques et même immoraux, sans que, après les avoir accomplis, ils aient conscience du motif qui les y a décidés. » — « Dans les phases d'exaltation

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