‹ L'idée d'évolution dans la nature et l'histoireChapitre 37 sur 95 · Gegenbaur. Manuel d*anatomxe comparée, p · texte numérisé non relu

Gegenbaur. Manuel d*anatomxe comparée, p

aspecls d'un fait unique, c'est-à-dire la disparition des formes normales de l'adaptation.

On nous objectera sans doute que le parasite est adapté puisqu'il trouve en un autre organisme la condition de sa subsistance. On ira peut-être jusqu'à dire qu'il y a pour lui un avantage à vivre avec une organisation inférieure, puisque l'organisation la plus compliquée est la plus exposée à la maladie. Mais c'est là une appréciation bien superficielle. En réalité le parasite est placé dans une dépendance étroite à l'égard de l'être dont il vit ; il lui inflige des maux dont il ressent le contre-coup. Le parasite travaille à la mort de son hôte et à la destruction de ses moyens de subsistance. De plus la régression des fonctions et des formes a toujours un caractère pathologique. Le parasitisme complet serait une cause de souffrance intolérable pour un être qui aurait la claire conscience de lui-même.

Si le parasitisme était la règle des rapports entre les êtres vivants, le développement de la vie serait arrêté par là même à son début. Nous avons une preuve de plus que si la concurrence vitale explique certaines variations de l'organisme elle est incapable de rendre ^compte de la division du travail physiologique et de la corrélation des formes.

La régression est chose inintelligible dans l'hypothèse de la sélection naturelle puisque le parasitisme est, sans nul doute possible, une conséquence de la concurrence. La régression doit donc être comparée et opposée symétriquement à l'adaptation directe, c'est-à-dire, non à l'équilibre de l'organisme et du milieu, mais à la victoire du premier sur le second. Plus la division du travail a été poussée loin, plus est parfaite la corrélation des organes et des fonctions, et mieux l'être vivant s'adapte à son milieu en se l'appropriant, en assujettissant les corps inorganiques à ses fins. La régression est la disparition des fonctions les plus récemment acquises, c'est-à-dire les mieux diflérenciées ; elle est

LA LOI DE RÉGRESSION ET LA LOI D'ADAPTATION i27

donc la destruction des formes les plus parfaites de l'adaptation active.

Vu la corrélation des formes, une fonction ne peut être troublée, un organe ne peut être lésé, sans que toute la vie et toute l'organisation ne s'en ressente. C'est pourquoi la régression est la destruction de l'adaptation par symbiose.

La symbiose est la forme la plus élevée de l'adaptation. Toutes les cellules qui forment un organisme complexe sont solidaires et c'est ainsi qu'elles peuvent former des tissus, des organes, des appareils propres à exécuter des fonctions spéciales et complémentaires les unes des autres. Tous les organismes qui vivent dans un même milieu sont solidaires et ce que les uns conquièrent sur le milieu inorganique est acquis aux autres. C'est pourquoi les fonctions et les organes les plus élevés des animaux supérieurs correspondent à une adaptation au milieu social. Les instincts les plus compliqués des animaux tendent tous à l'industrie ou à une appropriation du milieu physique aux besoins de l'espèce : telle est l'instinct des gîtes, des terriers, des nids, des cabanes, des digues, etc. Or la régression est avant tout une disparition des fonctions qui correspondent à cette adaptation. La psychiatrie suffit à montrer que la folie et, en général, les psychoses font disparaître l'homme social beaucoup plus vile qu'elles ne troublent le fonctionnement de la vie organique. L'idée de la régression n'aurait pas de sens pour celui qui systématiquement repousserait la finalité organique. La régression d'un être vivant ne peut être comparée que très grossièrement à une décomposition de forces : elle est l'inverse de l'adaptation, mais si l'adaptation n'était rien qu'une équilibration, la régression n'aurait pas lieu ou pour mieux dire elle coïnciderait partout et toujours avec la mort.

Ainsi la loi biologique de régression n'est nullement le corollaire d'une loi de dissolution universelle : encore moins en est-elle la preuve. La loi de régression ne fournit

\n lE PROBLÈME BIOLOGIQUIi

au savant aucune prévision scientique précise. Quand le savant observe un cas de régression, il sait que le terme pourra en ëlre l'extinction de la famille à la quatrième génération, mais il ne peut prévoir ce terme avec certitude car peut-être aussi les fonctions troublées se restaurerontelles daus un assez bref délai. Tel n'est jamais le cas d'un phénomène mécanique, car ici l'union du calcul et de rexpérieace autorise des prévisions relativement exactes.

La formule abstraite d'uDeloi générale d'évolution ne rend pas compte du passage de l'inorganique à l'organique, du mouvement à la vie. L'hypothèse évolulionniste ne tire ici aucune espèce de confirmation de la seule méthode qu'elle puisse légitimement mettre en usage : la méthode génétique. L'évolutionniste déduit de la chimie la possibilité d une generatio œquivoca des organismes les plus simples, des éléments primaires de la cellule, mais la géologie ne peut apporter à cette thèse la moindre confirmation.

Il reste sans doute permis à Tévolutionniste de recourir à un argument probable déduit du principe de continuité. S'il est prouvé qu'une simple complication mécanique, une différenciation de l'homogène a produit successivement la série entière des phénomènes inorganiques et qu'une complication analogue des formes de la matière vivante a produit plus tard la série entière des phénomènes organiques, il est invraisemblable que le principe de continuité ait été transgressé au moment où les phénomènes inorganiques les plus compliqués ont fait place aux phénomènes organiques les plus simples.

L'argumentation tire ici sa force d'une concordance générale et approximative entre l'expérience et le principe de continuité. La possibilité même d'une exception est dès lors tenue pour non avenue ; ou plutôt, celui qui met en doute la valeur absolue du principe de continuité est en quelque sorte sommé de fournir la preuve du démenti que l'expérience y opposerait.

Richard. — L'évolution. 9

La philosophie critique des sciences n'a jamais manqué de protester contre cette façon de systématiser Texpérience*. L'évoiutionniste en effet passe purement et simplement sous silence les antinomies kantiennes. Sa méthode consiste à demander à la philosophie mathématique de combler les lacunes de Fexpérience : à cette condition seulement une explication mécanique universelle est possible. Mais peut-on, sans violer la logique, s'appuyer à la fois sur le mécanisme universel et sur le principe de continuité ?

La notion de la continuité implique la négation de Tatomisme car introduire dans la mécanique universelle la notion de Talome, c'est nier la divisibilité indéfinie de la matière. On pourrait faire de Tatome un centre de force, sans éluder la difficulté. Le monde matériel ne sera plus que le produit du conflit de forces discontinues et indépendantes, conflit dont le théâtre sera pour la conscience du sujet un espace homogène purement idéal. Mais l'hypothèse de Tatomisme n'est-elle pas l'assise la plus solide que l'on puisse donner à l'explication mécanique du monde î ^

Niez Tatomisme, et vous devez introduire dans l'univers une finalité imminente pour rendre compte de la perpétuité des combinaisons et des systèmes ^ Mais alors le mécanisme n'est plus une loi d)solue, un principe constitutif de l'expérience (car autre chose l'explication d'un phénomène par la série de ses antécédents , autre chose la réduction de tous les phénomènes à des mouvements et à des grandeurs.) Si le mécanisme universel ne se laisse plus déduire des propriétés éternelles des éléments des corps, ce n'est plus qu'une hypothèse commode, mais toujours justiciable de l'expérience.

En revanche si vous postulez l'atomisme, vous mettez à la

1. Liard. La science positive et lu métaphysique, ch. x, p. 170 (Paris, F. Alcan).

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