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Lachelier. Fondement de V induction (Paris, F. Alcan

racine de la cosmologie la négation même du principe de continuité. Dès lors, comment ce principe pourrait-il être invoqué contre les données contraires de Texpérience ou même être appelé à suppléer au silence de la science expérimentale ? L'idée de la continuité est en contradiction avec les conceptions fondamentales du pur mécanisme ; Tatomisme interdit l'application du principe de continuité à l'interprétation de la nature. La conséquence est que Tévolutionniste ne peut faire œuvre de savant et de philosophe positif quand il essaie de nier Thiatus que la science empirique reconnaît exister entre les phénomènes biologiques les plus simples et les phénomènes inorganiques les plus compliqués.

Accordons, cependant, au principe de continuité le sens et la valeur d'un principe heuristique^ dont les conséquences peuvent être avouées quand Texpérience les confirme. L'évolutionisme mécanique est-il admis à soutenir que les transformations des organismes sont explicables par les mêmes lois que les transformations du monde inorganique? Si la loi d'évolution universelle rendait compte du passage de la granulation protoplasmique à lorganisme humain, on pourrait en déduire que le passage du monde inorganique à la vie est probablement l'effet de causes mécaniques. Mais nous avons montré combien les données de Texpérience sont loin de confirmer une telle déduction.

Bien loin que les lois empiriques qui président à la transformation des organismes autorisent à nier la spontanéité vitale et la finalité immanente, on peut dire avec plus de raison que la spontanéité et la finalité sont les deux postulats du transformisme.

Les lois empiriques du transformisme sont les lois de l'embryologie, de la paléontologie, de Tanatomie comparée auxquelles nous ajouterons celles de la physiologie. Ces lois sont des généralisations de Texpérience directe et de l'histoire; elles n'ont qu'une valeur approchée ; la probabilité qui s'y attache équivaut cependant à la certitude vu leur con-

tSi LE PROBLÈME BIOLOGIQUE

vergence et vu rimpossibilîlé d'alléguer des faits bien établis qui les démentent.

Pour réduire ces lois à Tunité, il faut former le concept de Tadaptation ; or, bien loin de préparer la réduction de l'organisme au mécanisme, le concept de ladaption implique, sinon la finalité pure et simple, au moins la notion d'une force vitale irréductible aux forces cosmiques inférieures.

Si Ton ne veut pas confondre grossièrement les effets de rada[ilation avec leurs causes il faut, selon un éminent embryologiste contemporain, reconnaître Texistence d'une force adaptative.

Mais, il est évident que cette expression commode ne peut servir à désigner une force comparable à celles qui agissent dans le monde inorganique, un simple aspect de l'énergie l'osmique, un équivalent mécanique de la pesanteur, de la chaleur, de Télectricité, de la lumière, etc. L appareil organique transforme ces forces cosmiques, mais il n'en produit ni n*en crée ; c'est là une conclusion générale de toute la physiologie, et les conclusions de la physiologie, science expérimentale, s'imposent à la morphologie, science d'observation.

L'expression de force adaplative est donc vicieuse si elle ne désigne pas la spontanéité vivante qui est, non le pouvoir de créer ou de détruire de la force, mais celui de transformer des forces cosmiques, de l'énergie chimique notamment, et de la subordonner à des fins.

Reconnaître l'existence d'une force adaptative sans laquelle les phénomènes de l'adaptation restent inexpliqués, c'est reconnaître que l'organisme, élémentaire ou composé, réagit sur le milieu physique et en une certaine mesure, s'asservît les forces qui le composent. Il ne suffit pas ici de parler de la plasticité de la matière vivante. Ce terme de plasticité ne désigne pas un concept mais une image. Si nous l'interprétons à la lettre, nous avons devant les yeux la représen-

talion d'un morceau d'argile façonné par les doigts du statuaire. Parler de la plaslicilé, c'est donc user d'un terme équivoque désignant pour les uns l'inertie de la matière, pour les autres la spontanéité de l'organisme vivant.

Or, ni la cellule vivante, ni même la granulation protoplasmique ne sont inertes au sens que la mécanique pure attache à ce mot. On peut bien tenter, comme certains physiologistes, de leur attribuer l'inertie, mais à la condition de considérer l'inertie comme le terme extrême de l'affaiblissement de la spontanéité et de passer ensuite à la limite en négligeant une spontanéité évanescente.

Or, la méthode des limites ne peut être confondue avec la méthode génétique ou historico-évolulive. Nous avons montré combien cette confusion est nuisible à l'intelligibilité du système évolulionniste et combien elle est scientifiquement illégitime. Sans doute si l'on veut interpréter et généraliser les résultats de Tétude génétique des processus, on peut faire un usage mesuré et critique de la méthode des limites, mais à une condition, c'est qu'en dépassant Texpérience, on ne se mette pas en contradiction avec elle. Par exemple, il est permis de concevoir Torganite cellulaire composé d'organites moindres; ceux-ci d'éléments plus petits encore, mais il n'est pas légitime de conclure que la spontanéité des éléments protoplasmîques soit nulle, quoique dérobée à nos moyens d'investigation.

Notre effort a tendu à montrer que l'idée de la spontanéité (ainsi que celle de la finalité) est indispensable pour rendre compte des deux grandes données de la morphogenèse, la généalogie, Vontogénie et plus encore de leur correspondance. Otez l'idée de la spontanéité vitale et vous ne pouvez comprendre comment le conflit de l'organisme et du milieu physique a fait surgir, d'âge en âge, des fonctions nouvelles toujours mieux localisées dans des organes distincts. Otez l'idée de la finalité, vous ne concevez pas comment l'embryon se pousse des organes qui lui sont présentement inutiles et qui

doivent servir des fonctions encore absentes, comment la larve se dépouille d'organes adaptés à son genre présent d'existence pour revêtir une forme nouvelle vouée à une existence souvent plus difficile et plus précaire. Otez la spontanéité et la finalité, et il devient impossible d'expliquer comment a pu s'établir la correspondance entre l'évolution de Tœuf et la transformation de la série animale dans le cours des âges géologiques, d'expliquer ce fait capital, la substitution des embryogénies condensées ou fœtales aux embryons dilatés ou larvaires. — La parité de Tontogénie etde la phylogénie est la clef de l'évolution organique, mais c'est en même temps la négation la plus énergique du mécanisme vital. 11 a fallu commettre une véritable ignoratio elenchi pour donner une telle loi comme une confirmation du système qui fait surgir les organismes de la simple complication des mécanismes.

Pourquoi donc ce sophisme a-t-il été commis par des esprits auxquels onnepeut refuser, non seulement les aptitudes logiques les plus remarquables, mais même le génie? C'est que Ton ne peut reconnaître la spontanéité vivante sans accorder en même temps aux organismes une finalité immanente, c'est qu'il est également impossible de séparer radicalement la finalité et la conscience et de concevoir une finalité totalement inconsciente. Celui qui reconnaît la spontanéité vivante est conduite une conception de la nature qui ne sépare jamais la conscience, nous ne disons pas du mouvement, mais du phénomène, de la tendance etde la causalité. Mais la conscience échappe à la mesure ; les relations des phénomènes ne sont donc pas essentiellement des rapports mesurables et par suite les mathématiques ne contiennent pas, a priori^ les prémisses d'une cosmologie rationnelle. Il faut renoncer à fonder une mathématique universelle et à satisfaire ce grand besoin de Tesprit humain, le substitut de l'unité à la diversité des phénomènes, par cette opération relativement simple qui est de ramener, par abstraction, la qualité à la quantité,

rhétérogénéité des phénomènes à rhomogénéité de l'espace et du nombre.

Le problème de la philosophie biologique n*est donc qu'un aspect du problème cosmologique général. On nie la spontanéité vitale pour ne pas être conduite affirmer que, loin d'être un épiphénomène, la conscience est le fond même des phénomènes, le lien des parties de Tunivers, la condition de sa diversité et de son unité.

Cependant Tapplication fidèle et correcte de la méthode évolutive suffit encore ici à déjouer l'esprit de système.

Si parmi les adeptes du transformisme on distingue entre les philosophes et les purs biologistes, on est frappé de voir combien ceux-ci sont moins prompts que ceux-là & nier la spontanéité vivante. Darwin lui-même, le chef de celle des écoles transformistes qui rejette le plus radicalement la téléolo^ie, Darwin accorde que la spontanéité est tout au moins une donnée de l'observation.

« Il reste, écrit-il, un grand nombre de variations qu'on peut nommer provisoirement spontanées, car notre ignorance est si grande qu'elles nous paraissent surgir sans cause apparente. On peut prouver toutefois que les variations de ce genre, qu'elles consistent soit en légères différences individuelles, soit en déviations brusques et considérables de la conformation, dépendent beaucoup plus de laconstitution de l'organisme que de la nature des conditions auxquelles il a été exposé * ».

Si les variations successives se laissent ramener à une loi d adaptation, directe ou indirecte, elles résultent de la formation spontanée de fonctions qui se spécifient et se localisent dans des parties distinctes de l'organisme : en ce sens la fonction, qui manifeste la vie, crée Torgane. Le transformisme ne peut faire un pas en avant sans s'appuyer sur cet axiome qu'aucune expérience ne dément.

i. Descent o/ itfaw. Traduction française, I" partie, ch. ii, p*43.

nn LK PROBLÈME BIOLOGIQUE

Or il eèi un appareil organique dont révolution peut être oatitrement connue, si obscurcie qu'elle soit par Textrême complexiié des faits, c'est révolution du système nerveux. La font: Lion du système nerveux n'est pas seulement de mtitire , mécaniquement en quelque sorte, les parties de l'organisme complexe en relation les unes avec les autres : c'est encore de mettre l'organisme entier en relation avec le monde extérieur. La masse et l'énergie du système nerveux lolal croissent patn passa avec le développement de Tencéphale. Mais le volume et l'activité de l'encéphale sont proportionnels à la spécification et au développement des nerfs sensoriels j proposition confirmée par l'ontogénie humaine comme jiar la phylogénie. Or les fonctions des nerf sensoriels et les fonctions de l'encéphale sont normalement accompagnées de conscience si la conscience est autre chose qu'une série de miracle, une aperception subjective sans degrés et sans antécédents.

L'évokitîonniste est donc obligé ou de reconnaître que la eonsrîeo^c est partout et toujours inséparable de l'évolution d un appareil qui réagit sur l'organisation animale tout entière ou d'être infidèle à sa méthode.

Done <i Ton ne veut pas abandonner l'idée de l'unité de plan el rréer un nouvel hiatus entre la plante et l'animal, entre le vertébré et l'invertébré, il faut admettre que les fonction^ qui président à la création de l'encéphale sont à TéLat latent dans les organismes inférieurs. Après avoir admis la spontanéité vivante et la finalité organique immanenle. il faut faire un second pas; il faut reconnaître que la comsciencô et la spontanéité sont deux aspects inséparables d'uoe même réalité. L'un est Taspect naturel et objectif, Tau Ire Ta^pect formel et subjectif.

Le dualisme qui affirme la possibilité d'une conscience ea quelque sorte désincorporéc et le mécanisme qui professe qut? les corps organisés sont étrangers à toute spontaniite et à toute finalité succombent donc l'un et l'autre

CONCLUSION m- !

devant le lémoîgnage de la méthode génétique, maïs le

dualisme et le mécanisme sont deux conséquences nèces- J

saires d'une même conception de la science et de la rné- J

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en ramenant la qualité à la quantité, Thétérogène h Tho- i

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