‹ L'idée d'évolution dans la nature et l'histoireChapitre 47 sur 95 · Descenl of Man.^ ch. xvn · texte numérisé non relu

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guerre oke2 les animauX) la guerre organisée, préparée de longue date et devenue une véritable fonction : Nous voulons parler des fourmis guerrières — notamment des Ecito^ Tiies et aussi des termites* •«•Or c'est précisément 1& où la vie sociale a le plus d'intensité que l'aptitude à organiser la guerre fait son apparition. Pourquid en serait-il autrement chez les hommes?

La guerre exalte le moi collectif en l'opposant à un non* moi. Mais si elle correspond h cette exaltation» n'en procède t-elle pas?

L'étude des guerres civiles ne doit pas être négligée ici. Une guerre civile est le choc de deux partis, de deux sectes ou de deux foules, bref de deux agrégations humaines où la conscience de l'individu est comme absorbée dans la cons^ cience collective; or les partis qui engagent le plus facilement la lutte sont les plus sectaires, ceux où la notion du but commun obsède le plus la pensée de leurs membres. Les partis deviennent capables de substituer la discussion paci* flque à la lutte violente, quand ils deviennent capables de comprendre les idées des adversaires, quand leur foi dans leur idéal n'est plus entière, quand le cercle de leurs idées s'est élargi. Telle a été, par exemple, l'histoire des partis dans l'Angleterre moderne depuis les luttes des Cavaliers et des Tètes-rondes, et l'histoire de l'Angleterre s'est en partie répétée en France depuis la guerre de la Vendée.

Bref, une secte a une Idée démesurée, folie de son rôle social; du délire ambitieux résulte un délire de la persécution en présence des résistances que le milieu social lui oppose et le délire persécuteur^ homicide, en est la conséquence.

Des guerres civiles aux guerres entre les peuples, l'indue» tion est aisée. Toutes les causes qui mettent aux prises les sectes ei les partis mettent plus facilement encore auxprise%

\. Romanes. Intelligence des animaux, t. I, p. 107, sq. (If. fr» P. Aloan).

L'INCONSCIBNT DANS LA SOCIOLOGIE ÉVOLUTI0NNI8TE 191

les peuples. En effet toutes les guerres civiles dont on a pu étudier le mécanisme sont réductibles à deux types : les luttes sociales, les luttes religieuses. Les temps modernes nous montrent partout les guerres nationales compliquées de guerres civiles; s'il n*en est pas ainsi, aujmème degré, dans Tantiquîté, c'est que chaque église est nationale ou tribale. Mais c'est pour la satisfaction d*un dieu que Ton combat.

La guerre est un fait social; c'est une manifestation de la colère collective. Elle intéresse directement la psychologie sociale mais elle lui pose un problème défini au lieu de lui fournir les éléments d'une solution générale comme Ta jugé Técole évolutionniste. Spencer a amalgamé dans un système ingénieux les vues du saint-simonisme et celle du darwinisme, mais il n'a nullement réussi â prouver que l'activité intellectuelle soit restée étrangère à la formation des sociétés complexes, et telle était pourtant sa thèse fondamentale. Il devait en effet démontrer que les lois inconscientes de l'adaptation ont tout dirigé en formant d'abord des communautés guerrières qui imposaient à leurs membres rhabitude de coopérer et plus tard des communautés industrielles qui se rapprochaient du type de la coopération volontaire. Or l'examen sociologique enseigne qu'il a pris TefTet pour la cause en attribuant à la discipline guerrière la force des liens sociaux. Ces liens procèdent au contraire d'un unisson psychologique dont les tendances guerrières sont les conséquences.

Si nous comparons entre elles les études que les ethnographes, les psychologues et les historiens ont pu faire de la guerre et de ses causes, nous arrivons à une conclusion commune ; c'est qu'en tous les temps un groupe humain est d'autant plus belliqueux que la conscience individuelle y est plus étouffée par les états de conscience collectifs. Si la guerre a plus sévi dans les premières phases de la civilisation que dans ses phases récentes, il faut admettre une relation entre la faiblesse générale de la culture et l'intensité des

étals de conscience colleclifs. La civilisation détourne Thomme de ]a guerre, non pas en l'habituant à la coopération (car rhabilLide de coopérer fait les armées hardies et puissantes), mais en exerçant et en fortifiant les fonctions de la conscience individuelle. Qu'en conclure sinon que les communautés humaines ont été d autant plus exposées à ressentir les passions guerrières qu'elles ont été plus instinctives? Si la préparation & la guerre a tenu une place toujours moindre dans Taclivité totale des sociétés civilisées, nous avons la preuve que ces sociétés sont devenues plus rationnelles et que l'instinct a reculé devant la raison. Mais la psychologie évolutionniste ne peut aucunement nous rendre compte d'une telle transformation car elle affirme l'identité fondamentale de l'instinct et de la raison.

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