CHAPITRE VII LES DONxNÉES CONCRÈTES DE LA PSYCHOLOGIE SOCIALE
Il n'est pas, semble-t-il, en sociologie de notion plus discréditée que celle de la société rationnelle. L'observateur voit l'état social naître chez les animaux les plus asservis à l'instinct. L'archéologie, la linguistique et l'histoire voient également les sociétés humaines partir d'une organisation que l'usage de la langue dislingue seul des peuplades animales les plus élevées. Ces sociétés se différencient ensuite et présentent plusieurs types inégalement développés, mais la comparaison ethnographique semble attester que des facteurs physiques et économiques ont concouru au développement des sociétés supérieures non moins que la raison et la volonté.
Cependant l'observation montre aussi que les liens sociaux ne sont pas les mêmes chez les êtres raisonnables et chez les êtres instinctifs. Chez ceux-ci ils agrègent fortement les individus en très petites communautés ; ceux-là forment des associations très étendues, assez étendues pour embrasser graduellement la plus grande partie de l'espèce humaine ; en revanche elles laissent une sphère assez grande au jeu de la pensée et de la liberté individuelles.
Si à la notion concrète et réaliste de la société, telle que l'école positiviste Ta entendue , nous substituons la notion abstraite et nominaliste du lien social^ nous pouvons distinguer un lien social rationnel et un lien social instinctif.
Le lien social rationnel ne sera pas seulement celui-ci qui
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unira des êtres raisonnables ; ce sera le lien dont la raison sera un facteur, au moins négatif et indirect.
Toutefois le lien social rationnel a pour antécédent historique un lien social instinctif qui est la condition de sa genèse. L'activité consciente de Thomnie n a pu tirer le premier du second que laborieusement ; elle a dû obéir à cer-* taines conditions restrictives. La société rationnelle ne peut exister que par approximation.
Néanmoins et malgré ces réserves, en substituant l'idée &^ approximation graduelle à l'idée d'évolution, nous paraîtrons à beaucoup porter un véritable défi à la sociologie génétique. Le sociologue objectif veut être certain qu'il fait œuvre de savant* ; il est hanté de la crainte de voir ses travaux confondus avec ceux du métaphysicien. 11 pense n'avoir jamais trop exorcisé l'explication par les causes finales. De là une triple tendance à dépouiller Thomme au profit du monde extérieur, l'activité personnelle au profit du milieu social, le présent au profit du passé. On réussit ainsi à constituer un mécanisme sociologique qui dans l'explication des faits sociaux fait aussi petite que possible la part des idées et des voli tiens.
Mais pour y réussir pleinement il faudrait encore annuler la raison au profit de Tinstinct, ne voir dans l'art et l'activité rationnelle que des modifications superficielles de l'activité constructive. Tel est, nous l'avons vu, le dernier mot de l'évolutionnisme. Maison ne peut y adhérer sans avoir préalablement récusé toute psychologie.
Une sociologie sans fondement psychologique ne peut être qu'une section de la biologie, l'étude biologique de la symbiose, la bio-sociologie. Nous avons vu qu'un tel concept ne soutient pas l'examen de la critique.
Dès lors l'idée d'une approximation graduelle de la société
1 . L'expression très forte de ce souci se rencontre dans les Règles de la méthode sociologique de M. Durkheiiu, notamment au chapitre n f Paris, F. Alcan).