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CHAPITRE VIII LES COMMUNAUTÉS INSTINCTIVES

L'histoire, complétée par Tethnologie et la palethnolgie, nous montre la société humaine émergeant, non pas d'un état d^isolement, mais d'un état social identique à celui des peuplades animales et dû aux mêmes conditions, la nécessité d'agir sur le monde extérieur et celle d'assurer une protection efficace à la jeune génération.

On peut ramener à un petit nombre les caractères de cette communauté dont les Eskimaux dans les régions polaires et les Veddas, dans les forêts de Ceylan, ont conservé le type*-

En premier lieu elle obéit inconsciemment à la loi de la symbiose. Les conditions de l'existence font disparaître tous les individus réfractaires à la vie sociale. L'espèce est, de génération en génération, composée d'individus plus dociles aux exigences de la vie collective et plus asssouplis à la discipline qu'elle impose.

De ce premier caractère en dérive un second. Dans ces petites peuplades humaines, le lien social qui tient les membres assemblés et les soumet, comme il arrive aux Eskimaux, à une autorité d'autant plus obéie qu'elle n'est

i. Sur les Eskimaux voir TenichefF : Vaclivité de Vhomme, traduit du russe par Tauteur. (1 vol. in-4», Paris, Cornely 1898). — La IV' partie, la plus importante, est une étude très documentée sur les Eskimaux. — La psychologie des Weddas de Ceylan et leur morale instinctive a été mise en lumière par Samson-Ilimmelstjerna qui en a montré l'importance. Die SitUichkeitslehre als Naturlehre, Duncker et Humblot. Leipzig. 1894.

incarnée dans aucune volonté personnelle ou collégiale, est l'effet exclusif d un instinct collectif. Ne confondons pas cet instinct avec les sentiments sociaux qui dans les sociétés supérieures amènent les hommes à s'aimer. Cet instinct a un effet tout autre : c'est d'amener les membres de la peuplade à agir avec unanimité et sans que le motif deTun soit distinct du motif de l'autre. La horde ne connaît que les différences des sexes et des générations. Elles se ramènent à peu de choses, car la jeune génération règle inconsciemment sa conduite sur celle de la génération adulte. L'imitation est donc la première manifestation de Tinstinct collectif : la tradition en sera une seconde manifestation dérivée de la première.

On aperçoit dès lors un troisième caractère, nettement subordonné aux deux précédents. L'individu est soumis aux fins de la communauté comme la communauté est inconsciemment soumise aux fins de l'espèce ou de la race. Chez les populations des régions polaires, qui doivent ressembler aux races contemporaines de la période glaciaire, les vieillards impotents sont mis k mort comme les faux bourdons dans la ruche ; il leur arrive d'implorer cette mort et de la devancer. En revanche quand la famine presse les associations de familles eskimaudes dans leurs longues maisons d'hiver, c'est aux enfants que sont distribués les derniers débris des faibles provisions conservées. La conservation de la race est le devoir qui domine tout.

Cette communauté n'est pas inerte comme nos idées sur l'initiative individuelle pourrait nous le faire penser. Mais l'activité, souvent très ingénieuse, qu'elle déploie, est toujours une réaction opposée aux phénomènes physiques qui ont surexcité les besoins et les instincts : d'oti la chasse collective, prélude de la guerre, l'édification collective des habitations, etc.

Sommes-nous toutefois en présence d'une finalité tout instinctive? La réponse affirmative n'est pas acceptée facîle-

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lement. Une œuvre qui fait autorité encore en matière de psychologie sociale contient des objections très fortes à Tinduction que nous venons de faire. Nous ne pouvons ni les passer sous silence, ni feindre de les ignorer.

On sait que Wundt place Torigine des liens sociaux dans les mœurs, mais qu'il oppose les mœurs à Tinstinct comme d^ailleurs au droit et à la moralité. L'être capable d'obéir h des mœurs, c'^st-à-dire à des règles traditionnelles d'activité, a déjà un caractère qui met la contingence dans sa conduite. L'instinct est une puissance qui s'impose irrésistiblement à la conduite de l'animal ; au contraire, l'homme peut toujours se soustraire à la pression des mœurs ^ Les mœurs procèdent toujours de croyances ; il n'est pas une des règles qu'elles imposent à laquelle la recherche génétique ne puisse trouver une origine religieuse et même rituelle^,

Cependant Wundt reconnaît en maint passage que dans la vie collective des populations primitives, des « hommes de la nature » (naturmenschen), les instincts et les mœurs présentent de profondes analogies, mais il parait craindre qu'en pressant cette analogie à T excès, le psychologue n'en vienne à oublier la finalité propre aux faits sociaux. La finalité de l'instinct est directe, mais inconsciente ; la finalité dans les sociétés humaines est consciente, mais indirecte. Les mœurs, dont sortent les institutions juridiques et la moralité sont soumises à la loi de l'hétérogénie des fins. Oublier cette loi, c'est être entraîné à expliquer toutes les règles de la conduite sociale par l'utilité directe qu'elles ont acquise, par leurs effets lentement produits, non par leurs antécédents historiques : c'est donc se contenter d'une téléologie superficielle et renoncer à toute explication génétique '.

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