‹ L'idée d'évolution dans la nature et l'histoireChapitre 54 sur 95 · Cité antique j liv. II, ch. x · texte numérisé non relu

Cité antique j liv. II, ch. x

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voulons dire que si le passé social n'avait pas laissé derrière lui une classe de familles investies du privilège de fournir héréditairement les membres d'une assemblée législative et judiciaire, jamais les Anglais d'aujourd'hui ne trouveraient un motif suffisant de le leur conférer. Ce privilège n'est respecté en effet que dans la mesure où ses détenteurs ne contrarient pas Tintérêt général.

Le terme de survivance est vague et nous l'adoptons faute d'un terme meilleur. On s'en sert pour désigner des faits assez distincts. A notre avis, la survivance se reconnaît à deux caractères : le premier est qu'elle est reçue telle quelle du passé social sans être rattachée à aucune cause finale, le second est qu'elle ne dépend pas de l'hérédité physiologique. Bref elle atteste l'action automatique des morts sur les vivants mais sans aucun mécanisme physiologique.

Ceci posé, les survivances connues peuvent être réparties en deux classes, les survivances concrètes et les survivances symboliques. Par exemple la noblesse est une survivance concrète, la salutation est une survivance symbolique. Sans doute les survivances concrètes tendent à n'être plus que des survivances symboliques. En France, la noblesse n'est plus qu'un titre et une particule modifiant la physionomie du nom patronymique ; les préjugés matrimoniaux qui lui ont maintenu longtemps le caractère de survivance concrète se sont en grande partie effacés sous la pression des besoins économiques. En Angleterre, la noblesse donne encore le droit de siéger héréditairement à la chambre des Lords.

Les survivances symboliques sont certainement les plus nombreuses : nous y comprendrions : 1* les survivances rituelles ; 2** les survivances cérémonielles ; 3° les survivances linguistiques. Les survivances rituelles (par exemple le baptême chrétien visiblement hérité du bain essénien, les ablutions musulmanes, le pèlerinage de la Mecque) sont des élé-

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ments intégrants de la vie des sociétés religieuses. Le baptême dont les épitres de Paul et de Pierre parlent avec un si frappant détachement était cependant le lien qui rattachait le christianisme naissant à Tessénisme et à la prédication de Jean*. Sans le pèlerinage de le Mecque, Mohammed ne se serait pas concilié les tribus arabes. La survivance rituelle, confondue à tort par Spencer avec le cérémonial civil, est une survivance quasi concrète. — Au contraire les survivances cérémonielles et surtout les survivances linguistiques rattachent notre existence actuelle à celle des communautés préhistoriques les plus lointaines.

Néanmoins Tétude des survivances concrètes dont la formation peut être observée en pleine phase historique, peut seule nous aider à percer le mystère des survivances symboliques. Aussi y avons-nous fait la place la plus large.

Les survivances concrètes se rencontrent dans la vie de l'État, dans la vie économique et dans la vie domestique. La féodalité, l'état romain, la cité antique elle-même ont laissé des traces visibles dans le droit public de l'Europe moderne.

Nous venons de citer l'exemple de la nobility anglaise. La notion française de la souveraineté est encore celle de rimperium et de la Potestas romains.

L'ordre économique présente des survivances déjà mieux définies. Les villages des régions montagneuses de l'Europe, les petites lies éloignées des grandes voies du commerce maritime, archipels danois, écossais, anglo- normands, bretons, la Corse, la Sardaigne, la Sicile présentent des vestiges indéniables d'un passé historique ou prolohistorîque détruit partout ailleurs. Mais c'est surtout Torganisatîon domestique qui abonde en survivances. Deux écoles se sont vouées à les recueillir dans des intentions bien

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