RËGRËS6I0N SOCIALE ET RÉGRESSION BIOLOGIQUE
priété foncière, la persistance de la disposition i la vie errante contrarie les exigences de la production. Le vagabondage criminel apparaît. On peut même dire que ee stade économique est caractérisé par la lutte contre l'esclavage et le vagabondage représenté par Tesciave et le serf fugitif. La constitution de la petite industrie corporative n'apporte à cet état de choses aucune modification appréciable car Tappreati et le compagnon sont enchaînés à la corporation i peu près coaune le serf à la glèbe.
Tout change avec Tapparition de k grande industrie ; ob voit alors réapparaître, à côté du vagabondage malfaisant, un vagabondage aussi normal que celui des temps primitifs. La grande industrie a besoin d'une armée de réserve ; le chômage le lui fournit et l'existence de louTrier saifô travail est partout une condition quasi nécessaire de la grande entreprise. Mais cette nécessité douloureuse n*est ni discernée, ni surtout acceptée dès rapparition de la grande industrie. Il y a une {diase de transition quHl est possible de constater dans la Russie contemporaine et qui a caractérisé la société anglaise dans les trois siècles postérieurs à la Réforme, la France et l'Allemagne pendant le xvii* et surtout le xvm* siècle.
Ainsi le vagabondage est dans une première phase la condition du chasseur sauvage ou du pasteur nomade, dans une seconde celle de l'esclave ou du serf fugitif, dans une troisième qui dure encore, c'est selon les cas, tantôt un parasitisme social, tantôt la conséquence du diôiaage ^
Le neurasthénique ou Tépileptique qui devant vagabond imprime donc, à la société, pour sa part virile, une tendance à revenir à un type écoaiMBÎque très primitif et imparfait. Mais c'est ur agent de régression des plus impuissants. Il se montre en effet dans les contrées les plus riches, dans les pays (A la civilisation industrielle déploie
1. / vagabondi. t. II, voir l'analyse que nous en avons donnée dans V Année sociologique de 4900-19W.
toute sa vigueur. Florian et Cavaglieri nous montrent qu'aux Etats-Unis par exemple, les vagabonds sont rares dans les régions désertiques et nombreux au contraire dans les États deTEst. En Europe les grandes cités attirent les vagabonds et c'est surtout dans les grands ports de mer qu'il y a le plus de condamnations pour vagabondages. Les départements français qui ont le moins de vagabonds sont ceux où Ton compte le moins de chevaux-vapeur. En Angleterre les vagabonds se rencontrent surtout dans les districts miniers et manufacturiers. De même le nombre des vagabonds est en raison directe du nombre de ceux qui épargnent, du nombre des rentiers et des assistés. Bref l'intensité du vagabondage dans une région correspond à la prospérité de cette région et à rinégale distribution des richesses.
En est-il ainsi des formes les plus graves du crime, attentats à la personne, attentats violents à la propriété, attentats graves au crédit ? On Ta soutenu mais sans jamais réussir à le prouver. Sans doute les manifestations graves de la criminalité, depuis l'assassinat jusqu'aux vols et au^ violences commis par les enfants, depuis le vol à main armée jusqu'à la grande escroquerie expriment, attestent des régressions de la conscience politique, juridique, domestique ainsi que de Tordre économique. Toutefois ces régressions correspondent non à un lent processus de dégénérescence qui atteindrait surtout les populations urbaines, mais à des crises atteignant tour à tour l'État, l'Eglise, la société civile et professionnelle, la société domestique.
« L'existence d'une relation de causalité entre la crimi- » nalité politique et un état de crise sociale ne peut guère » être révoquée en doute. On peut dire que l'existence du » crime politique atteste la crise parce qu'elle en est l'effet » direct. Or, c'est à tort, croyons-nous, que les anthropolo- » gistes italiens ont opposé radicalement les criminels poli- » tiques aux malfaiteurs dont toute société doit se défendre. » Le criminel politique serait, d'après eux, le défenseur
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passionné de Tidée du progrès ; il serait conduit par ridée jîxe du nouveau et du mieux à un état d'aliénation dont ses attentats seraient les manifestations inévitables. Le malfaiteur de droit commun incarnerait, au contraire, les aspirations les plus rétrogrades de Thumanité. Nous aurions là une loi de la criminologie. A notre avis il est difficile de confondre plus complètement une pétition de principe avec une induction scientifique. Les auteurs de celte thèse ont eu sans doute les yeux fixés exclusivement sur certains conspirateurs au service du libéralisme dans la première partie de ce siècle ou au service de la démocratie plus tard. Mais ils ont oublié la notion juridique des crimes contre la chose publique. Il leur serait difficile de prouver que l'abus de pouvoir, la forfaiture, la concussion, le faux, le faux témoignage, la formation des associations de malfaiteurs etc., puissent être inspirés par un amour excessif de l'humanité ou par un zèle immodéré en faveur du progrès.
» Le vrai type de la criminalité politique nous est offert par la criminalité sectaire dont Sighele a fait une étude si lumineuse. Or il nous semble que la criminalité sectaire manifeste une double régression. D'un côté, la conscience de la responsabilité personnelle est annulée par la pression qu'exerce sur l'individu la conscience collective de la secte; d'un autre côté les sentiments sociaux les plus élevés, la pitié surtout, sont émoussés dans les luttes que soutient la secte contre les sectes rivales ou contre la société régulière. L'individu est donc livré sans contrepoids à ces accès de terreur et de colère collectives que la résistance des autres hommes fait éprouver aux sectes et aux foules. C'est pourquoi la criminalité sectaire, presque toujours collective, est si facilement sanglante. » Voici donc un type de la criminalité dont les conditions ne peuvent être découvertes nulle part ailleurs que dans un état de crise de la société. Notons que le crime politique
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» OU sectaire peut devenir un exemple, surtout dMs les » luttes engagées entre les familles et les indÎTidus.
» k\x\ crises de rorganisation économique on peut «ttri- » buer tous les crimes qui impliquent le parasitisme. L'effet » des crises économiques est de donner aux hommes une » impression plus vive et plus immédiate de la concurrence '> vitale ; elles surexcitent donc les instincts qui président à » la conservation personnelle ainsi que les formes basses » de Tinstinct du moi. Par lit elles mettent en péril les senti- » ments sociaux les plus délicats par lesquels^ en temps » normal, la lutte des intérêts est rendue moins âpre. Sont- » ce proprement des crises commerciaies ayant pour eotisé- » quence la muRiplication des faillites? Elles rendront un » grand nombre d'individus insensibles à cette idée de » justice contractuelle qui a pris si tardivement une forme » définie dans la conscience morale des races civilisées. » La crise atteint-elle la production ?
» Les chômages prolongés détruisent Thabitade d'un » travail régulier et bien discipliné, habitude qui est peut- » être la principale différence entre l'homme civilisé et le )> barbare. La crise atteint-elle la consommation elle-même et » devient-elle une disette ? Elle peut mettre les mesurs et les » sentiments sociaux à la même épreuve qu'une épidémie. » L'obéissance à l'autorité et aux lois n'est pas moins affaî- » blie alors que le respect du travail , le respect des contrats » et de la propriété. Selon la culture des classes, on voit se » multiplier soit l'escroquerie, la banqueroute et la fraude » commerciale, soit la mendicité, le vagabondage, le marau- » dage et le vol. Or l'imitation mdant, le type de crindnalité » né des crises économiques survit aux concBtions de son » apparition.
» N'existe-t-il pas un lien de causalité réciproque entre » les crises économiques en sorte que l'intensité de ces der- » nières serait beaucoup plus grande dans un état en voie » de transformation ou de dissolution? Sans prétendre