‹ L'idée d'évolution dans la nature et l'histoireChapitre 85 sur 95 · Ibid., p. 4o · texte numérisé non relu

Ibid., p. 4o

quelque chose d*an nègre, il n'y a qu'à faire semblant de brouiller quelque chose dans Teau et lui dire de boire et de manger ce fétiche en signe de la vérité. Si la chose est véritable, il mangera et boira hardiment; si elle ne Test pas, quand il irait de tout son bien,il n'en goûterait pas, parce qu'il croirait mourir sur l'heure s'il le faisait à faux *. » — Mollien rapporte que pour savoir si un accusé a dit vrai, on lui applique sur la langue un fer rougi au feu; supporte-t-il répreuve sans sourciller : c*est évidemment qu'il est innocent. Parfois il faut avaler un breuvage empoisonné. Une fois pris, peut-on ie vomir : c'est encore un signe d'innocence ^. — Dans la région de la Gasamance, le poison d'épreuve, dit Marche, s'appelle talù On le boit en grande cérémonie; les patients boivent jusqu'à ce qu'ils tombent morts ou jusqu'à ce qu'ils rendent ce qui a été absorbé. En ce dernier cas, leur innocence est proclamée. « Un noir accuse son voisin d'avoir jeté un sort sur lui ou sur ses troupeaux en allant la nuit placer sur la porte de celui-ci trois épis de mil. L'homme ainsi dénoncé est obligé d'aller le lendemain se faire inscrire pour le prochain tali. S'il n'y va pas, le jour du départ pour la cérémonie, le roi le met à mort et confisque ses biens et sa famille en faveur de celui qui a accusé. Sur environ deux cents infortunés qui vont chaque année boire le tali, bien peu en échappent. On me dit cinq à six seulement '. » — L'ordalie est ici inséparable de la divination. « On consulte les fétiches sur l'issue des entreprises. Dans les sacrifices d'animaux, on reconnaît à certains signes ce que réserve l'avenir... L'augure se retire, dit Bosman, soit du jet de morceaux de cuir, soit en jetant à pair ou non des fruits sauvages. Sur les bords du Rio Nufiez, le père qui va marier sa fille prend un kola blanc et un kola rouge, le coupe par le milieu et jette en l'air la moitié de chacun pour obtenir un augure favorable ^ »

Quand nous voyons le nègre n'employer d'autre procédure criminelle que l'ordalie et ne pas dépasser le point de vue de la divination, nous sommes conduits à penser que dans notre passé social l'absence de l'examen judiciaire n'avait pas d'autre cause qu'une apathie intellectuelle, diO'érente de celle du nègre seulement en ce qu'elle n'était pas invincible.

Quelle cause a pu triompher de cette apathie ? Je n'en vois pas d'autre que l'expérience sociale. A mesure que celle-ci s'accumule, les contradictions qui y sont inhérentes se développent et sollicitent l'activité logique. De là la naissance de la critique. Accumuler les expériences, puis les soumettre à une critique de plus en plus exi-

1. Loyer, Relation du voyage au Cap Vert, p. 162. Paris, 1637.

2. Mollien, Voyage dans C intérieur de V Afrique, 21. Paris, 1822.

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