POI-ÏDÉMONISME ET POLYTHÉISME
que cette tendance y Tût tenue davantage e l'anthropomorphisme. Plutarque raconte ( tocle ayant imposé une contribution dan; dros au nom de deux divinités : la Pers Violence, les habitants la refusèrent en l'ordre de deux autres puissances non mo râbles : la Pénurie et la Pauvreté ('). Il faut toutefois, que là où des personniûcations atteignirent le premier rang, comme dans et le brahmanisme, ce ne fut, en général d'une spéculation métaphysique assez avan
Apothéoses posthumes.
Dans la catégorie des esprits monté peuvent figurer également les âmes de ] illustres ayant vécu d'une existence rée guerriers, sorciers, etc. D'ordinaire, chez non civilisés, les morts sont l'objet d'un ci tionnel à la vivacité des souvenirs qu'ils Aussi se borne-t-on généralement à ii parents qu'on a personnellement connus, au nègre, écrit le voyageur du Chaillu, oi de son arrière-grand- père, il répondra qi rien. Demandez-lui où est l'esprit de soi son frère, il sera aussitôt rempli de u Cependant, sur le Tanganika et dans '.
avoisinantes , selon le lieutenant J. I
(<) Thémistode, XXI.
(') DU CiiAii.Lu, dans les Transactions ofthe Ethno p. 308.
POLYDÉMOMISHE ET POLYTHÉISME.
langage manque de termes généraux pou:
l'oiseau ou le poisson {'). — Il est vraisemb cette notion était également absente de 1' primitive. L*homme, cependant, à force de r les caractères identiques de certains objets, classer ces objets en des catégories idéale; tivement déterminées par les traits commu leurs membres; après quoi, l'observation de propriétés communes dans tout un groupe a conduit à la notion de collectivités pi encore dans leur compréhension.
Ainsi, de l'existence de traits communs à arbres groupés sur une certaine étendue, ou à l'existence de cette individualité collective désignons sous le nom de bois ou de foréi suite, à l'existence d'un génie forestier .qui l'ensemble des arbres. Ainsi encore, la simil épis a engendré la notion de blé, comme la nauté de leur destination a produit la a moisson; d'où la croyance à un génie du blë moisson. L'identité des eaux a inspiré la c( d'un élément liquide et, par suite, d'un dieu l'identité des flammes, la conception d'un igné et, par suite, d'un dieu du feu. La « ter même semble n'avoir été conçue, et par suil sée, que chez des peuples déjà parvenus à de développement mental; aux degrés inféi l'évolution, on divinise bien des îles, des m( des parties de territoire; mais l'esprit de gt
(') Encyclopœdia brilannica, bm moi Àtulralia, 1. 111^ |
144 ciupiTiiE m.
lion ne s'étend pas au delà d'une portion déterminée du sol.
Chaque membre de ces collectivités peut garder son individualité et, par conséquent, son esprit propre. Mais le génie de l'espèce, par le fait même qu'il régit l'ensemble, assume une autorité supérieui'e. Parfois, il est vrai, quand on a conçu la notion d'espèce ou d'élément, on se borne à répartir les esprits individuels en quelques grandes catégories correspondant aux objets ou aux phénomènes dont ils représentent le principe directeur. C'est ainsi que, chez les Botocoudos du Brésil, les Esquimaux, les Chinois, les Proto-Chaldéens, etc., comme dans les traditions indo-européennes, les esprits sont divisés en esprits des bois, des eaux, de la (erre, de l'air, etc. Il en est de même cHqz les Finnois; seulement, ceux-ci croient en outre à l'existence d'esprits généraux, les haltias, qui président aux destinées des espèces. Il y a les haltias du seigle, de l'avoine, de l'herbe, etc. Ces haltias occupent dans le culte une position entre les esprits ordinaires et les grandes divinités de la nature.
Une conception analogue a été constatée chez les anciens Péruviens ; ils croyaient que tous les animaux avaient au ciel un représentant chargé de veiller à leur conservation et à leur multiplication. Cette croyance se retrouve également dans l'Amérique du Nord. Chez les Iroquois, chaque espèce d'animaux, chaque variété déplantes avait son génie particutiei', et l'on y soutenait que le niiuiîtou, adoré sous forme de bœuf, n'était pas le bœuf lui-même, mais un manitou
l'OLVnÉMOMSME ET POLYTHÉISME. 143
de bœuf qui émit sous terre et qui animait tous les bœufs (').
M. Sayce, dans sa profonde et subtile analyse de la religion mésopotainienne, a montré comment Merodach, Èa, Mullil, et d'autres grands dieux du panthéon chaldéen, pourraient bien avoir été originairement le bœuf ou le taureau, le poisson, l'antilope, etc., vénérés, pour leurs services par les populations locales puis regardés comme le génie tutéiaire de l'individu ei de la cité, enfui confondus avec l'esprit des planètes et des principaux phénomènes f). Il ne s'agissait pas là évidemment d'un bœuf ou d'un serpent déterminés, mais des représentants de ces espèces.
Ce que les Rishis védiques adoraient dans leurs foyers^ ce n'était pas la flamme elle-même, mais le feu personnifié sous le nom d'Agni, qui, « dispersé en tout lieu, dit un hymne, reste un seul et même roi » (^. Chez les Grecs, Hestia était présente dans toutes les flammes et, chez les Romains, Ovide rapporte que, quand les dépositaires des vieilles croyances prenaient leurs repas autour du foyer, ils se figuraient en présence de la divinité elle-même {^),
Les dieux des collectivités humaines — depuis la famille jusqu'à l'État — ont été constitués en vertu du même principe que les génies des espèces. Tout groupe, même arbitraire, ayant une individualité distincte, a droit à une personnalité qui le représente et
I') DR BnossKs, Culte des <liciix fétiches. l'iiris, 1760, p. 59. (*) Religion ofÂitcieiil Babyloniam. iMadvcs, 1887, p. 280-500. tt Rùj Vet/a, II[,S5,4.
W Fimtes, t. VI, v. 300-310.
le dirige. Ici, toutefois, il semble plus rare que cette personnalité ait été créée tout d'une pièce, comme la Dea Roma. Parfois, ce rôle est dévolu au patron du principal membre ou de la principale famille, comme nous l'avons vu pour les fétiches de tribu chez les nègres. Ou bien, on en investit l'àme de quelque chef illustre, le héros de la tribu, le fondateur de la cité. Nous sommes en droit de nous demander si, parmi tous ces Baaiim qui se partageaient entre eux les villes et les petits Etats du monde sémitique, il n'y en avait point qui eussent réellement vécu sur terre avant de joindre au gouvernement posthume de leur cité les attributs ordinaires des divinités de la nature. Ou encore, on aura délibérément choisi, pour cette fonction, tantôt l'un des dieux qui représentaient le ciel, le soleil, la lune, oubliant que ces êtres divins luisent pour tout le monde, tantôt quelque puissance surhumaine également empruntée à la nature, mais plus susceptible d'appropriation nationale comme un génie d'espèce, un archétype d'animal. C'est ce dernier cas que nous constatons chez les peuples où règne le totémisme.
Je n'ai pas à m'arrêter sur cette étrange coutume, dont l'étude a été popularisée en Angleterre par de savants écrivains. Au point de vue religieux, on peut regarder le totémisme comme le culte rendu au génie d'une espèce par une tribu qui le tient pour son ancêtre et son patron. On doit remarquer que, même chez les Peaux-Rouges, le lotem ou dodaim n'est pas un
POLYDËMOniSHE ET POLYTHÉISME. 147
animal comme les autres, mais un individu idéal qui régît tous les représentants de son espèce, — a un manitou de bœuf qui était sous terre et qui animait tous les bœufs » .
Le mobile du totémisme, c'est, à mon avis, le désir de donner à la tribu un représentant de sa personnali té collective qui lui serve de protecteur et qui expl ique en même temps son existence distincte. Il est évident que, dans le choix du totem, comme dans le choix des fétiches, te hasard et même la fantaisie ont une large part. Toutefois, nous pouvons approximativement juger, par ce qui se passe pour l'individu, de ce qui a dû se passer pour la tribu. Tantôt, au moment de la naissance, les femmes de la famille nomment successivement plusieurs animaux et, pendant le reste de sa vie, Tenfant aura pour totem l'animal dont le nom est prononcé au moment où il jette son premier cri. Tantôt l'enfant lui-même, parvenu à l'âge de puberté, se rendra dans un endroit solitaire oij, après avoir offert un sacrifice, il choisira comme totem le premier animal qu'il verra en songe ou en réalité, et il scellera ensuite ce contrat en se tirant du corps quelques gouttes de sang f).
D'autre part, il est parfaitement admissible que des familles ou des tribus, désignées par un nom d'animal, en aient conclu à la longue que cet animal a dû être leur ancêtre et qu'il est resté leur prolecteur. Il n'y a là rien qui ne rentre dans les habitudes mentales et
('] Bancroft, The native Races of the Pacific States of America. Londres, 1875, t. I, p. 740-7il. — de Brosses, Culte des dieux félicha. Parie, 1760, p. 4647.
POLYDÉMOMSME ET POI.YTIIËISHE. 149
pince dans les cadres de l'orgunisation divine, ils ne soient irailés en ennemis, en rebelles, mis au ban de l'empire.
En même temps que se développe cette subordination, il s'opère parmi les dieux eux-mêmes un mouvement analogue de coordination. On en distingue un certain nombre, quelquefois déterminés par des cii-constances spéciales : trois (la triade familiale;, se/)t (les sept planètes connues des anciensi, neuf (les ennéades des Ëgypllens), douze ou treize (les mois du calendrier), trente-trois (peut-être, chez les Hindous, l'année, les quatre saisons et les vingt-huit jours du mois). Ces divinités spéciales, quel que soit l'èti'e ou le phénonièue qu'elles représentent, non seulement sont placées à la tête du panthéon, mais exercent encore une certaine autorité sur les rangs inférieurs de la hiérarchie divine et par suite peuvent être regardées comme régissant toute la société surhumaine.
Cette organisation est le résultat de la réflexion humaine qui ne peut laisser longtemps à l'état d'anai-chie le gouvernement du monde. Cependant, elle est moins le produit d'une spéculation philosophique qu'une déduction des exem|)les fournis par l'organisation des communautés terrestres. On peut observer, en effet, que les différents peuples la conçoivent et la développent dans la mesure où ils se rapprochent eux mêmes de l'unité politique.
La société divine modelée sur les sociétés terrestres.
L'idée de calquer la société divine sur leur petite communauté terrestre semble avoir tenté de bonne
D,i,-,,.0.L,CiOl")g[C
POLYDÊMONISME ET POLYTHÉISME.
tiennes sur le rôle de la divinité et de ses i qu'elles soient attribuables à un développen tané du spiritisme local, elles gardent quel d'anormal et de précaire, comme ces empii qui se font et se défont, d'une génération sur les points les plus divers de l'Afri qu'il en résulte le moindre progrès vers la tion d'une unité nationale et d'une centralisj tique, même dans les limites d'un territoire Le polythéisme, tel que je l'ai déânl, ne se véritablement que chez des races ayant le d'une unité nationale supérieure à la divisic lages et des clans, possédant un degré de ci permet la coordination des traditions reli:
surtout parvenues au degré de centralisât!
nistrative qui seul peut assurer la souvera pouvoir permanent.
Les Polynésiens, à l'époque de la découn sédaient une civilisation relativement avai panthéon des plus riches, où les dieux des étaient les héros d'aventures comparables ai grecs des temps pré-bomériques. On pt y distinguer les likis ou esprits et les dieux. Les premiers comprenaient cert maux, les âmes des morts, les esprits p:
des familles et des individus, les génies des enfin d'innombrables fétiches; les seco»
taient les dieux des corps célestes et d< mènes, auxquels parfois on attribuait égah formes animales, — du moins quand ils la terre, suivant l'explication que les Mangi
CilAPITItE III.
oolàtrie ('). — Ces dieux étaient en : à la Nouvelle-Zélande, le couple irmé de Rangi, le ciel, et de Pépé, la enfants : dieux des vents, des plantes, !S forêts, (les hommes, etc.; Tanga- I mer; Maui, dieu du soleil, une polynésien, et son aïeule, peut-être de la nuit. Aux îles Hervey, on trounnités cosmiques, comme Vatea, mi- !quin; des dieux de la mer et de la ciel; aux Sandwich, une déesse de la femme aux cheveux blancs »; à déesse du grand volcan local; enfin uerre, de la moisson, de la pêche, etc.
issance relative de ces divinités variait ts archipels et nulle part on ne voit t été subordonnés aux aiuas, ni même d'introduire parmi ces derniers une ilement absente dans cette multitude insulaires entre lesquels se pai'taipels polynésiens (*). ois comparé, pour l'état d'avancement ylhologie des Polynésiens à celle des ilefois, la subordination des esprits iffirmer, en ce sens que les esprits
thi anil soiigs front IliC South Pacific. Londres,
ligion (les Polynésiens, Ai.brrt Réville, Tieligiom itisés, t. Il, chap. Il il VI. — Sir GEOmiES Gbeï, gy. Lonilres, 1855. — \V.-\Y. Gti.i-, Mijlhx iiiid Ut Pacifie. Lonilres, 1876. — Wii.i.i.ms *nd C.vt.- Vrfjfltiï. Londi-es, 1870.
POLYDËMONISHE ET POLYTHÉISME.
sation mythologique poussée assez loin, l'échelle, les Géants, les Elfes, puis les Vanii Ases ou Aesir, répartis dans une organi répond assez bien à celle de la société ge Odin, qui dirige le conseil des Ases, n'est, des chefs germains parmi les hommes lib président de république. Son pouvoir et égalé par Thor et même par Loki, avant que devint un esprit rebelle.
Chez les Grecs de l'époque homériq céleste est plus directement encore cah modèle de l'Ëtat terrestre. Les grands die pondent aux rois locaux, dont la réunion e par le Roi des Rois, de même que l'assf Olympiens se réunit sous la présidence de pouvoir de ce dernier sur ses divins collé que clairement établi, en ce sens qu'il peut . plus fort des dieux » ('), n'est pas plus absol d'Agamemnon sur ses alliés. D'autre part, 1 populaire des hommes libres, l'Agora, a partie dans la convocation de tous les é^ pour apprendre ta volonté de Zeus. On p< — de même que la Grèce n'atteignit jamai tique, à l'unité nationale — que tous les efl philosophes ne réussirent pas à faire pass théologie courante une conception plus i l'unité divine.
Il est très difficile de reconstituer le culte avant les premiers développements hist<
(') Iliade, VIII, 17.
POLYDËHONISHE ET POLYTHÉISME. 1S9
Graduellement, on mit un peu d'ordre dans la multitude des dieux (des passages parlent de 65,000 divinités), par des groupements en triades dont les membres variaient avec les localités, les provinces ou les Etats : c'étaient tantôt Anou, l'ancien Ana, dieu du ciel, Bel et Ëa, devenu le dieu de l'Océan; — tantôt Sin, dieu de la lune, « le dieu des dieux », Shamas, dieu du soleil, et Rimmon, dieu des vents. — Mais ces triades mêmes semblent plutôt une juxtaposition de divinités qu'une combinaison tendant à l'unité. Il en fut autre* ment chez les Assyriens, qui formaient surtout une monarchie militaire dont le type se reflète dans l'organisation de leur monde divin : au bas de l'échelle, l'armée innombrable des esprits; puis les dieux, qu'on peut assimiler aux officiers et aux fonctionnaires de l'empire; au-dessus d'eux, les divinités principales, au nombre de trente-six, de treize, de douze ou de sept, suivant les inscriptions; ce sont là comme qui dirait les ministres et tes généraux d'Assour, lui-même archétype céleste du tout-puissant despote qui préside aux destinées de l'Assyrie.
Les populations syriennes nous offrent un type de religion sémitique moins altéré que le culte assyrien par le contact des croyances proto-chaldéennes. Ce n'est pas, à la vérité, le monothéisme qu'on a cru longtemps propre au génie de la race sémitique, mais c'est presque une monolâtrie, en ce sens que souvent on y trouve un dieu local, regardé comme suprême et aussi élevé au-dessus des autres dieux que ceux-ci le sont au-dessus des esprits. Il y a, toutefois, lieu de distinguer ici entre les populations du littoral, oii la facilité
POLTDÊHONISHE ET POLYTHÉISME. l6l
plissant tous les emplois du gouvernement et de la domesticité. Jahveh lui-même, le Jahveh Sebaotb, dieu des armées célestes, était entouré d'un véritable divan dans lequel siégeaient en première ligue, suivant l'expression de M; Renan, une sorte de séraskier, ou généralissime, l'archange Michel, et un grand vizir, le Melek, l'ange chaîné de communiquer avec les hommes; puis les autres anges, les séraphins, les chérubins.
La conception du monde surhumain ne devait guère diffërer de ce type chez les Philistins, les Hoabites et les autres peuples, plus ou moins indépendants, de toute la région syrienne qui confinait au désert, voire dans certaines cités de la Phénicie. A Beyrouth, on vénérait particulièrement les sept Gabires, probablement des divinités planétaires. II arriva un moment où l'on plaça au-dessus d'eux le huitième (Eshmoun), qui devint te dieu principal, soit que sous ce nom se cache une divinité de la nature, soit que nous devions y voir une création de la spéculation théolt^ique (*).
Les sociétés diTines des Aztérnes et des tncas.
Le nouveau monde, à l'époque des premières invasions européennes, présentait tous les degrés d'organisation religieuse, comme tous les types d'organisation sociale. A côté des formes rudimentaires qui ont persisté jusqu'à nos jours dans les coutumes et les croyances des anciennes populations aborigènes, on trouvait des nations policées aux différents stages du
(') TiELE, Retigiottt de l'Egypte et des peuples sémitiques, p. 307.
POLYOÉMOSISME KT ['OLÏTIIÉISME.
La société divine chez les Chinois.
Dans la religion officielle de la Chine, le parallé' lisme dont je viens de donner tant d'exemples esi pousse' plus loin encore. Non seulement nous y trouvons, dès les plus anciens temps, l'Etat divin étroite ment imité de l'État terresli'e, mais encore les diflférents degrés de leur organisation respective soni strictement en rapport les uns avec les autres. En lête, Chang-ti, l'empereur céleste, qui veille aux intérêts généraux du monde. L'empereur terrestre, le « fils du ciel », reste son mandataire pour le gouvernement des hommes, et il se trouve, en outre, exclusivement chnrgé de présider au culte réclamé par son mandant. De même, les plus hauts fonctionnaires offrent le culte aux grands esprits de la nature; les gouverneurs des provinces et des cités, aux principales divinités locales de leurs circonscriptions respectives; enfin le père de famille, aux mânes de ses ancêtres et au commun des esprits. Confucius déclare que les fonctionnaires de l'État sont des employés du ciel, tout comme le Li-ki proclame que les esprits sont les fonctionnaires de Cliang-ti.
Il est intéressant de constater que, partout, on avait conscience de ce parallélisme spontanément établi entre le royaume céleste et les États terrestres. Mais, par une illusion d'optique, c'était la société humaine qui semblait le décalque de l'Ëtai divin.
DUAUSHE.
§ I. ^ — La lutte pour Cordre.
Nous venons de voir les dieux constitués en société à l'instar des hommes. Quel sera l'objet de cette organisation, le but qu'elle se propose, j'allais dire sa plate-forme?
Alliance contractuelle avec lesâtreB surhnmains.
Ce sera d'abord l'intérêt de ses membres. Les dieux poursuivent leur propre bien et ils ne se font pas faute d'afficher naïvement un égoïsme façonné sur celui de leurs fidèles. Cependant — et c'est là pour nous le point important — le bien des dieux peut, de diverses façons, s'accorder avec celui de leurs adorateurs.
D'une part, ceux-ci peuvent avoir contracté avec leurs dieux une alliance fondée sur la réciprocité des services. D'où cette double conséquence, d'abord que les dieux seront intéressés à la prospérité et à l'agrandissement de la nation qui les aura adoptés, en second lieu, qu'ils se trouveront en opposition avec les dieux des nations voisines, chaque fois que leurs sujets respectifs entreront en conflit. Déjà les sauvages mon-
D,i,,,...L,CÎOOg[C
ù se ineUre sous la protection Je e leurs ftitiches, pour se déietidre s défunls et des fétiches appartenant iiesjs'ils rangentquelquefois parmi ililes loiis les esprits en général, rs, plus ou moins indépendants et tent l'étranger et, partant, l'ennemi.
e, ce ne sont plus des puissances nthéons, organisés par nations ou lions, qui sont ainsi mis en préons entre ces communautés sûrement taillées sur les rapports de stres.
régulatrice da la diviiiité.
ytliologie favorise un nouvel ordre amène directement les dieux à 'homme ou du moins n organiser nécessaires à la conservation de ssement de l'ordre dans la nature, ythologie la transformation des Is ou des événements abstraits en Elles qui sont mises au compte
ns mon plan d'exposer les règles r à l'interprétation de la mythoj de discuter à fond les vues des ni respectivement trouver dans liques, les unes, un oubli du sens ts autres, une déformation de l'hisre, une production purement fan-
D,i,-,,.o.L,CiOl")g[C
DUALISME. 1ti7
taisiste do l'imagination sauvage. Le fait certain, — qui se trouve à la base de tous les mythes, — c'est que l'homme tend à personnifier les détails, ainsi que les forces de la nature, et qu'il attribue à ces person' nalités iinaginuires le don de se comporter comme des personnes humaines, mais avec des facultés indéfiniment agrandies.
Dans le naturisme, c'est-à-dire»tant que les objets personnifiés apparaissent comme le corps d'un esprit qui agit par leur intermédiaire, on peut se borner à dramatiser les plus caractéristiques des rapports réels entre ces objets. L'orage sera conçu comme une lutte du ciel ou du soleil contre les nuages; l'occultation des astres sera leprésentée comme leur engloutissement par un monstre; la création sera atlribuée à une union ou même à une séparation originaire du ciel et de la terre; etc.
Peut-être la formation de ces premiers mythes a-t-elle été précédée d'une période où l'homme se flgurait simplement les manifestations de la nature par des analogies isolées qu'il tirait de sa propre expérience. C'est ainsi qu'avant de se représenter l'orage, soit comme le mariage du ciel et de la terre, soit comme le combat du soleil contre le nuage, avec ce luxe de détails qui fait le charme des mythologies indo-européennes, on a dû s'imaginer la pluie comme la chute d'une semence, la production des récoltes comme un enfantement, les nuées comme une armée de monstres ou de géants, le soleil comme un être qui lance des traits, l'éclair comme une arme céleste et le tonnerre comme la voix d'un combattant invisible ou
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CR&PITBE IV.
Des au haut des cieux. Ces éléments myat pour ainsi dire à l'état fruste cbez les l'imagination est trop pauvre, — comme lois — ou trop désordonnée, — comme ;res, — pour grouper ces conceptions ; dans des vues d'ensemble. Mais ailleurs, aent bientôt pour former de véritables 'istes, comme ceux dont nous trouvons i dans les plus anciens textes religieux s, des Egyptiens et de tous les peuples as.
)ar suite des progrès de la réflexion arrive à une conception plus juste de ité des choses, il semblerait difficile de jouer aux corps célestes ou aux objets rôle de personnes quasi humaines. Mais oublier que la personnalité de ces objets ru : elle a simplement quitté son enve régir du dehors. Ainsi, d'une part, elle mciens attributs et ses anciennes rela- ! part, plus sa physionomie nouvelle se [le la forme humaine, et c'est généraleplus elle se prêtera à figurer dans les dont la vie de l'homme présente le L-ce pas en Grèce que les divinités de la it le plus rapprochées du type humain comme au moral? Or, n'est-ce pas là aythologie a pris le plus d'extension et î d'influence?
peu à peu, quand on aura rompu les ichaient les esprits des choses aux choses
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elles-mêmes, on se laissera entraîner à prêter à ces êtres surhumains des actes qui n'ont plus rien de commun avec les relations des phénomènes entre eux. Les dieux tendront à se transformer en personnages historiques, englohant dans leurs aventures les exploits de héros réels et même les créations de la fantaisie populaire. Le mythe rentrera dans le conte ou dans la légende. Ou encore, il tendra à se ûxer sur le premier personnage venu, au point qu'on ne sait plus si l'on se trouve devant un dieu transformé en héros ou un héros transformé en dieu.
Rapports de la mythologie et de la religion.
On a pris prétexte de ces altérations pour distinguer entre la mythologie et la religion; c«IIe-ci comprendrait les sentiments que l'homme nourrit à l'égard de ses dieux; celle-là, les histoires qu'il admet sur leur compte ou plutôt les faits et gestes qu'il leur prête. Mais les sentiments qu'on porte à quelqu'un ne dépendent-ils pas en grande partie de l'idée qu'on se fait de sa nature, de ses dispositions, de ses procédés, c'est-à-dire précisément de tout ce que la mythologie révèle sur les dieux?
S'il y a une distinction à faire, — et j'y serais assez disposé, considérant le peu d'influence qu'un grand nombre de mythes exercent sur le sentiment religieux ou sur le culte, — c'est que toute une catégorie de mythes se bornent à satisfaire la curiosité de l'homme, sans affecter ses rapports avec les dieux. Tels sont notamment les mythes qui prétendent expliquer l'origine première des phénomènes sans s'occuper de leur
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développant leurs forces par ses offrandes et ses incantations, enfin en s'abstenant des actes qui pourraient entraver ou affaiblir leur action. D'où un lien de pins entre l'homme et ses dieux, qui se sentent combattants de ta même armée, champions de la même cause.
Progrés et régnlariBation dn dnalisme natnriste,
Le dualisme naturiste se montre encore peu développé chez tes peuples qui en sont à la première phase du polythéisme, tels que les anciens Mexicains, les Polynésiens, les Finnois. Chez les Proto-Chaldéens, il se révèle moins dans la sphère des phénomènes naturels que sur le terrain de la lutte journalière à soutenir par l'homme contre les mauvais esprits, particulièrement les esprits de la maladie. Cependant la mort de Tammouz, la descente d'Istar dans les enfers à la recherche de l'amant qu'elle a perdu, les incidents de sa querelle avec sa sœur Allât, reine du monde souterrain; d'autre part, la légende du déluge, le combat du dieu lune contre les sept mauvais esprits, sans compter le récit même de la création, prouvent bien que le dualisme naturiste n'était pas entièrement absent de la mythologie assyro-chaldéenne. Il faut remarquer que les sept mauvais esprits, placés à la tête de la milice infernale, représentent les sept vents principaux, et que les grandes divinités, invoquées pour leur tenir tête, sont incontestablement des divinités planétaires, ou du moins des personnifications de phénomènes naturels. Selon M. Sayce, les textes conservent la trace d'une époque où tous les êtres sur-
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ITf CHAPITaB IT.
humains étaient à la fois bons et mauvais; ce serait graduellement que les Ghaldéens en seraient venus à séparer les deux faces de ce caractère mixte, pour faire des dieux supérieurs les dispensateurs de tous les bienfaits, alors que les esprits inférieurs assumaient exclusivement te rôle d'agents malfaisants (^}. Chez les Égyptiens, on comptait originairement trois espèces de divinités : les dieux des éléments, les dieux des morts et les dieux solaires. Les premiers, tels que Sib et Nout, ne jouèrent qu'un rôle effacé dans le culte; les seconds, Osiris en tête, furent graduellement assimilés au soleil couché ou souierain, et ainsi toute la religion égyptienne devint, selon l'expression de M. Pierret, un drame solaire (*), c'est-à-dire qu'elle se concentra tout entière dans la lutte de la lumière contre les ténèbres, et, par extension, de la vie contre la mort. — Les dieux lumineux montent de compagm'e dans ta barque solaire, « la bonne barque des millions d'années ». Ils y sont rejoints par les âmes des justes, assimilées elles-mêmes à Osiris. Un Horus se place au gouvernail ; un autre à la proue, la lance en arrêt. Les rames sont tenues par les Akhimou Ourdou, « ceux qui ne cessent jamais d'exister », et par les Akhimou Sokou, " ceux qui ne sont jamais détruits ». Cependant l'embarcation quitte les champs lumineux du ciel pour s'avancer dans les régions obscures du monde souterrain. A la sixième heure de la nuit s'engage le combat quotidien où le serpent Apap, avec toute son armée de monstres, essaye d'arrêter le cours de la
(') Religion ofancient Babyloniam, p. 205.
()) Paul Piebret, te Panthéon égyptien. Paris, 1881, p. ït.
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barque. Mais les dieux de lumière renversent tous les obstacles : Rà triomphe, k A|>ap est anéanti »; et c'est pourquoi le soleil se lève chaque matin, avec un nouvel éclat, sur l'borizon de l'Egypte reconnaissante Ç). C'est le même dualisme qui apparaît sous une forme quasi historique dans le mythe osirien, tel que celui-ci est reproduit par Hérodote et qu'il se retrouve, sous des traits encore plus anthropomorphisés, dans les inscriptions du temple d'Edfou 0-
On connaît l'importance qu'avait prise, dans le culte des Syro Phéniciens, les véritables représentations scéniques où l'on reproduisait la passion d'un dieu tour à tour immolé et ressuscité. En Phrygie, c'était Attis qui, mutilé par la jalousie de Cybèle, puis transformé en un arbre au feuillage persistant, se réveillait de sa léthargie hivernale au commencement du printemps. — A Byblos, c'était Adonis qui, tué par un sanglier, était rappelé à la vie par son amante, la divine Astarté. S'il faut en juger par les dates oii se célébraient respectivement tes fêtes de sa mort et de sa résurrection, Adonis, chez ces populations syriennes, qui souffraient surtout des ardeurs de l'été, représentait le ciel printanier qui était mis h mort par te soleil ou le ciel brûlant, et qui renaissait, pour ainsi dire, aux approches de l'automne, alors que la nature féconde retrouvait l'amant perdu (^.
(') G. MtsPËHO, Histoire ancienne des peuples de l'Orient. Paria, 1886, p. 380 et suiv.
{') H. BfiuGscH, Die Sage von der geflûgelten Sonnensckeibe, dans les Abhandlungen der Konigl. Geseltschaft der Wissenschaften. GottiDgen, 1868-1869.
{') C.-P. TiKLE, Histoire des ancienne* religiom de l'Egypte et de* peuple* aémitiques.Paxia, 1883, liv. III, chap. IV.
CHU>lTnE IV.
les Grecs, la religion des mystères trahît neil'influeiice des religions orientales. Mais, sous climat de l'Hellade, le génie aryen avait conçu vers une vue trop sereine et trop harmonieuse complaire aux tragiques émotions des cultes es. C'est à l'origine des choses qu'il se plaît à r le combat contre les forces chaotiques de la Les Titans sont enchaînés pour toujours dans nébreux cachots, et, n'était la prédiction menaun Froméihée, rien ne viendrait plus troubler ude olympienne de Jupiter. Cependant, la reliecque, quand elle eut franchi ses frontières, p s'assombrir; et, sous l'influence des théories i5tes,le Sa{[:tuv,qui anciennement signifiait simt un esprit, parfois même le bon génie de e, comme au temps de Socrate, était devenu blement un synonyme de la puissance maule démon dont le christianisme accueillit le vec cette acception nouvelle, pour l'appliquer à ible des divinités païennes.
les Germains, il est facile de constater que le le s'est également accentué avec le développe le la religion. Les géants de la Gelée, le loup
le serpent Nidhugr, qui ronge les racines de
du monde, furent de tout temps des esprits lanls Mais l'organisation de l'armée des ténè-
des frimas n'est complète que quand Hel et it pris place à sa tète, pour la conduire à l'allés Ases. Or, Hel et Loki étaient primitivement
sous des traits moins antipathiques. Hel, la du crépuscule, avant de devenir la déesse qui
DUALISMK. 17S
enchaîne les moils et terrifie les vivants, occupait, comme le fait observer M. Tiele, une placed'autant plus élevée qu'on remonte à des temps plus éloignés ('). Quant à Loki, le dieu du feu, il avait été d'abord le frère et le compagnon d'Odin; il avait même rendu des services signalés aux dieux dans leur campagne contre les géants. Mais il finit par être regardé comme le père des puissances mauvaises; c'est lui qui dépouille de ses parures la déesse de la terre, qui dérobe à Thor son marteau fertilisant et qui cause la mort de Baldur le bon soleil.
Chez les Hindous, le dualisme assume un rôle plus important encore dans le culte comme dans la mythologie. On y rappelle sans cesse comment Indra, Agni, Vishnou, lesMaruts livrent combat au serpent Abi — surnommé tour à tour « Vritra » celui qui enveloppe, Ci Cousbna » celui qui dessèche, « Oàsa «celui qui tue — pour la délivrance des vaches ou des épouses célestes, c'est-à-dire des eaux retenues captives dans les cavernes de la nuée. Ailleurs, c'est le feu, l'aurore, le soleil, qui sont l'enjeu de la bataille. La destinée des asouras, ou plutôt du nom qui sert à désigner ces personnifications des influences mauvaises, atteste bien le progrès, ou, si l'on veut, ta régularisation du dualisme chez les Hindous, à mesure que se développait leur mythologie. Au début, le terme d'asoura [être ou esprit) s'applique indifféremment aux êtres bons et mauvais. Varouna est même, dans les Védas, l'asoura par excellence. Au contraire, les devas des chants
('} Manuel de l'histoire des religions, trad. Vernes. Paris, 1885, p. 275-276.
CHAPiraE lY.
lent parfois un rôle démoniaque, quand on ; voir retenant eux-mêmes la lumière ou C'est dans les bralimanas et les pouranas, is d'un temps postérieur, que le dualisme ipogée, quand on représente les devas d'un uras de l'autre, se disputant la possession l'eau céleste qui assure la fécondité de la mortalité des êtres (*).
'ibue le zoroastrisme à une évolution natucienne religion indo-éranienne ou à une dente contre le naturisme dont les Védas insmis les plus anciens vestiges, toujours ous trouvons, là aussi, un dualisme qui ir considérablement depuis la séparation luples. On peut dire que, dans aucune reliété poussé plus loin. En face d'Ormuzd et Lirhumains qui se groupent autour de lui, enir tout ce qu'il y a de bon dans le ressent Ahriman et ses daevas,dont le but ecarrer absolument l'œuvre du Seigneur soit en détruisant ses créations, soit en à leur tour des contre-créations parallèles, lion est complète. Non seulement nous ■ésence deux hiérarchies exactement taillur l'autre, mais encore cette correspon-
, La religion védique (taprèt les hymnes du Rig Téda. III, p. 78.
:e religieuse, reproduite par Moor dans son Hittdu i9), représeote, d'après les données du Ràmùyana itlcment de la mer de lait ou de l'océiiD primordiut, au lotagoeMandara.que le serpent Vâsùki entoure «u guise levas tirent une de ses extrémités et les asouras l'autre.
(lance s'élend à tous leurs actes respectifs, et ce sont tous les détails de la nature qui sont répartis entre les deux pouvoirs. Rien de mixte, de neutre, d'équivoque. Tout ce qui ne relève pas d'Ormuzd procède d'Ahriman. Si un être ou un phénomène ne trouve point sa contre-partie dans les forces antagonistes de la nature, on lui en inventera une par abstraction, et ainsi peut-être s'explique le singulier mélange de génies abstraits et de divinités naturelles qui caractérise le système religieux des Perses {').
Il n'est pas jusqu'à.la religion juive qui n'atteste, au cours de son développement, une accentuation du dualisme. Dans les premiers temps, on n'y connaissait pas d'être surhumain en opposition avec Jahveh. A côté de lui — en dehors des dieux étrangers — il n'y avait guère que des esprits subordonnés au dieu suprême, tels que les anges, les séraphins, les chérubins et ces Bent-Elohims ou fils de Dieu qui, selon le livre de Job (I, 6), venaient de temps à autre faire leur cour à l'Éternel. Même Satan n'était qu'une sorte de ministère public, de juge d'instruction, d'agent provocateur qui, pour tourmenter ou tenter l'homme, devait obtenir la permission de son maître. Ce fut seulement assez tard qu'on voit les anges révoltés s'organiser, sous sa conduite, en armée des ténèbres, pour lutter contre la milice céleste sous la direction de Jahveh, et on peut se demander jusqu'à quel point ce phénomène n'est pas dû aux influences de la démo-
(') Voy. i. DÂnuESTETEn, Ormazd et Àhriinan. Paris, 1877, part. Il, chap. VI.
e éranienne. Jahveh apparaît entouré des six iges, comme Ahura Mazda entouré des six Âmplods; et, de même que dans la mythologie éra- :, l'introduction du mal et de la mort sur terre t l'œuvre des esprits révoltés, mt remarquer que si le dualisme s'est ainsi ce à mesure que la religion s'organisait, nulle I n'a abouti à mettre sur un pied d'égalité e les puissances du bien et les puissances du oire à admettre, pour ces dernières, la possibii triomphe final. Même dans la religion des , Ahura Mazda est antérieur à Ahriman, et il rvivra. Trois mille ans après Zoroastre, les is esprits seront anéantis, tandis que les justes t se réaliser le règne déûnitif du Seigneur lient, où le désordre et le mal seront bannis de
La notion d'ordre cosmiqne et l'idée de loi.
; confiance dans la permanence, le retour ou npbe des forces qui ont assuré le développectuel du monde, finit par prendre, dans l'esprit 1, la forme de l'idée de loi et par aboutir à la tien d'un ordre naturel, que maintiennent les [Ces surhumaines.
rons-nous, si c'est possible, l'état mental des ; enfants, quand ils commencèrent à réfléchir g;rands phénomènes de la nature. A leurs yeux, vait là que hasard, caprice, tout au plus habis n'étaient jamais certains que le jour, une fois
évanoui, reparaîtrait le lendemain, ni que l'été reviendrait après l'hiver. — Si, à chaque printemps, le soleil se rapproche après s'être éloigné, si la lune reprend chaque mois sa forme disparue, si' la pluie vient mettre an à la sécheresse, si le vent s'apaise, c'est que ces phénomènes le veulent bien; mais qui sait s'ils le voudront et le pourront toujours?
Ixs Abipones, qui croient leur race engendrée par la constellation des Pléiades, s'imaginent, quand elle descend sur l'horizon aux approches de l'été, que leur grand père est malade et ils célèbrent avec grandes démonstrations de joie sa réapparition en automne('). Nous trouvons ici l'explication des fêtes qui, chez les peuples anciens, accompagnaient la renaissance du soleil au solstice d'hiver et qui se sont perpétuées jusqu'à notre époque dans nos traditions populaires.
On n'est pas même sûr si l'être qui reparaît à intervalles fixes est toujours le même. Chez les Bechunanas de l'Afrique méridionale, ou ne dit pas que le soleil se couche, mais qu'il meurt f). Notre terme de Noël remonte, par le dies naiatis solis imicti de l'antiquité païenne, à une époque oîi l'on devait croire que le soleil renaissait chaque année. Aujourd'hui encore, ne parlons-nous pas de nouvelles lunes, en témoignage du temps où l'on pensait qu'il y en avait de vieilles |^)? Chez certaines tribus de l'Australie, on
(') DoBBiziioFFER, Historia rfeJ6i/>oni6it«. Vienne, 1781, t. [I,p.77.
(*) Max Mulleb, Essais sur la mythologie comparée, trad. Pebrot. faris, 1875, p. 188.
{*) Dans le pays wallon, on raconte aux enfants que les étoiles »ont faites avec des morceaux de vieilleslunes.(Ou»lionnatrec{ËFo/A-i.ore. Liège, 1890, p. 67.}
CtlAPITItB IV,
raconte que le soleil lue la lune tous les mois. Les Bassoutos sont, sous ce rapport, plus avancés; car ils (lisent qne le soleil poursuit, chaque mois, la lune et la inange peu à peu, mais qu'elle est assez adroite pour séchapper, quand elle est réduite à l'état de simple croissant, et qu'elle peut ainsi reprendre graduellement sa forme première (').
Peu à peu, cependant, certains peuples constatèrent, par le rapprochement d'observations maintes fois répétées, que les jours et les saisons se succèdent à intervalles réguliers; — qne le soleil, la lune, les astres reparaissent périodiquement sur les mêmes points de l'horizon et fournissent invariablement la même course; — que toujours l'orage met un terme à la sécheresse et l'azur remplace les nuées. Cette constance finit par rassurer l'homme. Il se dit que les phénomènes, pour agir ainsi, devaient avoir des raisons supérieures, puisées, soit dans une inaltérable alTection pour les créatures, soit dans tes nécessités de leur propre existence, et ainsi il se trouva amené — dans un acte de foi où la religion a précédé la science — à envisager le cours des phénomènes célestes comme une voie tracée une fois pour toutes. Alors naquit dans son esprit la piemière notion d'un ordre naturel où le passé est garant de l'avenir. C'est cette voie immuable que les Aryas de l'Inde ont qualifiée de Rila f|, — les Perses,
(I) AfBEnT Réville, Religions des peuples non civilisés, t. 1, p. 145, etl. Il,p. 131.
, l^j M\x Stir.i.ER, Origine et développement de la religion éludiis à ta lainière des rcligiong de l'Inde. Paris, 1879, p. 230,
Tao ou de Tien (*), — les %
I à an ordre naturel.
!r combien celte noiion, rte, si matérielle qu'elle e à l'esprit humain, sous î l'univers. Il est certain le le développement de
phénomènes par une . êtres surhumains est décourage, romme nous
non civilisés de notre le rechercher les causes Mais, quand, au lieu ritasques et arbitraires, lumains qui gouvernent 1 seulement il n'hésitera ide rationnelle des faits, ; d'autant plus d'empreseau moyen de démonice divines. En faisant
Ihriman. Paris, 1877, chap. I, jucr que l'Axha comporte chez >us, la double acception d'ordre il conclut que cette notion esl aniens. M. Max Millier, remonr qu'elle a pris naissance avaût
tokc, p. 102, 120, 157, 138. —
Leipzig, 1891, p. ^7.
suiv. — EuG. GRÉnAiTT, Hymne
les places indiquées » ('} et Heraclite formule la même pensée à propos d'Hélios. Mais il faut observer que cet ordre lui-même est regardé comme l'œuvre d'agents personnels, sur qui la vénération se reporte aussitôt avec une intensité multipliée par l'agrandissement de leur rôle. Le problème de l'Auteur des choses ne fait, en somme, que se déplacer.
Qui a mis l'ordre dans la nature?
Nous avons vu que les Incas adoraient te soleil, qu'ils regardaient comme leur père et leur premier législateur. Cependant, Garcilasso de la Vega raconte que l'Inca Vupanqui aurait tenu le langage suivant pendant l'inauguration du grand temple de Cuczo : " Si le soleil vivait, il se fatiguerait; s'il était indépendant, il visiterait d'autres parties du ciel. Il est, au contraire, comme un animal domestique qui fait sa tournée quotidienne sous l'œil d'un maître; il est comme une flèche qui doit se rendre oii on l'envoie et non oii elle veut aller f). » Le même auteur prête encore un langage analogue à un successeur de cet Inca, Huyana Capac : « En vérité, aurait-ïl proclamé dans une fête officielle, notre père, notre seigneur, le Soleil, doit relever d'un autre seigneur plus puissant que lui, car s'il était souverain seigneur des choses d'ici-bas, il y a quelque apparence qu'il se reposerait quelquefois pour son plaisir f). »
0) Rig Véda. (Il, 50, 12.
(*) Gàrcil&sso m LA Vega, Histoire des Incas. Amstcrduin, 1715, t. Il, p. 295.
(») Ibid., t.II, p. 396.
plus Sdèles à la conception dominanli à propos d'Osiris : « H maintient l'ordre è ei met le 61s à la place de son père. » 1 brahmanisme, comme nous venons de le ' à Varouna la création du Rita, le boi reconnaît dans l'univers que l'action à résidu des actes, c'est-à-dire l'enchaînem et des causes. Dans les écritures bouddh le chef des trente-trois dieux qui habit védique, se déclare impuissant à agir con quences du Karma (*). Ainsi, chez les Gr est supérieure même à Zeus, mais ceti s'affaiblit à mesure que la volonté d rOiympe devient plus constamment en h les exigences de l'ordre universel et il vi moment où Cléanthe pourra s'écrier dar à Zeus : « O Zeus, cause première de 1 conduis toutes choses suivant une loi {*)!
On voit si cette assimilation de l'ordr l'ordre divin — le règne de la loi dans des faits observables — implique, comn tenu dans des jugements superficiels, un vers l'athéisme. En réalité, elle conduit, à proclamer un principe rationnel de l'i
{*) S. Beal, dans Religious Systems of the World. L< (!) Dans les Êglogues de Slobbée, ëdit. Heeren, 1. 1 M. Jules Girahu signale à juste lilre. dès les temp tendance à taire des dieux, en vertu de leur esseï représentants de la stahilité, de la durée, des princii sensibles ou cachées du monde ». Le sentiment rei d'Uomère à Eschyle, 2* édit. Paris, 1879, p, 52.
déji : Nfi/iot i Xz>tÛ> fianliui Sx'iruv t! lat aSioHrûv.
§ 2. — La lutte pour te bini.
De rimmoralité dos mythes.
Gomment des peuples qui professaient des tivement avancées sur la nature et les fond divinité — par exemple les Hindous et les pouvaient-ils admettre; à propos de leurs « histoires aussi absurdes et aussi grossière récits de leur mythologie? Comment surtou pies qui avaient des mœurs assez pures, c Germains, pouvaient-ils attribuer à leurs vices et même des crimes dont ils eussent r eux-mêmes? Les vues que j'ai développées pitres précédents permettent déjà de rép partie à cette question. Gertains faits — t< destruction du crépuscule par le soleil; ment des nuages par le vent; les relations a du ciel avec l'atmosphère, la terre, la m rore, etc. — qui n'ont en eux rien de d'immoral, alors même que le langage les q respectivement de parricide, de vol, d'adult revêlent un tout autre aspect quand les ( quels on les attiibue ne sont plus regardés ci corps célestes et des objets naturels, — perso non, — mais sont tenus pour des héros à ph;
CHAPITRI^ IV.
juasi humaine, vivant dans une société elle do l'humanilé.
[Ration s'était déjà présentée à l'esprit des ainsi que,dès le vi" siècle avantnotre ère, Rtiegium enseignait que les guerres des nt le conflit des éléments. Socrate expli- Oritliye avait été enlevée par Borée, c'est été précipitée des rochers par le vent du me, dans l'Inde, un vieux commentateur, lus expose en ces termes le rôle que la tandaleuse prêtait aux dieux védiques :
iconte que Prajâpati, le seigneur de la violence à sa fille. Que signifie cela? Praigneur de la création, est un nom du 'appelle ainsi parce qu'il protège toutes Sa fille Ushas est l'aurore. Et quand on éprit, cela signifie tout simplement qu'au r le soleil court après l'aurore, celle-ci i en même temps la fille du soleil, parce e quand il s'approche. De même, quand Ira fut le séducteur d'Ahalyâ, cela ne veut 'il commit un tel crime, mais Indra est le alyâ est la nuit, et, comme la nuit est éanlie par le soleil du matin, il en résulte ipelle le séducteur d'Ahalyâ ('). »
s, nombre de mythes et surtout d'épisodes e se laissent pas aussi facilement ramener métaphores. Lorsqu'on a fait, en mythort de l'interprétation naturiste, on se
urit textt, part IV, chap. 1, p. 2.