DUALISME
trouve devant un résidu qui représente ta part de la fantaisie populaire. Pourquoi, ici également, l'imagination s'esl-elle donné libre carrière dans un sens réprouvé à la fois par ce que nous regardons comme la raison et la morale? L'école anthropologique explique cette anomalie en faisant remonter la Formation des mythes à une époque où leurs auteurs n'avaient pas dépassé le niveau intellectuel et moral des sauvages actuels. M. Andrew Lang a particulièrement contribué à mettre cette conclusion en lumière par la comparaison qu'il a faite de la mythologie classique avec les traditions des peuples non civilisés dans les deux hémisphères ('). On ne peut assez insister sur ce point que le dieu des sauvages est simplement un chef ou un sorcier idéalisé. Pourquoi, dès lors, ne se comporterait-il point comme ses adorateurs supposent que se conduirait un chef ou un sorcier doué de facultés plus développées?
Mais, si cette théorie rend compte des absurdités et des crudités qui amènent des générations plus cultivées à rougir de leur mythologie, elle ne nous dit pas pourquoi les auteurs des mythes ont prêté à leurs divinités des actes que, même à leur point de vue de sauvages, ils jugeaient blâmables ou dégradants. La seule explication possible, c'est qu'au début de l'évolution religieuse, la morale n'a rien à voir dans la conception des dieux; — l'éthique et la religion sont absolument indépendantes l'une de l'autre.
(') Voy. principalement son ouvrage, Myth, Ritual and Beligion. London, 1881.
CIIAPITRI^ IV.
» originaire de la morale et de la religion .
à discuter ici les origines de la morale.
t la théorie qu'on professe à cet égard, ertaio, c'est que, même au sein des peu-
primitives, le droit du plus fort a pour les obligations consacrées par la coula violation entraîne' tout au moins la ique, en même temps qu'elle soulève le le sentiment d'une injustice. Sans
reste, il n'y aurait pas de société pos- 's de la famille, où, à la rigueur, Taule suffît pour niaintenirles liens sociaux.
s peuples diffèrent grandement dans la :e qu'ils entendent par le bien et le mal,
a point qui n'admette la distinction en )ui ne déclare qu'il faut faire le bien et
1 de commun avec la croyance à des êtres ant l'appui, quand il n'est pas le résultat aprice, se mesure à la générosité avec $ traite ou à l'adresse qu'on met à se les
des groupes qui sont déjà arrivés à la le du polythéisme, tels que les anciens
Polynésiens, les shintoïstes du Japon, :, dans la religion, aucune trace de
morale. Il ne faut pas se méprendre
certaines prières où le fidèle demande )uvent en termes fort élevés, de par-
donner ses péchés et d'effacer ses souillures : « De loin, dit une prière japonaise, j'implore avec révérence Ameno Mi-hashira et Kuni no Mi-hashira (dieu et déesse des vents) et je leur dis avec humilité : Daignez me bénir en corrigeant les fautes involontaires que vous m'avez vu ou entendu commettre. » Et pourtant l'auteur qui nous donne la traduction de cette prière ajoute que le shintoïsme ne renferme aucune trace d'un code éthique (').
Il ne semble guère que dans l'antique civilisation de la Chaldée, la conduite morale des hommes ait été influencée par leurs rapportsaveclesdieux. Cependant, on y trouve une littérature religieuse dont quelques hymnes ont été qualiûés avec raison par M. Lenormant de psaumes de la pénitence; « Seigneur, s'y écrie le fidèle de Bel ou d'istar, mes fautes sont très grandes. Très grands sont mes péchés. J'ai commis des fautes sans le savoir. Du Seigneur, dans la colère de son cœur, la force s'est enflammée contre moi... Seigneur, tu ne rejetteras pas ton serviteur au milieu des eaux de la tempête; viens à son secours, prends sa main. Je commets le péché, tourne-le en piété. Je commets des fautes; que le vent les enlève. Mes blasphèmes sont très nombreux; déchire-les comme un voile (*). » 11 ne faut pas creuser bien profondément ces appels désespérés d'une conscience aux prises avec les affres du remords, pour constater qu'il s'agit de manquements, non envers les hommes, mais envers les dieux,
[1} Religions Systems 0/ ihc Wortd. London, 1890, p. 93 vl 98. (') Trad. Lenormant. — Cf. SiïCE, Religion of ancient Babyloniam, p. 550,
104 CBAPliaE IV.
d'oiuissions dans le culte ou d'impuretés légales contractées par le fidèle, quelquefois à son insu.
PremiAreB mteirentions de la raligion dans lea rapports soctanx.
Cependant, dès ses débuts, la religion a dû exercer une influence favorable à la consolidation des rapports sociaux, d'abord en ce qu'elle développe l'esprit de subordination, empêche l'éparpillement de la tribu et forme un lien entre les générations successives, ensuite en ce qu'elle enseigne à sacrifier une jouissance directe et immédiate à un bien plus grand, mais éloigné ou indirect.
La transition entre les interventions purement intéressées des êtres surhumains dans la conduite de l'homme et le commencement de leurs fonctions morales ou justicières, se trouve peut-être dans le soin qu'ils prennent de faire respecter le serment. En général, les esprits se soucient fort peu des mensonges qu'échangent Jeurs adorateurs. Mais ceux-ci — pour inspirer confiance dans l'exécution des promesses qu'ils peuvent avoir à se faire réciproquement — doivent souvent éprouver le besoin de se mettre dans l'impossibilité de manquer impunément à leur parole. Ce résultat peut être atteint en donnant des gages, ou plus simplement en prenant les dieux à témoin, particulièrement les plus puissants ou les plus redoutés, afin que, si l'une des parties manque à ses engagements, la divinité mise en cause se sente person-
nellement atteinte et se venge en conséquence ('). Chez les Grecs, l'importance du serment variait avec celle des divinités qu'on y invoquait (*}. Les plus solennels se faisaient par les Ëuménides ou par Zens Horblos. Dans tout serment il y a un vœu, une promesse faite à la divinité. On sait avec quelle rigueur Jahveh même exigeait Taccomplissement des vœux les plus imprudents, comme celui de Jephté. D'autre part, quand les dieux se sont ainsi faits les défenseurs de la vérité dans les occasions les plus solennelles, on en vient aisément à admettre qu'ils aiment la vérité pour elle-même et qu'ils tendent à la faire prévaloir en toute occasion.
Une autre institution où la divinité commence à apparaître sous les traits d'un pouvoir justicier, ce sont les « jugements de Dieu », où les êtres surhumains tantôt contribuent à punir le coupable, tantôt remplissent simplement les fonctions de juges d'instruction.
Tout le monde connaît les ordalies de notre moyen âge, où l'accusé était soumis à l'épreuve du feu, du fer ou de l'eau. Certaines de ces coutumes semblent remonter au passé commun de la race indo-euro-
(') Le simple fait de luenlir en présence d'une divinité est déjà un manque de respect. M"' Murraï-Ainsleï rapporte que, dans certaines parties de l'Inde, les marchands refusent de s'installer sous un arbre pipai, parce qu'il leur serait impossible d'y demander plus que le juste prix de leurs marchandises. (Aevue des tradUîont populaires, janvier 1889.)
(■) A. MiuHT, Religions de la Grèce antique. Paris, 1857, t. Il, p. 167.
sont censés plus capables que rhomme de découvrir les auteurs de certains méraits. A qui, en effet, pourrait-on mieux s'adresser dans ce but qu'aux puissances réputées susceptibles de connattre le passé comme l'avenir? Le lieutenant Becker vit un jour à Borna, dans l'Afrique orientale, une idole à plusieurs tètes. Comme il demandait le motif de cette polycéphalie, on lut répondit que c'était afin que le dieu pût mieux découvrir les coupables ('). — Ce qu'on peut soutenir, c'est que les dieux ainsi employés comme dénonciateurs ou détectives, deviennent aisément la terreur des criminels et finissent par acquérir la réputation de haïr le crime en lui-même.
Crimes contre les dienx de la commnnanté.
D'autre part, quand l'homme croit à des dieux de la communauté, il doit bien admettre que leur protection s'étend à toutes les personnes de sa tribu et, par conséquent, qu'ils feront respecter les droits des autres membres aussi bien que les siens. Bien plus, il y a des méfaits qui afTectent directement les intérêts, sinon l'existence même de la tribu, par exemple la trahison, la violation de la coutume, etc. La répression de ces attentats devient naturellement l'affaire des dieux de la communauté, et cela avec d'autant plus de force, quand ces dieux sont regardés comme les auteurs de la coutume, les organisateurs de la société. Or, tel est déjà le cas parmi des populations aussi arriérées que les Araucans, les Andamans et les Australiens.
(■) La vie en Afrique, 1. 1[, p. ZQi.
198 chapithe it.
OoncspUon d'nii ordre moral Bnr le plan de l'ordre cosmlgas.
Enfin, il vient un moment où la notion de loi — déjà appliquée à Fensemble des phénomènes périodiques ou permanents qui sont représentés, en conséquence, comme devant se reproduire — s'étend à l'ensemble des actes qu'impose la voix de la conscience, et qui sont censés devoir être accomplis par l'homme. De là, l'assimilation de la route que l'homme est obligé de suivre dans sa conduite à celle que les corps célestes doivent suivre dans leurs mouvements. « Les malfaiteurs, dit le Kig Véda, ne suivent pas le chemin du Rita ('). » Même dans nos langues, les termes : régularité, rectitude, droit, droiture, impliquent que l'idée morale dont ils sont l'expression a d'abord reçu une acception physique. Respecter les prescriptions de la coutume ou de la morale, se traduit encore chez nous, comme dans l'antique Egypte, par « se conformer à la règle n. Rester fidèles aux principes du bien, c'est pour nous, comme pour les chantres du Rig Véda,« suivre le droit chemin ».
Nulle part, cette assimilation de l'ordre moral avec l'ordre cosmique n'a été poussée aussi loin que dans l'ancienne religion de la Chine. Tout le ritualisme et même l'éthique y reposent sur l'idée que, le ciel se mouvant par des règles fixes, l'homme doit en faire autant. D'autre part, on y admet que les crimes des hommes réagissent d'une manière presque fatale sur le cours de la nature, en déchaînant les phénomènes désordonnés ou les mauvais esprits, et qu'alors ceux-ci
(') Rig Véda, IX, 73, 6.
à leur tour interviennent pour punir les hommes. Dans le Kia-iii, Confucius enseigne que si le prince cesse de suivre le Tac, le ciel trouble également l'ordre cosmique ('), et, vingt-sept siècles plus tard, en 1751, nous retrouvons la même théorie dans une proclamation que l'empereur Yong-Tcheng adressait à son peuple après une longue sécheresse : « La justice, y est-il dit, provoquée originairement par le ciel et l'homme, agit avec la rapidité de l'éclair. Les inondations, sécheresses ou afflictions qui accablent toute terre, proviennent des actes des hommes C). »
Protectenn et adTersalreB sDrhnmains de l'ordre moral.
Ce sont naturellement les dieux chargés de maintenir l'ordre physique, qui reçoivent également la mission de maintenir l'ordre moral, et leur importance s'en accroît d'autant. Toutefois, ils sont souvent aidés dans cette tâche par des divinités spéciales, surtout chez les peuples qui déifient les qualités abstraites et les vertus morales. Tantôt celles-ci agissent comme inspiratrices de l'homme, tantôt comme vengeresses des offenses qui les intéressent directement.
a La Justice, dit Hésiode, est une vierge, fille auguste de Zeus, vénérée par les Olympiens; si quelqu'un l'outrage, assise dans sa gloire, près de son père, elle accuse l'esprit inique des hommes, afin
(<) J. Happel, dans la Revue de l'histoire des religions, t. iV, p. 961.
(') DE ï]i,Ki.i,i, Le» croyances des premiers Chinois. BmiteWts, 1887, p. 53 (estrait des Mémoire» couronnés de l'Académie royale de Belgique, t. XLl, iti-4°}.
que le peuple soit châtié ('). » Tel était également chez les Égyptiens le rôle de Ma, que nous voyons introduire les défunts au tribunal d'Osirts et assister à leur jugement; son image flgurait même, en guise de poids, dans la balance dont l'autre plateau était occupé par le cœur du défunt (*). Les Perses ne pouvaient manquer de diviniser les qualités morales de l'homme pour les faire figurer dans l'armée d'Ahura Mazda ; il suffira de mentionner le Bon Esprit, la meilleure Pureté, la Justice suprême, etc. i"). Chez les Romains, les Vertus formaient une classe particulière de divinités; ce n'étaient, toutefois, que des hypostases de dieux plus anciens, c'est-à-dire un attribut divin qu'on avait détaché pour le personnifier séparément. Ainsi, suivant M. Preller, Fides se rattachait à Jupiter, Coiicordia à Vénus, Pudiàtia à Junon, etc. (^).
Par une évolution analogue, ce sont les esprits en révolte contre l'ordre cosmique qui seront représentés comme travaillant à bouleverser Tordre moral. Chez les Perses, où les conflits du naturalisme indoéranien se sont transformés en une lutte surtout éthique, on peut reconnaître encore, dans les deux armées en guerre, les anciens cbampions de la lumière et de l'obscurité ou de l'orage, auxquels les Védas ont conservé le caractère de personnifications naturelles f). De même, chez les Juifs, les anges des ténèbres
[>) OEuvres ei Jours, éd. Didol, v. 257-261.
(!) P. PiERRET, Panthéon égyptien. Paris, 1881, p. 64.
(>) TiELE, Manuel de l'histoire des Religions, i' édit., g 103.
(*] Phei.ler, Les dieux de l'ancienne Rome. Paris, 1884, p. 116.
C") i. D&RHESTBTER, Ormozd et Ahriman, passim.
sont devenus essentiellement les anges du mal. En Egypte, la lutte d'OsIris et de Set était d'abord un mythe de la mort combiné avec un mythe solaire. a Set, dit M. Maspëro, représentait surtout le mal matériel. Mais le dualisme matériel entraîne partout le dualisme moral. De même qu'Osiris est l'Être bon {Ounnofîr), Set devient l'Être méchant ('). » Enfin, chez les Germains, le dualisme, d'abord purement physique, tend également à prendre une tournure morale, quand Loki, rejeté par les dieux, est devenu le chef des milices malfaisantes fj. Ainsi, partout, s'établit une sorte d'assimilation entre les forces qui représentent, d'une pari, la lumière, la vie, l'ordre, la vérité et la justice ;d'autre part, les ténèbres, la mort, le désordre, le mensonge et l'iniquité. Le drame qui, jusque-là, s'est confiné dans la nature, s'étend à la conscience, et l'homme se sent, plus que jamais, le devoir d'apporter son concours aux dieux qui luttent pour le bien du monde.
Celui qui manque à ce devoir prend parti pour les puissances mauvaises dont il se condamne désormais à partager les destinées. Les dieux lui retirent la protection qui seule lui garantissait les avantages de l'ordre universel, ou même ils lui infligent directement un châtiment proportionné à sa faute. Parfois, ils foudroient eux-mêmes les grands coupables, comme nous le voyons chez les Juifs, les Grecs, les Hindous; le plus souvent, ils agissent par l'intermédiaire d'agents
('} «cuite de l'histoire des religions, t. XIX (1889), p. 24. (<) TiELE, Manuel, ^118,119.
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plus que des ombres (') ». Chacun y garde s rang. Au dire des Polynésiens, les défur réparlis entre les classes sociales auxquelles tenaieiil respectivemenl dans leur pays. CetI se retrouve chez les Cafres, les Dahomiens rigènes de l'Inde. Descendu dans l'Hadès, A( tinue à jouer le rôle d'un puissant prince morts (*). Eabani voit, aux enfers, les gr des vieux temps porter encore leur couronn les Égyptiens, si toutes les scènes de la vie el privée étaient reproduites par la peintur rieur de la tombe, c'est qu'on s'imaginait aint revivre au- défunt dans l'autre monde.
La vie laturfl conçue comme meillenra on comme
Il arrive souvent que, sans cesser d'être sur la vie terrestre, la vie future est con comme pire, soit comme meilleure. Tantô doute à la suite de déductions tirées des rév prend le caractère d'une copie vague, pâle, i par suite, misérable. Rien de plus mélancolie sort des âmes dans le Schéol des Hébreux, I Assyriens, l'Iladès des Grecs. « Mieux vaut i dans ce monde que dans celui des esprits », ■ Yoroubas de l'Afrique occidentale (■*). C'éi l'avis d'Achille, qui eût préféré être esclave que roi chez les morts. Les Finnois croya
{<) Ttlor, Civilisation primitive, 1. 11, p. 98.
[*) Odyssée, liv. XI, v. 489, 490.
(') Savce, op. cit., p. 62.
(') TïLOH, Civilisation primitive, t. il, p. 103.
108 CHAPITBB IV.
dans la région souterraine du Tuonela, on trouvait un soleil, du poisson, des ours, comme sur celte terre, mais l'astre y était plus pâle, le sol plus ingrat, les eauK plus froides (').
D'autres fois, ou s'imagine lavie future comme devant donner satisfaction à des aspirations qui n'ont pu se réaliser ici-bas. L'homme en tous temps, en tous lieux, se forge un idéal de félicité en rapport avec son genre de vie et avec son niveau d'éducation. Que cet idéal soit purement matériel ou surtout moral, chacun n'en doit pas moins constater sa propre impuissance à le réaliser sur terre, ou si, par hasard, il y réussit grâce à la modestie de ses aspirations ou à une faveur inespérée de la fortune, aussitôt il sent reculer les bornes de ses désirs, comme pour lui faire d'autant mieux sentir l'insuffisance des choses. De là un sentiment de malaise qui, de bonne heure, a dû pousser Thomme à regarder au delà de cette vie pour y chercher un peu plus de bien-être, en attendant le jour où il y a cherché un peu plus de justice. Il s'est alors représenté la vie future comme devant lui fournir les jouissances ou les réparations qu'il souhaite vainement ici-bas.
a Puissent ceux qui prononcent ces prières, écrivait un poêle de la cour d'Assourbanipal, avoir pour demeure le pays du ciel d'argent; pour nourriture de l'huile inépuisable et du vin béni; pour lumière, l'éclat de la pleine lune (V ■' — '< Pbce-moi, ô Soma,
(') A. Rëville, Religions des peuples non civilisés, t. Il, p. 204. (*) Cf. Saïce, op. cit., p. 357.
disait le cbantre védique, là où règne la lumière éternelle, où abondent les eaux puissantes, où la vie est libre, où les mondes sont radieux, où s'accomplissent les désirs de mes désirs ('). >>
Les Groenlandais s'imaginent que, dans l'autre monde, il ne fait jamais nuit; il s'y trouve partout de l'eau potable et des poissons en abondance. Les Peaux- Rouges se Ggurent le monde supérieur comme un vaste territoire de cbasse où le gibier s'offre de lui-même aux coups des chasseurs. Aux îles Tonga, on croyait que les morts habitaient une maison spacieuse et ombragée où l'on s'amusait à danser, quand on n'y suçait pas des cannes à sucre i^j. Les sorciers patagons racontent qu'ils voient parfois, au plus profond de ta terre, une caverne où les âmes possèdent à foison du bétail et des liqueurs fortes. Les Égyptiens décrivaient, au fond de TAmenti, le royaume d'Osiris, où le blé a sept coudées de haut. Tout le monde connaît de réputation le Paradis de Mahomet et les Champs- Elysées des Grecs. Combien de chrétiens, aujourd'hui encore, ne se font pas une idée plus élevée de leur paradis, où ils s'imaginent qu'ils passeront leur temps à ne rien faire, sauf peut-être de longues promenades et de la musique religieuse!
Beaucoup de peuples possèdent simultanément ces deux conceptions, en apparence contradictoires, du sort qui attend les défunts dans la vie future. Mais l'imagination populaire ne s'embarrasse pas pour si
(') Rig ¥éda, IX, H5.
(') Od chaote eacore en Belgique, dans le paya wallon, qu'au paradis « on mange du sua'e à la louche » (on uiagne de wue al toittj.