‹ L'idée de Dieu d'après l'anthropologie et l'histoire: conférences faites enChapitre 18 sur 23 · DUALISME · texte numérisé non relu

DUALISME

vailleurs; enfin, comme chez les Mexicains, aux femmes mortes en couches.

On remarquera que les défunts ainsi avantagés — surtout parmi ceux que les puissances surhumaines ont ravi à la fleur de l'âge — ont succombé en rendant service à la communauté. Il est donc naturel que les dieux de la communauté les en récompensent ou plutôt les en dédommagent. Quoi qu'il en soit, nous voyons poindre ici, en opposition avec la théorie de la continuation, ce qui sera bientôt la théorie de ta rétribution.

La théorie de la rétribntioa posthtune.

Dans l'état religieux que j'ai qualifié de spiritisme, les morts deviennent une catégorie d'esprits qui n'est soumise à aucune autorité supérieure. Mais quand on commence à admettre des dieux, il faut bien leur accorder une part d'intervention dans la destinée des âmes. Généralement installés enx-mémes dans une sorte de paradis, ils y accueilleront de préférence ceux qui ont su gagner leurs bonnes grâces par des louanges ou des offrandes; en revanche, celui qui leur aura manqué ira souffrir en enfer. A plus forte raison, quand ils seront devenus les protecteurs de l'ordre moral, réserveront- il s le paradis à ceux qui auront combattu avec eux le bon combat, qui auront fait le bien, pratiqué la vérité, servi la justice.

L'idée d'un jugement des morts où aboutit d'ordinaire la théorie de la rémunération, semble avoir déjà pénétré chez des populations assez arriérées. Suivant Rosman, certains nègres de la Guinée s'imaginent

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croyance à plusieurs séjours des morts ainsi qu'à plusieurs facteurs de la personnalité. Rien n'empêche — quand on voudra nietlre un peu d'ordre dans ce parallélisme ou plutôt dans celte superposition de conceptions en apparence exclusives l'une de l'autre — qu'on n'envoie le double continuer sa vie d'ici-bas dans un des séjours réservés aux défunts par la tradition populaire, alors que l'àme ou l'esprit s'en irait au paradis ou en enfer, suivant I» balance de ses mérites et de ses démérites. Tel était le cas des Egyptiens, qui semblent avoir cru, à la fois, que le double continuait à mener dans la tombe son ancienne existence, et que l'àme descendait dans l'Amenti pour y être jugée. Chez les Grecs, le monde souterrain, qui originairement recueillait toutes les ombres, reçut un compartiment spécial, le Tartare, destiné au châtiment des grands coupables, alors que les héros et même tous les hommes vertueux se rendaient, après leur mort, aux Champs-Elysées, dans les Iles Fortunées.

Croyance â une rémunération en ca monde.

Dans rinde, la répartition des bons et des méchants entre divers séjours des morts semble avoir été rendue inutile par la croyance à la métempsycose. C'est principalement sur terre que la théorie de la rémunération sortit ses efTels par une échelle graduée de réincarnations animales, alors que l'absorption de la personnalité au sein du grand Tout devint de plus en plus la récompense suprême dans la théologie brahmanique.

Les bouddhistes allèrent plus loin encore d:ms cette voie : ils supprimèrent toute idée de tribunal et

tt2 CHAPITRE IV.

de jugement posthumes, même de juge, puisqu'ils se passèrent de dieux dans leur morale; mais ils gardèrent du brahmanisme la théorie des renaissances, en admettant que chaque réincarnation était déterminée, en quelque sorte, mécaniquement, par la conduite antérieure du défunt. A la vérité, ce n*est pas même lame qui se réincarne, mais le karma, c'està-dire une force résultant de tous les actes, bons et mauvais, de rindividu.

Peut-être est-ce à leurs théories de l'existence future que les bouddhistes sont redevables de l'étonnant succès de leur propagande parmi les populations chinoises aux dépens de la vieille religion officielle ou plutôt du confucianisme. Celui-ci admet bien la survi vunce des âmes qu'il fait passer à l'état d'esprits, et il justifie ainsi le culte domestique; mais il ne s'explique pas sur les conditions de leur état futur, ni sur l'idée d'une rétribution posthume. « Tu ne connais pas encore la vie », répond Confucius à un de ses disciples, plus de deux mille ans avant le positivisme moderne, « comment prétends tu connaître la mort (')? » Le seul châtiment que le grand réformateur chinois semble admettre pour les méchants, c'est que leurs descendants, corrompus par leurs mauvais exemples, se déroberont aux devoirs de la piété filiale C). Mais la masse ne pouvait se contenter de cette solution philosophique, et, le jour où elle s'est trouvée en contact avec une religion aussi riche en révélations sur les

[') J. Happei., dans la Revue de l'histoire des religions, t. IV, p. 275, note.

(<] A. Rëville, Religion des Chinois, 1. 1, p. 315.

destinées futures que le bouddhisme, — suri bouddhisme indo-thîbétain, déjà fort altéré p: réaction des superstitions locales, — une partie i tante de la nation n'a pas manqué de superpi doctrine ampliGée et dégénérée du Bouddha ai traditionnel des ancêtres ainsi qu'aux pompf cielles du rationalisme confucianiste.

L'eBchatologio jaive.

Le judaïsme ancien ne semble pas s'être davantage aux idées de rémunération dans un monde. Sa conception de la vie future n'a pas d le Shéol, oii il n'y a ni arts, ni travail, ni ce sances, ni sagesse; oli gisent péle-méle les crii et les justes, les infidèles et les saints, Âssoui multitude, Ëlam et son peuple, tout comme Isi 'ses descendants. Pour compléter l'analogie av croyances que nous avons déjà constatées ch Assyro-Babyloniens, il y a cependant quelques bo d'élite, tels que Ënocb et Ëlie, qui ont été enlc ciel par une faveur spéciale de Jahveb, de mêir Eabani et Xisùtbros, le Noé chàldéen,ont été sou; aux ténèbres de l'Arali et placés, par la condescen des dieux, au pays du ciel argenté (*). Mais en Jud le sentiment moral finit par devenir l'élément ess . de la religion, ces exceptions ne pouvaient sati le besoin de justice qui réclamait un dédommagi pour la droiture persécutée et l'iniquité triomp en ce monde.

(') F. Lenorhant, La divination et la icience des présages i Chaldéens. Paris, 187S, p. 153.

e part, la solation des consciences aryennes et nés était fermée aux Juifs. Jahveh était déjà ,nd pour admettre rien d'immortel à côté de idis que la philosophie grecque développait l'âme dans le sens d'une substance spirituelle l'homme véritable et se servant du corps l'un instrument, la spéculation juive se refuir dans le corps autre chose qu'une « chair ». Le rouakk qui anime tous les êtres, cet nt de notre soufQe vital, n'est autre qu'une >n ou plutôt un don volontaire de Jahveh, e parcelle de son rouakfa divin qui seul existe ênie et par lui-même. « Tu retires ton souffle, iaume (CIV, 27-50), et ils expirent, — tu émets Oe et ils sont créés^ et tu renouvelles la face re. »

avant donc placer leurs espérances dans la vie es prophètes devaient bien les ramener en ce et c'est sur terre, d'abord au proût exclusif de on, puis pour te salut de l'homme en général, mçurent l'avènenient du règne de l'Ëternel.

:omme l'a dit M. Renan, le seul moyen de venaneur de Jahveh ('). De là les idées messiaqui, dès la fin de la captivité, semblent avoir double direction. Pour les uns, il s'agit simd'une restauration nationale qui unira par \ Israël l'hégémonie sur tous les peuples de lu itte restauration sera due à un Messie regardé >mme un descendant de la dynastie légitime,

ire du peuple d'Israël, t. II, p, 438.

tantôt comme une sorte d'ange envoyé par le Seigneur. Pour les autres, il s'agit d'une véritable rénovation sociale qui fera régner la paix et la justice dans l'ensemble des nations converties au culte du vrai Dieu — le rôle de Messie échéant au peuple élu. — o En ce jour. Israël sera en tiers avec l'Égyptien et l'Assyrien. Il y aura bénédiction sur la terre. Jahveh Sebaoth la bénira en disant : Béni soit mon peuple d'Egypte, l'Assyrien œuvre de mes mains et Israël mon héritage. » (Isate, XIX, 24-26.)

Heureux ceux qui devaient voir l'aurore de ce grand jour! Mais les autres, ceux qui sont morts dans le passé ou qui succomberont d'ici-là? Est-il équitable que les justes persécutés, durant leur vie, pour la cause de Jahveh, soient privés de toute participation au triomphe final? Est-il équitable que les méchants, morts dans la richesse et l'impunité, soient à l'abri de tout châtiment futur? La croyance à la solidarité des générations, et même l'idée d'expiation qui faisait souffrir les justes afin de compenser les fautes des pécheurs, ne pouvaient qu'imparfaitement satisfaire la conscience des prophètes. On imagina alors ou du moins on mit en évidence un dogme qui se rencontre également dans le mazdéisme : celui de la résurrection des corps. Chez les Perses, on croyait qu'à la fin des temps le monde actuel serait détruit, ensuite qu'Ormuzd procéderait à une nouvelle création d'où le mal serait exclu et oii les justes, morts depuis les commencemenLs, recevraient un corps nouveau, tandis que l'âme des méchants serait définitivement anéantie en compagnie d'Ahriman. Les Juifs ne pouvaient accepter

116 CDAPITRE IT.

complèlement celte théorie, puisqu'ils ne croyaient pas à la survivance de l'âine; mais ils l'adaptèrent à leurs propres aspirations, en supposant, pour le jour du jugement dernier, une résurrection générale des défunts ou plutôt de leur corps que viendrait reconstituer et ranimer le souffle de Jabveh (').

On sait comment ce dogme s'introduisit dans le christianisme, où, au point de vue moral, il fait douhie emploi avec la conception du jugement après la mort. Mais l'esprit religieux, j'en ai déjà donné ici de nombreuses preuves, ne recule jamais devant la juxtaposition ni même devant la contradiction des thèses les plus disparates. Il trouve même certains avantages dans cette inépuisable richesse d'explications, en ce que, sans rompre la continuité du développement religieux, il peut ainsi mettre de côté les théories qui se trouvent dépassées par les découvertes de la science ou par les progrès de la conscience, tout en faisant passer à l'avant-plan celle qui répond le mieux aux aspirations nouvelles de l'époque.

lIoraUBation des types diTins.

L'union de la morale avec la religion, ou plutôt avec la croyance que l'ordre moral rentre dans l'ordre divin, n'influe pas seulement sur la conception de la vie future, mais encore sur l'idée que l'homme se forme de la divinité. Si nous examinons l'ordre dans lequel se sont fixés, sur la personne des dieux, les atlribuls de nature diverse qui les caractérisent

(') Êzéehiel. XXXVd. 8-11; haïe, XXVI, 19; Daniel, XII, 2.

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au degré le plus avancé du polythéisme, nous voyons que l'homme leur a d'abord reconnu les qualités qui procèdent de la force, puis successivement celles qui sont regardées comme caractéristiques de l'Intelligence, de l'amour et, en dernier lieu, de la moralité. Bien des dieux, dépeints comme punissant les crimes des hommes, sont encore représentés, dans la mythologie, comme des débauchés et des brigands; cependant, du jour cil on les regarde comme les protecteurs de l'ordre moral parmi les hommes, ils font l'elTet de juges se livrant dans la vie privée aux crimes qu'ils ont charge de réprimer du haut de leur tribunal. De là une tendance graduelle à moraliser leur caractère et leurs rapports entre eux, au même degré que leurs interventions dans les affaires humaines.

Comment un fourbe peut-il inculquer la franchise; un parjure, la véracité; un adultère ou un voleur, le respect du mariage ou de la propriété; un égoïste doublé d'un avare, l'esprit de dévouement ou de sacrifice? On commence par rejeter dans l'ombre, ou par expliquer à l'aide de l'allégorie, les traditions qui attribuent aux dieux des actes scandaleux ou simplement grossiers. On ne leur laisse que des passions regardées comme nobles : le courage, le ressentiment des injures, la jalousie, la colère, le repentir, le goût de la louange, la partialité envers leurs amis. Jahveh réserve ses faveurs aux enfants d'Israël, et leurs infidélités le jettent dans de terribles accès de colère. Il veut détruire toute la race humaine, puis ils'enrepent. 11 endurcit le cœur du Pharaon, pour se donner l'occasion d'infliger les plaies d'Egypte. [Exode, IV, 2i .)

D,i,-,,.o.L,CiOl")g[C

tous les mouTeaients de l'âme qui semblent en contradiction avec la majesté, la sainteté, la bonté, dont on ne les laisse plus se départir. « Je ne mettrai pas à exécution l'arrêt de ma colère; je ne retournerai pas à détruire Ëpbraïm, car je suis Dieu et non pas homme, je suis le Saint au milieu de toi et je ne viendrai pas en fureur. » {Osée, XI, 9.) Bref, on en arrive ainsi à ne plus prêter à la divinité que les deux sentiments supérieurs de l'âme humaine : l'équité et l'amour. « Dieu, dit Plutarque, est parfaitement bon, il n'est dépourvu d'aucune vertu, surtout en ce qui concerne la justice et Tamour {'). » Allant plus loin encore, on observe que le premier de ces sentiments est subordonné au second, en ce que le châtiment lui-même a pour objet l'amélioration du coupable, comme lorsque le père châtie son fils, et une élite religieuse en vient à proclamer que «Dieu est amour »,non pas en excluant, par ce terme, l'idée de justice, mais en la réalisant, au contraire, sous la forme la plus sublime.

Identité d'aspirationi entre l'homme et la divinité.

Désormais, le lien entre les hommes et les dieux ne repose donc plus sur l'analogie des jouissances et des passions, mais sur une identité d'aspirations et une réciprocité de sympathies qui font ressentir par les uns toute souffrance infligée aux autres. Ce n'est plus seulement pendant la durée d'une vie humaine qu'Osiris, Vishnou, Krishna, le Bouddha, le Messie,

(') De defectu oraculorum, XXIV.

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CHAPITIIE V.

ir le dieu de Bethel. (Genèse, XIII, XXVIII >uns tm autre passage de la Bible, nous tyriens se croire à l'abri d'une invasiou rce que, disent-ils, Jahveh est un dieu de que sa puissance ne peut s'étendre sur la !s, XX, XXI.) Bien plus, un changement de |ue un changement de dieux. Quand David 1 exil à Saiil, il se plaint que ses ennemis à quitter « l'héritage de l'Éternel », en lui I servir des dieux étrangers » (I Samuel, [Réciproquement, quand Ruth la Moabite -mère à Bethléem, elle ne lui dit pas seu- Oà tu demeureras, je demeurerai-, mon ton peuple », mais encore : « ton dieu eu. » (Ruth, 1, 16.) Le dieu d'Israël est si lié au sol que, quand le général syrien îri de la lèpre dans les eaux du Jourdain, connaissance, élever chez lui un autel à st forcé d'emporter une certaine quantité aélite « jusqu'à concurrence de la charge lels. » (11 Rois. V, 17.) art, dans son domaine, Jahveh est le étrangers, comme des Israélites. Lorsque is, après la prise de Samarie, eurent Israélites en captivité à Babylone et les ilacés par des populations trans-eupbra* is-ci se plaignirent d'être exposées à la bveh, parce qu'elles ne savaient comment tommage; le roi d'Assyrie rapatria alors $ des anciens sacrificateurs pour résider ligrés et leur apprendre (< la manière de

HONOTHÊISHE.

servir le dieu du pays. y> (H Rois, XVII, 37.) Cepi ta Bible nous informe que ces populations co rent en même temps le culte des dieux vénén les pays d'où elles étaient sorties. Les dieu peuple, en effet, ont beau être liés à son territi finissent par s'identifier si bien à la nation elle qu'ils raccompagnent désormais partout oii e)l< porte son séjour. Jahveh resta le dieu des i Kabylonie, même quand la captivité eut prî:

que l'exil se fut transformé, pour les colons, résidence volontaire. Ainsi encore, Assour d'abord, lui aussi, que le dieu de la ville qui son nom. Mais quand les Assyriens transfér Ninive le siège de leur empire, le dieu de leur ai capitale resta le dieu suprême de la nation.

Lm dionx parUgent U dwtiné» de leur peo^.

Une autre conséquence de ce rapport étroi chaque peuple et ses dieux particuliers, c'« ceux-ci partagent la destinée de la nation et a la tribu ou de la province qui leur est original échue en partage. Aux temps pré-assyriens, la i tamie était divisée en petits Etats qui avaient leur dieu principal, emprunté soit aux meml pantbéon local, soit aux divinités communes Cbatdée. La fortune de ce dieu suivait invariai celle de l'Ëlat ou de la dynastie qui l'avait adop protecteur. Nous voyons ainsi parvenir à un nionie temporaire le dieu lunaire Sin avec d'Oiir, le dieu maritime Éa avec celle d'Ëri

MONO'l'll£tSMË. ^23

lande au bassin du Gange. D'auU'e part, il a pu se faire également que des peuples, par le seul développement de leur théologie, aient été amenés à regarder leur dieu comme le maitre de tous les dieux. En effet, à force de redire que son propre dieu est le plus grand des dieux, on flnit par croire que ces derniers, non seulement lui sont inférieurs en puissance et en rang, mais encore qu'ils sont comme ses vassaux ou ses sujets. C'est le point de vue où était arrivé le peuple juif à la fia de la royauté. Enfin, une troisième voie qui peut conduire à l'unité politique du monde surhumain, c'est l'assimilation réciproque des divinités qui forment les divers panthéons nationaux. On pourrait même s'étonner que cette assimilation ne se soit pas opérée facilement et fréquemment entre tant de peuples qui adoraient les mêmes manifestations de la nature. Mais il faut se rendre compte que les dieux de la nature, une fois conçus comme régissant du dehors les phénomènes dont ils émanent, revêtent partout une physionomie suffisamment distincte pour offrir, en dehors même de la différence de noms, une individualité originale. Aussi est-ce seulement aux époques de syncrétisme qu'on s'efforcera d'établir leur identité, et, même alors, ce sera à ses propres divinités que chaque nation ramènera les dieux analogues de l'étranger.

Ce sont les dieux phéniciens que Philon de Byblos retrouve dans les dieux de la Grèce, et, réciproquement, c'est tantôt à Apollon, tantôt à Cronos que les Grecs assimilent Melkart, le divin roi de Tyr. On connaît les rapprochements tentés au profit du pan-

)ar Hérodote avec les dieux de l'Egypte, avec ceux de l'Inde, par César et Tacite Gaule et de la Germanie. Zeus absorba m certain nombre de dieux suprêmes Thessalie, mais encore des régents de plus importants il'Âmmon des Lybiens, i^gypte^ le Bel Mérodach de Babylone, ote donne son nom au grand dieu des ra Mazda qui devait survivre de tant de e de l'Olympe.

iblissement de familles diviDea.

l'imagination ne s'est pas bornée à it de monarchies divines qu'il y avait jants ou de races diverses sur la terre.

ces petites sociétés surhumaines, elle groupements sur le type de la famille.

ment l'homme avait été amené, par les ngage, à sexualiser toutes les manifesature. La personnification aidant, les .é ainsi classées en masculines et en lors, quand deux phénomènes s'unisproduire un troisième, par fusion ou joi de plus simple et de plus logique ïrer la personnification du dernier on de ses deux facteurs regardés euxdes époux? Par suite de déductions phénomènes qui étaient issus d'une a qu'on croyait tels, voire ceux qui s traits ou certaines propriétés en

cojnmun, furent tenus pour frères et sœurs, comme par exemple le soleil et la luoe, les deux crépuscules, le sommeil et la mort, etc.

La paternité divine.

Bientôt ou élargit ces rapports familiaux des dieux jusqu'à y faire rentrer tous les êtres delà création, et surtout les hommes. La confusion qui, dans les langues encore mal développées, persistait entre les termes créer et engendrer, devait aisément amener à identifier la notion de créateur avec celle de père. Parfois, comme chez les Égyptiens et chez les Incas, c'était la dynastie régnante qui seule pouvait revendiquer cette haute filiation : « mon père Ammon, je t*invoque ! » s'écriait Ramsès II, à la bataille de Kadesh; « mes nombreux soldats m'ont abandonné, aucun de mes cavaliers n'a regardé vers moi. Quand je les appelais,aucun n'a écouté ma voix. Mais je pense qu'Ammon vaut mieux pour moi qu'un million de soldats, que cent mille cavaliers {'). »

L'analyse des noms identiques que les Hindous, les Grecs et les Latins donnaient à leur dieu du ciel : Dyaush-pilà, Zeù; naT^^fi, Jupiter, n'implique pas seulement que les ancêtres des Indo-Européens ont parlé la même langue et vénéré le même dieu, mais encore qu'ils s'adressaient à ce dieu comme à un père céleste : « Sois-moi bienveillant, dit le poète védique à Agni, comme un père l'est à son fils (^). » Un autre

(') Le Page Renouf, Setigion of ancient Egypt. Londres, 188i, p. 227-228.

(t) Rigréda, 1,1,9.

[ans le développemant

ppement que puisse 3nlre dans la concepfamille divine, qui et même à l'ensemble larque céleste ou le ï le premier entre ses ne devienne le dieu ïssus de tous les êtres is, non seulement en

la spéculation métaotbéisme n'est guère le, ayant conçu les d'éternité, d'infini, un seul être, l'Être mcepts ne se forment humaine; ils sont le entale qui opère sur 'nis par les notions s'explique à la fois ; voies fort diverses 'elle ait pu s'accomns rompre la chaîne

est exercée de bonne ins policées. L'unité

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divine a été presque partout préparée par Fidentificatlon des dieux principaux qui représentaient le même phénomène ou les divers aspects de ce phénomène. Les Egyptiens trouvèrent ainsi le moyen de faire rentrer à peu près toutes leurs divinités dans le cadre des familles divines qu'ils avaient constituées en triades, sur le plan idéal de la famille représentée par le père, la mère et le fils. Nous avons constaté qu'ils avaient graduellement ramené les dieux des morts et ceux des éléments au type des divinités solaires; celles-ci, à leur tour, furent identifiées au soleil ou plutôt à Tâme du soleil, qui reste une dans toutes les manifestations de l'astre et qui devient ainsi l'âme commune de tous les dieux. « C'est moi », fait-on dire à cette mystérieuse entité, dans le papyrus de Turin, « c'est moi qui ai fait le soleil et la terre, qui ai donné à tous les dieux l'âme qui est en eux... Je suis Chepra le matin, Râ à midi, Toum le soir {'). »

En réalité, c'est im être nouveau qui apparaîtici derrière les anciens dieux, mais, comme cette' « âme cachée du Seigneur du disque v se manifeste également dans les principales divinités, on peut indifféremment lui donner le nom de l'une ou de l'autre. De là rhénothéisme égyptien, qui assimile tour à tour au dieu suprême : Râ, Osiris, Phtah, Ammon, etc. Pour accentuer encore cette équivalence, on attribue parfois à la divinité principale de la localité le nom de tous

(') Le Pacf, Renobf, Religion of ancient Egypt, London, 1884. — Cf. Atharva Ycda, XIII, 3, i3 : « Le soir, Agoi devient Varouna; il devient Mithra, quand il se lève au matin ; devenu Savitar, il traverse le (irmament; devenu Indra, il brùl« le ciel au zénJth. »

les autres dieux. Sur les tombes royales de Bîban el Moluk, Râ est invoqué sous soixante-quinze noms différenls, et le Livre des morts contient tout un chapitre formé rien qu'avec les noms d'Osiris ('). Ou bien on donne à l'Âme suprême un nom formé par la réunion des appellations qui désignent respectivement la divinité supérieure des différents cycles : Sokar-Osiris, Phtah-Sokar-Osiris; noms complexes qui apparaissent déjà sous l'ancien empire; plus tard : Horus-Chem, Chnoum-Rà, — Sebak-Rà, — Ammon-Rà, — Râ- Toum-Horus (^). Et ce n'était pas là seulement une juxtaposition de mois, un syncrétisme verbal. On avait conscience que les dieux ainsi rap[irochés étaient bien identiques les uns aux autres. C'est, en quelque sorte, la formule mythique de cette fusion qui est donnée dans les termes suivants : « Osiris vint à Mandés, il y rencontra l'àme de Râ; ils s'embrassèrent et devinrent comme une âme en deux âmes {%»

n faut remarquer que, dans ces identifications, nous avons seulement affaire aux dieux solaires, c'està-dire aux premiers personnages des triades; mais, comme l'unité ainsi obtenue représentait surtout le principe actif de la nature symbolisé par le rayonnement solaire, les déesses — ramenées à leur tour, par un procédé analogue, à un type unique — devinrent facilement la personnification de l'espace ou de la matière dans lesquels opérait l'activité divine pour

(■} Le Page Renouf, Religion of ancient Egypt, p. 87. {') Cf. C.-P. TiELE, Reliijions de l'Egypte et dei peuple» sémitique», p. 137.

(3) Livre des morts, chap. XVII, I. i2, i3.

MOnOTHÉlSME. 233

en apparence secondaires, peut devenir à son tour un centre d'émanation qui donne naissance à d'autres dieux par le procédé des triades. Mais, en somme, ils ne sont toujours que tes noms et les aspects divers de l'Être unique. « Ammon est une image », dit un hymne copié par Brugsli sur les murs d'EI Kargeh, « Atmou est une image, Chepra est une image, Rà est une image; Lui seul se fait par des millions de voies ('). »

Le monothéisme chez lea Sémites.

Un mouvement analogue de coDcentration ihéologique s'était opéré chez les Sémites occidentaux, singulièrement facilité par l'habitude qu'on y avait prise de désigner exclusivement par leurs titres les divinités les plus importantes. En effet, on peut éprouver une certaine difficulté à fondre ensemble des dieux qui représentent ou régissent respectivement le ciel, le soleil, la foudre, le vent ou quelque autre phénomène, peut-être des morts illustres ou des abstractions quelconques. Il y en a beaucoup moins à identifier des êtres surhumains qui se nomment le Fort, le Roi, le Tout-Puissant, le Créateur, l'Éternel — voire les Redoutables, ces Elohims qui, suivant l'observation de M. Renan, agissent toujours de concert, comme un seul être, et qui se construisent avec le verbe au singulier.

Chez les Phéniciens, les Etats ou plutôt les cités principales eurent leurs triades, formées, non, comme en Mésopotamie, de trois dieux choisis parmi les plus puissants du panthéon local, mais, comme en

Cj Lr P*fiF, Renoup, op. cit., p. 233,

un roi divin, d'une épouse et de leur fils.

tr, probablement emprunté aux personniumineuses du ciel ou du soleil, figurait le réateur et ordonnateur par excellence; la peut-être originairement une personnifi-

la terre ou de la tune, représentait la prement dite sous sa double face féconde et i; le troisième semble avoir joué un rôle é, sauf là où la mythologie intervint pour er une physionomie concrète et une mission B. Du reste, la grande déesse elle-nièrae, la e » (Baaiit), la « Reine » (Milkat), était irdée comme l'épouse proprement dite, que

manifestation visible, « la face » et, par impie reflet du dieu suprême. Si parfois, Tanit de Carthage et l'Astarté de Chypre, il de rejeter son époux à l'a rri ère-plan, c'est . plus souvent, tomba au second rang ou Qnit s'évanouir dans te rayonnement de son seilaEtre.

peut contester le caractère anthropomorla divinité telle qu'elle apparaît dans les es traditions de la Bible. Jahveh pétrit

la façon d'un potier; il plante le jardin de y promène à la fraîcheur du soir, comme un ipotamien ; Adam entend le bruit de ses pas.

du ciel pour voir bâtir la tour de Babel. Il inge avec Abraham et celui-ci lui lave les utte avec Jacob et se laisse vaincre. Au

prophètes, il ne se montre plus en perui qui l'entrevoit doit mourir, mais il se

D,i,-,,.o.L,CiOl")g[C

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