‹ L'idée de Dieu d'après l'anthropologie et l'histoire: conférences faites enChapitre 7 sur 23 · CHAPITRE PREHIEll · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREHIEll

nous font de certains peuples primitifs, tels élasges et les Germains. Mais aujourd'hui que naissons mieux les populations non civilisées, 3ns que l'étiit d'innocence morale attribué n les enfants du l'Europe ancienne se résumait implicite des mœurs et les vertus ordinaires ge actuel, là où celui-ci n'a pas été corrompu mmixtion hâtive de nos civilisations. Quant se d'idoles, ou même de divinités plusacceni les vagues numina des Iialiotes, elle prouve mt que ces peuples n'avaient pas encore phase du polythéisme et de l'idolâtrie, l'on n'a pas manqué d'invoquer les sentiments t même les raisonnements théologiques qui Il dans les livres sacrés des Perses, des Hins Chinois, comme dans certains hymnes des s et des Chaldéens. Mais les recherches des temps tendent de plus en plus à dissiper ons qu'on avait pu se faire, dans le premier isme produit par la découverte de ces meri littératures. L'auréole qui les entourait iipée, et on est revenu à une appréciation ;te de leur valeur, comme de leur âge, sans ient perdu de leur mérite, ni de leur charme, r moins anomales et plus humaines, c'estreprendre leur vraie place dans l'évolution de l'humanité.

[u'il en soit, on doit reconnaître désormais de ces vénérables documents ne nous leporte liers temps de la religion en général, ni mémo liers temps de leur culte respectif, ils rcpré-

D,i,-,,...L,CiOl")g[C

MÉTHODES POUR ATTEINDRE LA PRÉHISTOIRE DES RELIGKWS. il

sentent, non l'aspiration naïve de l'humanité, mais une élaboration sacerdotale qui a déjà fait son triage dans les croyances du passé. Plus on remonte vers ce passé d:ins les ditTérenles races, plus on voit le culte des Sémites nous apparaître comme un véritable polydémonisme, celui des Égyptiens comme une sorcellerie organisée, celui des Indo-Européens comme une sorte de physiolàtrie universelle en cours de transformation polythéiste — c'est-à-dire que, chez tous ces peuples, à mesure que nous nous rapprochons des origines, nous trouvons de plus en plus prédominantes des formes de pensée et des manifestalions de sentiments qui caractérisent l'état religieux des sauvages à toutes les époques et dans toutes les parties du monde.

Conclusions de la lingnistiqne.

La linguistique comparée nous permet de remonter un peu plus haut que l'histoire vers les origines de toute civilisation. Toutefois, ses conclusions sont moins encore de nature à encourager l'hypothèse d'un début religieux beaucoup au-dessus du niveau observé chez les sauvages, car elles tendent à établir que partout le sens abstrait des mots employés à rendre des idées générales a été précédé d'un sens concret et en quelque sorte matériel.

Le langage nous apparaît comme un merveilleux mécanisme qui non seulement nous permet de noter les rapports des choses jusque dans leurs nuances les plus subtiles, mais encore qui guide noire esprit, d'abstraction en abstraction, jusqu'au seuil de la région inaccessible où, par de là le monde des formes

ClIAl'lTKE PREMIER.

lées, nous prcssenlons la iiiyslcrieuse réalité, ire ù toute définition. Cependant, les savantes : de la philologie moderne nous reportent à que où il se réduisait — en dehors peut-être ques onomato|iées — h un petit nombre de de cris exprimant chacun une action physique, ction physique accomplie par l'hoinine. Je n*ai pliquer comment les monosyllabes qui accomnt les actes humains ont fini par en marquer ii dans quelle mesure les pi'ogrès du langage ené la pensée à prendre possession d'elle- Vlais nous sommes néanmoins autorisés à en 5, d'un côté, que les créateurs de nos langues t largement prêter leur facultés aux choses du — en tant que celles-ci se révélaient par des tations assimilables à des actions humaines; part, que le bagage des idées conscientes devait e restreint.! un petit nombre de notions essennt concrètes, embrassant des actes ou des cnes physiques d'une occurrence journalière, de pareilles conditions, les hommes devaient n seulement incapables de s'élever spontanédes notions abstraites, comme celles qu'éveilnous les mots : Dieu, âme, infini, absolu, :;e, morale, mais encore ils eussent été hors î comprendre ces notions, si elles leur avaient iquement communiquées du dehors (']. Tel est

Qeiderer fait remarquer que, s'il nous faut des années pour r les notions abstraites dans l'intelligence de nos entants, :eux-ui iiiiisscut profiter de tout l'héritage du passe u qui a ir eux i>, il a dit falloir des siècles et même des milliers

MÉTHODES l>OUK ATTEi:«DltE: TV PRËIItSTOUtE DES REL[GIO»!i. t3

encore le cas des sauvages modernes, qui sont absolument rebelles aux idées abstraites, ainsi que le constatent la plupart des explorateurs ('). Tous les missionnaires savent au prix de quels efTorls, et on peut ajouter de quelles dëlîguratious, ils parviennent à introduire quelques lambeaux de la métaphysique chrélieajie dans l'esprit des races véril;iblement inférieures. On raconte riiistoirc d'un bénédictin qui, ayant séjourné trois années chez les aborii,'ènes de l'Australie, avait vainement essayé de découvrir à quelle divinité ils rendaient hommage. Un beau jour, il apprit qu'ils croyaient à un dieu, tout- puissant autrefois, qui avait créé le monde pir son souille, mais désormais trop vieux ou trop décrépit pour qu'on eût à en tenir compte (^). C'était là sans doute l'écho de ses propres prédications qui revenait au missionnaire; seulement, les indigènes n'avaient pu concevoir ce créateur autrement que comme un être réduit à une complète décrépitude, puisqu'il était assez vieux pour avoir contribué à la formation du monde et assisté àla naissance de leurs ancêtres.

ConstatationB de l'archéologie préhistorique.

L'archéologie préhistorique nous permet de faire un pas de plus, en ce qu'elle nous fournit quelques

d'années pour arriver au même résultat chez l'homme primitif. [The phUoiophy ofBelûjioii. London, 1888, 1. 111, p. iS.)

(') Voyez sir John Lubbock, TIic origin ofCivitizatioii. London, 1870, chap. Vlil.

(■) Max Mui.ler, Origine n développement de la religion ctiidiès à ta lumière de» reliijioiis de l'Inde, triidiiit par M. Jvsiks Darhfstrter. Paris, 1879, p. IS.

14 CHAPITRE PttRHIEIt.

vestiges matériels et certains des croyances professées avant toute civilisation. A la vérité, ces vestiges font défaut dans les dépôts de la plus ancienne époque où l'on a constaté l'existence de l'homme, — c'est-à-dire pendant la pe'rioffe eh e tl i tc — e, qox semble avoir précédé la grande extension des glaciers en Earope. Mais II faut se garder de tenir cette lacune pour définitive. Rappelons-nous ce qui s'est passé à cet égard pour le reste de l'époque paléolithique. Là aussi, des savants, dont le nom fait autorité, ont soutenu que l'honune des temps quaternaires n'avait aucune croyance religieuse et qu'il ne prenait même aucun soin des morts. Or , les découvertes qui se sont accumulées depuis vingt-cinq ans, surtout dans les cavernes de France et de itelgique, ont permis de constater d'une façon irréfragable que, dès l'âge du mammouth, l'homme pratiquait des rites funéraires, croyait à une vie future, possédait des fétiches et peutêtre même des idoles. Un coup d'oeil sur les trouvailles qui autorisent ces conclusions ne sera peut être pas déplacé ici.

L'homme du mammouth et ses usages funéraires.

Il y a des milliers et des milliers d'années, le farouche habitant de la grotte de Spy, — aux caractères ostéologiques tellement simiens qu'on a pu en faire un nouvel anneau dans la chaîne descendante vers l'animalité, — armé seulement de quelques silex pour se défendre contre les attaques des grands fauves qui erraient autour de son abri, — exposé aux rigueurs d'un climat que tes populations actuelles des régions

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