‹ L'idée de Dieu et l'esprit humainChapitre 4 sur 15 · DEUXIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE

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TROISIÈME CONFÉRENCE

l’esthétique et le théisme

Je me donne pour tâche, dans cette conférence, d’étudier certaines croyances et émotions en rapport avec le beau, et de rechercher jusqu’à quel point leur valeur est affectée par l’idée que nous nous faisons de leur origine.

La pauvreté du langage, cependant, me gêne, pour définir avec quelque précision le domaine où doit s’exercer une pareille enquête. La beauté est l’attribut mal défini de certains objets, d’une catégorie ellemême mal déterminée et pour laquelle il n’existe pas de nom très commode. Nous pourrions peut-être dire que cette catégorie est constituée par les objets qui possèdent un intérêt esthétique , à condition de ne pas oublier que cette définition, dans l’application que je lui donne, embrasse des objets dont le degré d’excel-

lence est des plus variables, les petits comme les grands, l'insignifiant et le sublime : prestidigitation ou danse, littérature, art, beautés naturelles.

Il résulte de cette définition que, tandis que tous les objets doués de beauté possèdent un intérêt esthétique, il est beaucoup de choses possédant un intérêt esthétique, qui, dans le langage courant, ne recevraient pas cette appellation, de belles (,).

Tel serait, par exemple, le cas de certaines manifestations d’esprit, d’habileté consommée, de savoir. Ces manifestations peuvent, à proprement parler, exciter l’admiration. Mais « beauté » est un mot qu’il convient peut-être de réserver aux qualités qui sollicitent exclusivement les

V) Je regrette vivement d’être obligé d’élargir l’acception ordinaire du mot esthétique, dans la mesure réclamée par la question traitée dans ce chapitre. J’ai eu des ennuis, à l’occasion d’un ouvrage précédent, pour avoir ainsi étendu le sens du mot « autorité ». Toutes mes explications, alors, ont paru impuissantes à prévenir des erreurs. J’ai peur qu’il n’en soit de même cette fois-ci.

Mais que faire? Il me faut un mot qui traduise un concept d’importance essentielle pour les doctrines que je préconise. Où faut-il que j’aille le chercher? S’il ne se trouve pas un tel mot dans le langage courant, il faut, ou bien que j’en invente un nouveau, ou que je modifie la signification familière d’un terme connu. Les deux méthodes ont leurs inconvénients; il faut pourtant se décider pour l’une ou pour l’autre. J’ai pris la seconde. Il ne me reste qu’à solliciter l’indulgence des lecteurs de ce livre qui eussent préféré que j’adoptasse la première.

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