‹ L'idée de dieu et ses nouveaux critiquesChapitre 10 sur 89 · Pc Miitura Rerum, lib. IV · texte numérisé non relu

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LES OBIGINES DE LA PHILOSOPHIE NOUVELLE. 37 Si la finalité est ailleurs que dans l’esprit humain, si elle est dans la Nature, comment se fait-il, nous dit-on , que la nature produise un si grand nombre de créations inexplicables par la conformité au but? Comment comprendre qu’elle commette tant de bévues et d’inepties, qu’elle tâtonne si souvent, qu'elle se laisse si gravement troubler dans ses procédés par des accidents extérieurs qu’elle ne sait ni prévoir, ni réparer? Lés monstruosités, les anomalies, le gaspillage des créations inutiles et des forces perdues, la fécondité ridicule de certains animaux qui couvriraient en peu d’années la terre, s’ils ne périssaient aussi aisément qu’ils naissent, tant de détours si compliqués pour atteindre de prétendues fins que la Nature atteindrait si facilement si elle y tenait et si elle les connaissait, tout cela n’est-ce pas la condamnation des causes finales ? Ces arguments ne varient guère. Kant les indiquait déjà avec une précision qu’on n’a pas dépassée. Mais la science en s’étendant et en multipliant ses observations , a multiplié les incidents et les faits , sans rien changer à l’objection fondamentale. C’est toujours la même irrégularité dénoncée dans les opérations de la nature, la même incertitude, le même et perpétuel tâtonnement. Dans chaque espèce organique, l’anatomie comparée nous montre des formes et des organes inutiles à cette espèce, nullement conformes au but que poursuit l’animal et à son genre de vie. C’est l’humérus caché dans la nageoire des cétacés, ce sont les deux

mamelles rudimentaires dans I honiine; ce sont les formes transitoires du fœtus, dans lesquelles les mammifères ressemblent aux poissons et aux reptiles avant d’atteindre leur forme véritable. De ces faits et de mille autres semblables, on conclut qu'il y a de l’inutile dans le monde organique, ce qui est l’assertion la plus contraire à la finalité. On soutient qu’il y a même de l’incohérence et du désordre, si l'on prétend expliquer chaque détail par l'idée d’une cause finale. Cette idée a fait son temps, elle ne suffit plus à la science.

Mais voici une théorie qui explique précisément tous ces désordres, toutes ces inutilités, tous ces détours et ces tAtonnements constatés dans les opérations de la Nature. C’est l’idée de l’unité de composition ou d’un procédé unique, suivi par la force aveugle des choses.

Geoffroy Saint-Hilaire et Gœthe se sont emparés en maîtres de cette grande vérité que la Nature ne se dissipe pas, comme on pourrait le croire, dans une variété sans limites et dans la profusion des détails; que pour le regard de l’observateur attentif au fond des choses, l’apparente et inépuisable diversité des formes recouvre une certaine unité , sensible par ses effets, qui rattache ces formes les unes aux autres et les domine toutes ; que la Nature compense par l’universalité de ses lois , on pourrait dire par l’unité de la loi fondamentale, l’incroyable fécondité de ses combinaisons; que partout prodigue de variétés, avare d’innovations, elle diversifie à l’infini

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LES ORIGINES DE LA PHILOSOPHIE NOUVELLE. 39 la vie en lui assignant, dans quelques conditions très-simples et très-générales , une limite qu’elle ne franchit pas.

Au fond qu’est-ce que cette unité? C’est à tort que l’on se sert pour la désigner de ces expressions qui rappellent trop la théorie condamnée des causes finales, unité de composition, de type, de plan. M. Littré propose de dire plus simplement la loi de développement. L’analogie des formes que l’on retrouve partout dans la structure des êtres organisés, même quand ces formes leur sont tout à fait inutiles, révèle aux positivistes deux faits : le premier, que la nature agit sans l’intelligence du but; le second, qu’elle agit toujours et partout uniformément. L’analogie de ses efforts, dans les organismes les plus différents, démontre la monotonie de son procédé. La diversité de ces organismes ne tient qu’à des accidents extérieurs qui réagissent sur le procédé unique et en altèrent la direction fondamentale. Im. Nature est un pur mécanisme élaborant tout ce qui vit d’après une seule loi, se répétant sans fin et ne variant pas les êtres en raison des fins différentes qu’elle leur assigne, mais en raison des circonstances qu’elle rencontre au dehors et auxquelles il faut bien qu’elle s'accommode. D'où la diversité apparente de ses opérations dans l’unité du procédé qui relie entre elles toutes les formes et toutes les espèces.

Nous n’avons à discuter ici ni la doctrine de Geoffroy-Saint-Hilaire, ni les conséquences que l’on

en fait sortir. Il nous sufQra de dire en ce moment que cette lor de l’unité de composition n’est vraie que dans certaines limites, en dehors desquelles elle succombe sous les objections de Cuvier. Inexacte et contestable si on ne la restreint pas, même dans les limites où elle se trouve exacte, elle laisse sans explication un grand nombre de faits ; ceux qu’elle explique ne sont peut-être ni les plus nombreux ni les plus importants. Enfin, dans l’opinion deGeoffroy- Saint-Hilaire, cette théorie de l’unité de composition est loin d’avoir les conséquences que l’on en tire aujourd’hui contre l’idée d’une Cause intelligente. Il y voit au contraire « une des manifestations les plus glorieuses de la puissance créatrice et un motif de plus d’admiration, de gratitude et d’amour'. » Mais tout cela est de la discussion et nous ne voulons pas en faire. Notre intention est de constater simplement les tendances de cette philosophie naturelle qui se développe chaque jour, s’aidant de toutes les données que la science lui fournit, exagérant la portée des inductions que les faits lui suggèrent et poussant à outrance les conséquences de chaque hypothèse.

Au premier rang des hypothèses les plus récentes, se place celle de Darwin qui n’est autre chose qu’une ingénieuse et savante application de la théorie de Geoffroy-Saint-Hilaire, reportée aussi loin que

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