Expression de M. Auguste Comte
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s’achève dans i’homme quand il arrive à coniprendre que ce que nous appelons l’iiarnionie de la nature n’est qu’un effet, non un principe; une résultante, non une cause finale; que toute résultante agit comme agirait un principe, et un principe intelligent ; que l’harmonie des causes finales n’est que le produit fatal de réactions nécessaires amenées les unes par les autres, l’expression mathématique de l’équilibre des forces. Ce qui vous fait croire, nous dit-on, que Dieu meut le monde, c’est que le monde se meut, en définitive, comme si Dieu le mouvait. La seule difficulté qui vous arrête, sans doute, c’est l’impossibilité des combinaisons à l’infini, essayées à travers le conflit désordonné des forces, jusqu’au jour où elles se sont trouvées en équilibre. Mais puisez largement à l’inépuisable trésor de l’éternité. Jetez par la pensée des milliards de siècles derrière vous, et dans cet infini du temps, une infinité de combinaisons tour à tour essayées jusqu’à ce que se soit produite une dernière où le chaos a cessé, où dans des conditions propices la vie a pu éclore, et concluez hardiment que ce qu’on appelle l’action créatrice de Dieu n’est rien que cette dernière combinaison viable, après des milliers de combinaisons avortées, et qu’en définitive, la Providence n’est qu’une affaire d’équilibre.
Goethe n’était pas fort éloigné de cette idée. Il nous en donne à chaque instant, dans ses poèmes et dans ses ouvrages scientifiques, le pressentiment. Il ouvre devant nos yeux les abîmes muets de l’Être et
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LES ORIGINES DE LA PHILOSOPHIE NOUVELLE. 49 du Temps ; il se plaît à ressentir le vertige et le frisson du mystère Cosmique qui révèle Dieu aux uns, qui le remplace pour les autres, pour Goethe luimême. On en douterait en vain ; sa pensée est bien celle de Faust, méditant sur le texte sacré : « Au
commencement était le Verbe Est-bien cela?
Non; lisons l’ Intelligence Pèse la première ligne
et que ta plume ne se hâte pas trop Est-ce l’In-
Iclligence qui fait et produit tout? Il faudrait lire la
Force Non , je me suis éclairé et j’écris avec
confiance l’Action. » L’action universelle, l’activité aveugle ; les choses éternelles s'agitant d’un mouvement vague dans la nuit, se démêlant, parvenant successivement à la forme, à la vie, à la pensée, selon l’infaillible loi d’une nécessité qui s’impose et s’ignore elle-même; la perpétuité de l’Être se transformant sans trêve dans la perpétuité du Temps : voilà bien les idées chères à Goethe, que Faust nous traduit dans sa sombre méditation. Ce naturalisme hardi se joue à côté des terreurs du moyen âge, au milieu des sorcelleries. Imaginez Hegel dans la cuisine des sorcières, ou Spinoza égaré sur le sommet du Brocken, un jour de sabbat.
Ce rêve cosmogonique de Goethe, quelques-uns de nos contemporains' l’ont recommencé parmi nous, essayant d’exposer par le détail ces idées qui ne peuvent se soutenir qu’autant qu’elles restent dans de vagues généralités, et de poursuivre jus-