‹ L'idée de dieu et ses nouveaux critiquesChapitre 17 sur 89 · Étuda d'histoire religieuse, p · texte numérisé non relu

Étuda d'histoire religieuse, p

l’épurer, j’ai peur qu’il ne prenne pour cela un périlleux moyen. Est-ce donc épurer un eentiment que d’en détruire l’olijet? Car, enfin, si Dieu n’est que la catégorie de l'idéal^ il ne se distingue plus des formes de la raison, et qu’est-ce que la raison, si ce n’est l’esprit de l'homme dans ses plus hautes parties? Voilà donc le terme de l’adoration, voilà l’objet du culte, dégagé des formules abstraites ou vagues, ramené à son nom le plus simple et le plus vrai, l'idéal. Dès lors, je ne comprends pas en quoi le sentiment religieux diffère de l’émotion esthétique. Pourquoi emprunter à un vocabulaire étranger une expression consacrée que vous appliquez de vive force à des conceptions d’un autre ordre? Je me garderai bien de croire qu'on veut faire illusion à la foule. Mais ne voudrait- on pas, par hasard, se faire illusion à soi-méme? En cessant de croire en Dieu, ne voudrait-on pas prolonger en soi les poétiques jouissances de ce sentiment dont l’objet n’existe plus? Il y a un mot, jeté en passant, et qui est pour nous comme un trait de lumière : « Pour faire l’histoire d’une religion, il faut ne plus y croire, mais il faut y avoir cru. On ne comprend bien que le culte qui a provoqué en vous le premier élan vers l’idéal. » Vous avez cru en Dieu ; votre croyance a même revêtu la forme d’un dogme particulier. Et maintenant , les souvenirs de cette croyance reviennent visiter votre pensée au milieu de vos arides travaux ; ils ramènent en vous les premiers enchantements de votre

jeunesse. Les conclusions attristées de la philosophie critique dépeuplent ce ciel où pour vous autrefois rayonnait Dieu. Vous ne croyez plus qu’à l’idéal, que vous placez dans la raison de l'homme; mais le sentiment du divin a traversé votre âme. C’est assez pour qu’elle en garde éternellement l’arome, comme ces vases de l’Orient qui, longtemps après que la liqueur précieuse a disparu, en conservent encore le parfum.

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