‹ L'idée de dieu et ses nouveaux critiquesChapitre 20 sur 89 · I . Argnir de la mélaphÿtique · texte numérisé non relu

I . Argnir de la mélaphÿtique

ce prestige du style qui, en éblouiasant le regard, l’arrête et l’empêche de pénétrer au fond?

Remarquons, en passant, cette singulière manière de raisonner : on nous dit que si Dieu était évident, il en serait de lui comme d’un théorème de géométrie qu’on admet, mais qu’on n'aime pas. — Sans doute, si Dieu n’existait qu'à la façon d’un théorème, c'est-à-dire comme une abstraction. Mais si Dieu est un être, s’il est Cause intelligente. Providence, Père de rhunianité, pourquoi son évidence lui raviraitelle son droit à notre amour ? Allons au fond de la théorie. Y a-t-il tant de distance de la négation pure et simple de Dieu à cette liberté laissée à chaque homme de se faire un Dieu à sa taille et comme au niveau de son esprit? Voyez se produire les plus étranges conséquences, et d’abord comme il va naître de là une théodicée aristocratique ! Il y aura le Dieu des grandes races et celui des races inférieures, résultat physiologique des aptitudes que chacune de ces races apporte dans son tempérament. II y aura le Dieu des grands esprits et celui des esprits inférieurs, le Dieu des parties simples et celui des parties cultivées de l'humanité. Il y aura le Dieu des petites gens, Dieu bourgeois; il y aura le Dieu des bonnes gens, Dieu voltairien. Il y aura le Dieu de la haute culture intellectuelle qui élirait domicile sous la coupole de l'Institut, s'il était plus assuré d’exister. L’humanité, dit quelque part M. Renan, n’est pas un corps simple et ne peut être traitée comme tel. L’homme doué des dix ou douze facultés

L’ÉCOIÆ CRITIQUE, que distingue la psychologie est une fiction ; dans la réalité on est plus ou moins homme. On a de Dieu ce dont on est capable et ce qu’on mérite'. M. Renan, en théologie, est grand partisan des coutumes de l’ancien régime. Sur la part de tous , il prélève des majorats au profit de quelques élus.

Mais au moins quel sera ce Dieu de la haute culture intellectuelle ? Arriverons-nous enfin à savoir ce qu’il est et s’il est autre chose qu’un nom ? J’en doute fort, M. Renan nous affirmant que tous les grands esprits ont une répugnance instinctive pour les formules, non pas seulement celles qui prétendent définir l’infini , mais celles mêmes qui tendent à faire de Dieu quelque chose'. C’est pousser bien loin l'horreur pour les procédés de la théodicée vulgaire ; car enfin si Dieu est, il faut bien qu’il soit quelque chose, à moins qu’il ne soit tout. Personne ne répudie avec plus de mépris que M. Renan cette forme grossière du panthéisme. Si Dieu n'est pas tout, il reste qu’il soit quelque chose, à moins encore qu’il ne soit rien. Peut-être l’école critique, qui est fort subtile , met-elle quelque nuance entre ces deux propositions, ne pas être et n’être rien.

On a, nous dit-on, d’excellentes raisons pour sé taire. « Refuser de déterminer Dieu n’est pas le nier ; cette réserve est bien plutôt l’effet d’une profonde piété qui tremble de blasphémer en disant ce qu’il n’est pas : les théories les plus ab-

Page 1