‹ L'idée de dieu et ses nouveaux critiquesChapitre 21 sur 89 · À\mir dt la mélaphytique. — 2. tbid · texte numérisé non relu

À\mir dt la mélaphytique. — 2. tbid

straites sur la Divinité sont des symboles à leur manière. Toute phrase appliquée à un objet infini est un mythe; elle renferme dans des termes limités et exclusifs ce qui est illimité. Il y a, certes, fort loin de la grossière imagination qui dégrade la Divinité à la formule philosophique qui cherche à l’élever au-dessus des erreurs populaires ; mais au fond l’impuissance est la même. La tentative d’expliquer l'ineffable par des mots est aussi désespérée que celle de l’expliquer par des récits ou par des images : la langue, condamnée à cette torture, proteste, hurle, détonne ; chaque phrase implique un hiatus immense. Toute proposition appliquée à Dieu est impertinente, une seule exceptée : il est. » On insiste et l’on nous assure, sous toutes les formes imaginables de l’ironie et du mépris, qu’un béotien seul peut ne pas ignorer combien les formules sont incomplètes. I.es prétentions de la philosophie égalent par leur vanité celles de la théologie et aboutissent à un dogmatisme aussi insupportable. A tous les symboles sous lesquels les religions révèlent l’infini, à toutes les formules sous lesquelles les systèmes métaphysiques l’expriment, M. Renan répond par la même fin de non-recevoir, et, reprenant à son compte le célèbre axiome de Spinosa, appliqué de nos jours avec tant de force par M. Hamilton, à savoir, que toute délermiruilton es/ une négation , il porte à toutes les églises et à toutes les écoles du monde le défi de donner de Dieu une idée qui ne soit pas unelimitation de son essence, et de dire

L’ÉCOLE CRITIQUE, sur ces sujets-là un mot qui ne soit absurde à sa manière. Il raille sans pitié l’anthropomorphisme sous ses deux formes , aussi bien sous la forme délicate et raffinée des psychologies savantes que sous la forme de l’empirisme populaire : « Toutes les expressions dont se sert la théodicée pour expliquer la nature et les attributs de Dieu impliquent une psychologie finie. On transporte à Dieu tout ce qui dans l’homme a le caractère de la perfection , liberté, intelligence, etc., sans remarquer que ces mots sont la négation même de l’infinité. Est-il besoin d’ajouter que les mots de nécessité, d’inconscience, etc., seraient encore bien plus absurdes? La vérité est que ces mots sont tous relatifs à l’homme et n'ont pas de sens appliqués à Dieu. » Le vrai philosophe s’arrête devant la majesté du divin qu’il retrouve partout, qui l’attire irrésistiblement, mais auquel il craindrait de porter atteinte en le limitant par une formule quelconque. Lui seul , paraît- il , est respectueux à l'égard du grand mystère. Lui seul a compris que toute définition de l'absolu est contradictoire, que lui imposer les formes de notre intelligence c’est le détruire, que la sagesse est de penser au divin en se résignant à ne jamais savoir ce qu’il est, et que la seule théodicée qui ne dégrade pas Dieu, c'est le silence.

Getexcès de respect m’inquiète. Eh quoi ! M. Renan m’interdira d’ajouter un seul mot à l’affirmation du divin ; il me défendra de dire : le divin est Cause suprême! 11 craindra que je ne limite son essence

»i je dis qu’il est le Principe de tout être comme de toute pensée! 11 est vrai que le langage humain est déplorablement borné et qu’il trahit presque toujours les idées de la raison. Il est vrai aussi que la raison elle-même rencontre bien vite sa limite, et que c’est au delà do cette limite que Dieu réside dans la pureté sublime de son essence. Mais cette essence , si je ne puis la saisir dans sa plénitude, n’en puis-je pourtant rien concevoir, par quelque perception obscure, éclairée, guidée par la science? N'en puis-je donc rien affirmer sans profaner l’objet de mon adoration ? M. Renan nous l’interdit absolument. J'ignorerai toujours si Dieu est un Dieu personnel, s’il existe en soi , s’il se possède par la pensée. Curiosité puérile, nous dit-on. « Osons écarter comme secondaires et libres au plus haut degré ces questions condamnées par leur exposé même à ne recevoir jamais de solution. Toutes ces questions impliquent une contradiction. » Strauss est chargé de nous montrer cette contradiction ; il nous dira que la personnalité est un moi concentré en lui-même par opposition à un autre moi; que l’absolu, au contraire, est l’inflni qui embrasse et contient tout, qui par conséquent n’exclut rien, qu'une personnalité absolue est un non-sens, une idée absurde. — Me sera-t-il permis au moins de faire Dieu impersonnel et d’adorer sous ce nom l'absolu répandu dans les choses, l’absolu sans conscience, l’infini réalisé dans la totalité des existences? Pas davantage. La contradiction est aussi formelle que

celle de tout à l'heure. Nous ne concevons l'existence que sous forme personnelle, et dire que'Dieu est impersonnel, c’est dire, selon notre manière de penser, qu’il n’existe pas'. Ainsi, par la grâce de la haute critique, il arrive que de deux propositions contradictoires, appliquées à Dieu, ni l’une ni l’autre n’est vraie. — Comment donc faire? Quand j’aurai dit : Dieu est, j'aurai tout dit, sans que ce mot être signifie rien pour moi, car c’est ne rien dire que d’affirmer l’être quand on exclut à la fois les deux formes sous lesquelles l’être se conçoit. Nous arrivons à la plus insaisissable des affirmations, j'oserais dire à la plus insigniOante, tant est vague et creuse cette proposition : Dieu est , quand elle a subi le travail de l’école critique. 11 semble vraiment que celte philosophie fasse le vide dans les idées. Quand elle a passé dans quelque région intellectuelle, on dirait que les notions les plus solides de l’esprit humain ont perdu leur consistance et leur réalité elles deviennent je ne sais quels pâles fantômes qui subsistent encore, par un, incompréhensible mirage, dans les espaces vides de l’abstraction, perinania régna, trompant d’une fuite insaisissable l’étreinte de la pensée. Ombres des choses, simulacres de la vie , tout ce qui leur reste, c’est une apparence et un nom.

Sachons d’ailleurs reconnaître que M. Renan revient parfois de lui-même à la réalité , et qu’il lui

Page 1