‹ L'idée de dieu et ses nouveaux critiquesChapitre 22 sur 89 · Avenir de ta métaphysique · texte numérisé non relu

Avenir de ta métaphysique

CHAPITHE II.

arrive d’oublier cette réserve, impossible à soutenir dans* la pratique. 11 est antbropomorphiste quand il adresse à Dieu ses éloquentes apostrophes, à moins que l’on ne suppose qu’il nous amuse avec une rhétorique puérile. Il l’est assurément quand il donne au grand mystère ce nom si touchant et si humain : Père céleste, mon Père. Il l’est encore quand il semble attribuer à rinCni les idées morales, quand il affirme que le devoir, le dévouement, le sacrifice, toutes choses dont l'histoire est pleine, sont inexplicables sans Dieu. N’est-ce pas ici une manifeste infraction au principe de sa critique? Ces expressions, le devoir, la loi morale, n’impliquent-elles pas une psychologie finie, tout aussi bien que ces autres expressions, sévèrement condamnées, la liberté, Vintelligence?Ces mots ne sont-ils pas relatifs à l’homme, et, dès lors, comment pourraient-ils avoir un sens si on les rapporte à Dieu ? Spinosa est bien plus conséquent à sa doctrine. Ce n’est pas à lui qu’il arriverait d’humaniserDieu, même par une métaphore. Rien n’échappe à la rigueur de son principe , et le bien ou le mal ne représentent pour lui qu’une condition de notre intelligence, une conception toute relative qui n’a plus de sens ni d’application possible en dehors de l’humanité.

D’autres fois, sous la plume de M. Renan, l’ennemi des formules, nous en surprenons qui trahissent une origine tout opposée. 11 lui arrive souvent d'étre hégélien, ce qui a le droit de nous étonner, puisqu’il a proclamé hautement qu’entre Hegel et

lui il y avait peu de points communs. Mais alors comment expliquer autrement que par une surprise de la pensée ces phrases et beaucoup d'autres analogues par le sentiment, sinon par l'expression : « Le problème de la Cause suprême nous déborde et nous échappe ; il se résout en poèmes (ces poèmes sont les religions), non en lois, ou, s’il faut parler ici de lois, ce sont celles de la physique, de l’astronomie, de l'histoire, qui seules sont les lois de l'étre et ont une pleine réalité'. — La vraie théologie est la science du monde et de l’humanité , la science de l’universel devenir, aboutissant comme culte à la poésie et à l'art, et par-dessus tout à la morale*. — Dam la nature et l’histoire, je vois bien mieux le divin que dans les formules abstraites d'une théodicée artificielle et d'une ontologie sans rapport avec les faits. L'absolu de la justice et de la raison ne se manifeste que dans l'humanité : envisagé hors de l'humanité, cet absolu 71'est qu’une abstraction ; envisagé dans l'humanité, il est une réalité. Et ne dites pas que la forme qu’il revêt entre les mains de l’homme le souille et l’abaisse. Non , non ; l’infini n’existe que quand il revêt une forme finie. Dieu ne se voit que dans ses incarnations*. »

Comment concilier ces grandes thèses hégéliennes avec d’autres thèses plus personnelles à M. Renan ? Je l’ignore. Comment comprendre après cela ce qu’il dit à une page de distance : « Que si l’humanité

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