Étude sur la philoiophie anglaise
nous ne pouvons suivre M. Taine, c'est quand il affirme sans preuve que tous les axiomes sont ainsi ; qu'il suffit de les décomposer pour apercevoir qu’ils vont non d’un objet à un objet différent, mais du môme au même ; qu’il suffit de résoudre les notions d’égalité, de cause, de substance, de temps et d’espace en leurs abstraits, pour démontrer les axiomes d’égalité, de substance, de cause, de temps et d’espace. Voyez l’habile mélange que fait M. Taine de ces axiomes. Ce qu’il affirme est vrai de quelquesuns d’entre eux seulement; mais l’esprit, entraîné par l’affirmation impérieuse de l’écrivain et l’évidence d’une partie de cette affirmation, ne prend pas le temps et la peine de réfléchir sur la diversité de ces principes. Si l’axiome de l’égalité exprime que des grandeurs égales ajoutées ou retranchées à des grandeurs égales font des sommes égales, si les axiomes de temps et d’espace établissent que tout corps est situé dans l’espace, tout phénomène dans le temps, M. Taine a bien raison de dire, en effet, qu’il n’y a en tout cela ou que des tautologies ou que des identités retrouvées par l’analyse. Mais ce qui est exact de telles propositions ne l’est pas d’autres principes qui s’y trouvent mêlés , comme les principes de substance et de cause; pour ceux-ci, les plus importants, la démonstration reste à faire.
Seule, l’abstraction, suivant M. Taine, nous rend capables de connaissances absolues et inflnies; c’est grâce à elle que nous possédons, dans les axiomes, des données qui non-seulement s’accompagnent l’une
LA RENAISSANCE DU NATURALISME. 197 l’autre, mais dont l’une renferme l’autre. C’est cela qui fait les axiomes, et cela seul. Si les deux données sont telles que la première enferme la seconde, nous établissons par cela même la nécessité de leur jonction ; partout où sera la première, elle emportera la seconde, puisque la seconde est une partie d’ellemême et qu’elle ne peut pas se séparer de soi. Leur liaison est donc absolue et universelle, et nous possédons ainsi des vérités qui ne souffrent ni doutes, ni limites, ni conditions, ni restrictions. Au vrai, il n’y a qu’un axiome, celui d’identité. I.æs autres ne sont que ses applications ou ses suites*.
Voilà ce que nous dit M. Taine, et tout cela est à peu près exact, s’il ne s’agit que d’une partie de nos propositions nécessaires, de celles qui procèdent par voie d’identité comme dans les mathématiques. .Même pour celles-là, cependant, toute difficulté n’est pas résolue par cette explication si facile et si claire en apparence. Quand on appuie tous les jugements analytiques sur l’axiome d’identité, il reste à expliquer cet axiome lui-même que M. Taine nomme et reconnaît, et dont la vertu est d’exprimer avec tant de force l’affirmation de la pensée par elle-même. Il reste à montrer si cette faculté de percevoir l’impossibilité logique des contradictoires n’est pas cette même raison que M. Taine s’obstine à nier, ou si, remplissant de pareils offices , cette analyse ou abstraction diffère de la raison autrement que par le