La philosophie anglaise contemporaine
LA RENAISSANCE DU NATURALISME. 229 combinés, et qu’i/s ne pouvaient se combiner autrement. Voilà tout, en vérité! S’il n’y a de métaphysique qu’à la condition que ce programme soit réalisé, j’ai bien peur que le genre humain ne soit condamné à s'en passer longtemps. M. Taine ne demande rien moins aux métaphysiciens futurs que de démontrer que la suite des choses réelles était seule possible, que le monde de l'expérience trouve sa raison et comme son image dans le monde de l’abstraction, qu’il ne pouvait absolument y avoir qu’un monde, celui-ci; enfin que l’ensemble des choses contingentes ne peut être conçu que comme un ensemble nécessaire. Étant posés trois termes, l’espace, la matière, la pensée, découvrir entre ces trois termes un ordre tel que le premier appelle le second, et le second le troisième. Tel est le problème. Qu’il soit résolu, et la métaphysique sera bien avancée ; je le crois sans peine. Mais remarquez l'ingénieux procédé pour découvrir des rapports entre des termes qui paraissent s'exclure : de la quantité pure à la quantité déterminée., il semble qu’il y ait déjà loin ; mais, de ces deux quantités à la quantité supprimée, il y a plus loin encore. — La quantité supprimée, le mot est bien trouvé pour désigner la pensée et la mettre ainsi en rapport avec la matière ou quantité déterminée , avec le temps ou l’espace ou quantité pure. La quantité supprimée! le mot restera. Voilà l’idée du monde ramené à ses éléments. 11 se montre au philosophe « comme une échelle de formes et comme une suite d’états ayant en eux- mêmes la rai-
son do leur suoccssion et de leur être, enfermanl dans leur nature la nécessité de leur caducité et de leur limitation, composant par leur ensemble un tout indivisible, qui se suffisant à lui-méme, épuisant tous les possibles et reliant toutes choses depuis le temps et l’espace jusqu’à la vie et à la pensée, ressemble par son harmonie et sa magnificence à quelque Dieu tout-puissant et immortel'. »
he monde est une série de faits ; l'homme est une série dans la série. Chaque fait analysé révèle à l’observateur la nécessité qui le lie au fait précédent et au fait suivant. La trame de l'être est infinie et continue. Tout est lié, chaque chose et chaque être se déduisent du tout. Ce qui est est nécessairement, et nécessairement aussi de la manière dont il est. 11 y a équation parfaite entre ces trois termes : le possible, le réel, le nécessaire. Ce qui arrive ne pouvait pas ne pas arriver, et cela seul était possible qui arrive. En dehors du possible qui se réalise, il n’y a que des possibles abstraits , que l’on peut concevoir sans doute comme n’impliquant pas contradiction, mais qui n’en sont pas moins incompatibles avec la réalité, comme le démontrera assurément l'analyse de chaque fait, si elle est assez exacte pour démêler les causes qui l’ont amené , les conditions dans lesquelles il s’est produit. Il n’est pas un fait dont cela ne puisse être démontré, pour lequel la science ne puisse établir que seul il se