‹ L'idée de dieu et ses nouveaux critiquesChapitre 48 sur 89 · LE SYSTÈME DE M. VACHEROT · texte numérisé non relu

LE SYSTÈME DE M. VACHEROT

Tout le travail critique qui s’est produit sourdement dans les âmes, ouvertement dans les livres, sur la notion de Dieu, est venu se résumer dans un ouvrage digne d’être étudié avec la plus sérieuse attention, la Métaphysique et la Science. L’examen des conclusions de ce livre nous dispensera de suivre les progrès de la pensée hégélienne dans une foule d’autres écrits publiés en France depuis quelques années.

Dans cette mêlée de doctrines qui nous inondent de leurs douteuses clartés, celle de M. Vacherot s’offre à nous avec un caractère rare de franchise. Ce n’est pas à lui qu’on pourra jamais reprocher de tenir en réserve son dernier mot. Je doute que, de-

t;HAPITRE V.

puis Spinoza, personne ait porté aussi loin la sincérité d’un esprit libre et fier, décidé à n’éluder aucune conséquence de ses principes.

Avec M. Vacherot, la critique n’est exposée à aucune surprise. Non pas qu’il ne soit aisé de surprendre , dans ce vaste ouvrage , surchargé de prolégomènes historiques , bien des fluctuations d'idées, de nombreuses obscurités, des contradictions même. Pourrait-il en être autrement? Était-il possible que dans un si long voyage à travers toutes ces doctrines, sous le poids de tant d’analyses et de critiques, la ])ensée ne s'obscurcît ou ne se troublât jamais? Souvent on pourrait croire, quand l’auteur expose tels systèmes, très-divers entre eux, que c’est le sien qu’il défend sous différents noms, tant il y met de chaleur d’âme et d’accent personnel. C’est que l’auteur, un des plus intrépides chercheurs de vérité qu’il y ait en ce temps-ci, a vécu pour son compte dans la plupart des philosophies qu'il interprète : « Ces entretiens, nous dit-il, sont moins l'exposé didactique d’une doctrine que l'histoire d’une pensée qui a traversé toutes les conceptions, tous les systèmes décrits successivement, pour se reposer dans une conclusion définitive. » De là plus d’un malentendu possible entre le livre et le lecteur. Mais ces malentendus ne sont jamais volontaires et d’ailleurs ils ne durent pas. Ouand on est arrivé, à travers plusieurs conclusions partielles et provisoires où l’on aurait grand tort de s’arrêter, à la conclusion définitive, les perspectives du livre s’éclairent.

lÆ DIEU DE L’IDÉALISME.

l’esprit du lecteur trouve son issue dans cette confusion de systèmes; le but, lentement poursuivi, laborieusement atteint, se marque en pleine lumière.

Exprimer la vraie pensée philosophique de notre siècle, dégager des obscurités naïves ou calculées qui l’enveloppent, la conception de l’Idéal, du Parfait, dont l'imagination a fait une idole, dont l'abstraction scolastique a fait une entité inintelligible, dont il appartient à notre siècle de faire une idée positive, scientifique, aussi réelle dans son objet que simple dans sa démonstration', substituer le Dieu de la Raison pure, dans sa sublimité abstraite, à toutes les formes raffinées de l’idolâtrie psychologique, non moins contraire à la science que les formes grossières de la superstition populaire, finir avec le Dieu-Esprit tout aussi bien que la théologie régnante en a fini avec le Dieu-Nature, voilà le résultat nettement annoncé de la métaphysique nouvelle. Le feu intérieur des grandes méditations et des convictions profondes jette sur cette trame serrée d’abstractions un vif reflet dont tout l’ouvrage s'anime et se colore. Ce que je remarque surtout, c'est avec quelle force l’auteur s’enfonce au cœur des philosophies les plus diverses. 11 s’y transporte tout entier, ou plutôt il les transporte en lui; pour les exposer, il les reconstruit; il répète dans sa pensée, par un vigoureux elTorl de méditation concentrée, le fiai de la pensé-e créatrice. L’analyse de la

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