‹ L'idée de dieu et ses nouveaux critiquesChapitre 52 sur 89 · Préface, p. Qi · texte numérisé non relu

Préface, p. Qi

à cette vaine image quelques facultés détachées de l'âme humaine , elle en décore une abstraction, elle lui compose ainsi je ne sais quelle vie précaire. Mais, au fond, qui ne voit que ce Dieu n’est qu’une âme humaine agrandie, une idole, de la conscience aussi fausse que les vieilles idoles de l’imagination?

I.a théologie spiritualiste est aussi en retard, à ce qu’on prétend, sur les progrès de la vraie philosophie que le polythéisme pouvait l’être sur la métaphysique platonicienne et chrétienne. Tout ce que M. '\^acherot consent à reconnaître, c’est que du polythéisme au Christianisme, la question théologique a fait un pas. Il ne s’agit plus de savoir si l’on peut prêter un corps à Dieu ; mais on se croit en droit de l’enfermer dans un esprit, et cette aberration du sens métaphysique, pour être moins grossière en apparence , n’en est pas moins dangereuse.

Ce Dieu n’est pas Dieu; on ne peut dire de lui ni qu’il est infini, ni qu’il est absolu, ni nécessaire, ni universel, ni parfait. — Il n’est pas infini, car Dieu n’est infini qu’à la condition d’être Tout. Or, le Dieu de la conception vulgaire rencontre partout son obstacle et sa limite dans la nature, dans l’humanité, dans le monde. D’ailleurs ce Dieu est une âme, une personne; il sera tel être, et non plus l'être, il sera donc fini. Absolu, comment pourrait-il l'être? Comment le concevoir indépendant de toute relation? S’il est une personne, il sent, il veut, il pense dans le temps, sinon dans l’espace, et voilà

une relation, une condition imposée à l’existence absolue; voilà l’absolu détruit. — 11 n’est pas davantage l’être nécessaire, l’idée qui le représente étant le résultat d’une induction psychologique : or, l’induction ne peut conférer aux idées qu’elle découvre le caractère de la nécessité, — N’allez pas dire qu’il est universel. Par cela même que la théologie le conçoit avec une âme, elle en fait un individu. Un individu, si grand, si puissant, si parfait qu’il soit, répugne à l’idée d’universalité. Le Dieu universel et individuel tout ensemble n’est pas même un mystère. C’est un non-sens — Serait-il parfait? Non plus. Que devient la perfection d’un être condamné à une oeuvre imparfaite ?

Qu’est-il donc ? Qu’est ce qu’un Dieu qui n’est ni infini, ni absolu, ni nécessaire, ni universel, ni parfait, s’il n’est une idole? « Ce qui est à redouter, ce qu’il faut surtout poursuivre, c’est l’abus des mots, la scolastique, l’artifice d’une fausse science qui cache sous de menteuses alliances de mots la contradiction qui éclate entre les idées. L’anthropomorphisme net et pur est bien moins dangereux que ce mélange bâtard de conceptions métaphysiques et d’inductions psychologiques que Platon, Malebranche, Leibnitz, ont si habilement composé, et qu’on nous donne aujourd’hui pour le dernier mot de la sagesse'. »

Platon et Leibnitz, voilà bien, avec Descartes, les

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