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auparavant elle n’était qu’en puissance, confondue dans la virtualité inflnie de la Nature.
Nous voici ramenés encore une fois devant cette éternelle difficulté. Le Monde est souverainement intelligible, comme nous l’avons montré'. Son organisation est telle, que non-seulement elle est rationnellement concevable, mais encore que le plus bel emploi et le plus haut effort de la raison est de le concevoir. Et vous voulez que cette essence intelligible du monde soit le résultat d’une cause mécanique! Car, s’il ne s’agit pas d’une cause mécanique, quelle autre cause peut-on assigner à l’intelligibilité du monde, sinon l’intelligence? Une cause mécanique ou intelligente, il faut choisir. Je sais bien qu’on parle tantôt d’une finalité instinctive du monde, tantôt d’une tendance au progrès innée à l'atome. Toutes ces assertions ne font qu’ajouter une obscurité de plus à tant d’autres. Dans les deux hypothèses, mécanisme pur ou instinct de la Nature, on rejette la seule explication qui satisfasse ma raison, celle qui place dans la Pensée le principe de l’Ordre. Vous repoussez comme une idole tout auteur intelligent, distinct du monde; d’autre part, vous prétendez que l’intelligence n’est que le second moment de l’Être universid, son développement ultérieur. U faut donc bien convenir que l’intelligible existe avant l’intelligence et sans elle, ce qui est insoutenable non pas à l’imagination, commeon le prétend, mais à la raison. L’Or-
l. Voy. plus haut, p. 300.
dre exisle, sans se penser lui-m^me et sans avoir été pensé! Le système rationnel du monde se développe par soi, sans se connaître; il réalise les fins les plus variées sans les avoir conçues ! Admirable ouvrière sans conscience et sans pensée, la Nature tisse la trame divine des choses, et ses opérations qui feront plus tard l’admiration de l’esprit, enfin éveillé dans la conscience humaine, s'accomplissent sous la loi d’une aveugle nécessité! L’intelligence n’entre pour rien dans la direction du travail mystérieux; elle le réfléchit, voilà tout; elle a pour tâche unique de penser ce travail une fois qu’il est achevé, de s’initier aux intentions de cette finalité qui est la loi du monde! Y a-t-il rien de plus difficile à admettre que cette série de propositions : L’esprit est la forme supérieure de la vie universelle. 11 marque le point culminant de la Nature. Son emploi est de comprendre le Cosmos dans scs types et dans ses lois. Ces types et ces lois présentent un merveilleux système ; mais cette œuvre intelligible n’a pas d’auteur intelligent, et ce qu’il est si noble pour la pensée de comprendre n’est que l’effet d’une nature aveugle. \jSi raison de l’homme met sa gloire à pénétrer la raison des choses, et cette raison des choses vient dune source inférieure à l’esprit qui la conçoit! Cette géométrie, cette mécanique céleste, les principes les plus élevés de la physique, les plus intimes secrets delà chimie, les intentions de la physiologie, toutes ces-lois qui, par leur simplicité et leur généralité féconde, font l’étonnement des plus sa-
LE DIEU UE l’idéalisme.
vantes pensées, tout cela n’est que l’œuvre d’une industrie qui s’ignore, habile sans le vouloir, profonde sans le savoir, réalisant la vie universelle par cet admirable enchaînement de relations qu'elle a établies sans les comprendre. Que de contradictions!
La théologie rationnelle, nous dit-on, ne conteste ni l’intelligibilité du monde, ni l'intelligence de Dieu; elle ne conteste que la relation causale entre l’intelligence et l’intelligible, entre Dieu et le monde. Mais c’est là précisément le principe de toutes ces contradictions. Spinoza montrait plus de rigueur logique en niant hardiment les causes finales, en les expliquant du moins comme une vue purement relative de l’esprit humain. Maintenir, comme le veut faire M. Vacherot, les causes finales, tâcher d’accorder l’intelligibilité absolue du monde avec la négation d’un auteur intelligent, c’est l’entreprise la plus impossible et la plus chimérique. Pour un penseur tel que lui est-ce une réponse suffisante aux objections qui se pressent en foule que de dire qu’il n’y a pas à conclure de l’œuvre intelligible à une cause intelligente, parce que le monde n’est point une œuvre, ni Dieu un artiste; parce que Dieu n’est pas distinct du monde, qu’il est intelligence aussi bien que puissance, qu’il est intelligent en tant qu’Esprit, comme il est puissant en tant que Nature'? Mais c’est précisément cette identité, toujours supposée, qu’il faut démontrer contre d’irrésistibles